Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Pendant le dîner on discute sur plusieurs points douteux des Écritures, on élucide des textes, on éclaircit les généalogies de personnages bibliques.
Puis on passe au salon. On se dirige vers le piano. - Stupeur. - On se consulte. La tribu semble atterrée. Les œufs à la neige paraissent prêts à s’envoler. Enfin le pasteur-chef se détache, sort, puis rentre. On discute, on me regarde avec des yeux indignés, et voilà que les trois pasteurs se dirigent vers moi, en ordre, en ligne, en ambassadeurs. Ils ont vraiment quelque chose d’imposant.
Ils me saluent. Je me lève. Le plus vieux prend la parole :
— Mosieu, on me avé dit que vô avé pris la clef de la piano. Les dames vôdraient le avoir, pour chanté le cantique.
Je réponds :
— Monsieur l’abbé, je comprends parfaitement la demande de ces dames ; mais je ne puis y faire droit. Vous êtes un homme religieux, moi aussi, Monsieur, et mes principes, plus sévères que les vôtres sans doute, me décident à empêcher la profanation à laquelle vous vous livrez.
Je ne puis admettre, messieurs, que vous vous serviez, pour chanter la gloire de Dieu, d’un instrument qui a servi toute la semaine à faire danser des jeunes filles. Nous ne donnons pas des bals publics dans nos églises, nous, Monsieur, et nous ne jouons pas des quadrilles avec nos orgues. L’usage que vous faites de ce piano m’indigne et me révolte. Vous pouvez porter ma réponse à ces dames.
Les trois pasteurs, abasourdis, se retirèrent. Les dames parurent stupéfaites. Et on se mit à chanter le cantique sans piano.
9 février, midi. - Le patron vient de me donner congé. On m’expulse, à la demande générale des Anglais.
Je rencontre les trois pasteurs, qui semblent surveiller mon départ. Je vais droit à eux. Je les salue.
— Messieurs, dis-je, vous paraissez fort instruits sur les Écritures. J’ai, moi-même, étudié pas mal ces questions. Je sais même un peu l’hébreu. Or, je serais désireux de vous soumettre un cas qui trouble beaucoup ma conscience de catholique.
L’inceste est considéré par vous comme une chose abominable, n’est-ce pas ? Or, la Bible nous en indique un exemple très inquiétant pour la Foi.
Loth, fuyant Sodome, fut séduit, vous ne l’ignorez pas, par ses deux filles, et, étant privé de sa femme changée en statue de sel, il succomba. De ce double et horrible inceste naquirent Ammon et Moab, d’où sortirent deux grands peuples, les Ammonites et les Moabites. Or, Ruth, la moissonneuse qui réveilla Booz endormi pour le rendre père, était une Moabite.
Victor Hugo n’a-t-il pas dit :
Le rayon inconnu donna naissance à Obed, qui fut l’aïeul de David.
Or notre Seigneur Jésus-Christ n’était-il pas un descendant de David ?
Les trois pasteurs ne répondirent pas et se regardèrent avec consternation.
Je repris :
— Vous me direz que je vous parle là de la généalogie de Joseph, époux légitime, mais inutile de Marie, mère du Christ. Or Joseph, comme chacun sait, ne fut pour rien dans la naissance de son fils. Donc c’est Joseph qui descendait d’un inceste et non l’homme-Dieu. Je vous l’accorde. J’ajouterai cependant deux considérations. La première, c’est que Joseph et Marie, étant cousins, devaient avoir la même origine ; la seconde, c’est qu’il est scandaleux de nous faire lire dix pages de généalogie pour des prunes.
Nous nous abîmons les yeux afin de savoir que A. engendra B., qui engendra C., qui engendra D., qui engendra E., qui engendra F., et quand nous allons devenir fous par cette scie interminable, nous arrivons au dernier qui n’engendre rien. On peut appeler cela, messieurs, le comble de la mystification !
Alors, brusquement, les trois pasteurs me tournèrent le dos comme un seul homme et s’enfuirent.
Deux heures. - Je prends le train pour Nice. »
Le journal finissait là. Bien que ces notes révèlent de la part de leur auteur un extrême mauvais goût, un esprit commun et beaucoup de grossièreté, j’ai pensé qu’elles pourraient mettre en garde certains voyageurs contre le danger des Anglais en voyage.
Je dois ajouter qu’il existe des Anglais charmants, j’en connais, et beaucoup. Mais ce ne sont pas, en général, nos voisins d’hôtel.
10 février 1885
LE MOYEN DE ROGER
Je me promenais sur le boulevard avec Roger quand un vendeur quelconque cria contre nous :
— Demandez le moyen de se débarrasser de sa belle-mère ! Demandez !
Je m’arrêtai net et je dis à mon camarade :
— Voici un cri qui me rappelle une question que je veux te poser depuis longtemps. Qu’est-ce donc que ce « moyen de Roger » dont ta femme parle toujours ? Elle plaisante là-dessus d’une façon si drôle et si entendue, qu’il s’agit, pour moi, d’une potion aux cantharides dont tu aurais le secret. Chaque fois qu’on cite devant elle un jeune homme fatigué, épuisé, essoufflé, elle se tourne vers toi et dit, en riant :
— Il faudrait lui indiquer le moyen de Roger. Et ce qu’il y a de plus drôle dans cette affaire, c’est que tu rougis toutes les fois.
Roger répondit :
— Il y a de quoi, et si ma femme se doutait en vérité de ce dont elle parle, elle se tairait, je te l’assure bien. Je vais te confier cette histoire, à toi. Tu sais que j’ai épousé une veuve dont j’étais fort amoureux. Ma femme a toujours eu la parole libre et avant d’en faire ma compagne légitime nous avions souvent de ces conversations un peu pimentées, permises d’ailleurs avec les veuves, qui ont gardé le goût du piment dans la bouche. Elle aimait beaucoup les histoires gaies, les anecdotes grivoises, en tout bien tout honneur. Les péchés de langue ne sont pas graves, en certains cas ; elle est hardie, moi je suis un peu timide, et elle s’amusait souvent, avant notre mariage, à m’embarrasser par des questions ou des plaisanteries auxquelles il ne m’était pas facile de répondre. Du reste, c’est peut-être cette hardiesse qui m’a rendu amoureux d’elle. Quant à être amoureux, je l’étais des pieds à la tête, corps et âme, et elle le savait, la gredine.
Il fut décidé que nous ne ferions aucune cérémonie, aucun voyage. Après la bénédiction à l’église nous offririons une collation à nos témoins, puis nous ferions une promenade en tête à tête, dans un coupé, et nous reviendrions dîner chez moi, rue du Helder.
Donc, nos témoins partis, nous voilà montant en voiture et je dis au cocher de nous conduire au bois de Boulogne. C’était à la fin de juin ; il faisait un temps merveilleux.
Dès que nous fûmes seuls, elle se mit à rire.
— Mon cher Roger, dit-elle, c’est le moment d’être galant. Voyons comment vous allez vous y prendre.
Interpellé de la sorte, je me trouvai immédiatement paralysé. Je lui baisais la main, je lui répétais : Je vous aime. Je m’enhardis deux fois à lui baiser la nuque, mais les passants me gênaient. Elle répétait toujours d’un petit air provocant et drôle : Et après… et après… Cet « et après » m’énervait et me désolait. Ce n’était pas dans un coupé, au bois de Boulogne, en plein jour, qu’on pouvait… Tu comprends.