La Chartreuse De Parme
- Автор: Стендаль Фредерик
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Chartreuse De Parme». Краткое содержание книги:
Découvrir cet hymne au bonheur, cette cavalcade énergique et passionnée à travers la vie, ne tient-t-il pas en effet du privilège?
«Si je suis déclarée criminelle d’Etat, Rassi fait saisir tout ce qui se trouve dans ce palais; le 1erde ce mois, le comte et moi nous avons brûlé, suivant l’usage, tous les papiers dont la police pourrait abuser, et il est le ministre de la police, voilà le plaisant. J’ai trois diamants de quelque prix: demain, Fulgence, mon ancien batelier de Grianta, partira pour Genève où il les mettra en sûreté. Si jamais Fabrice s’échappe (grand Dieu! soyez-moi propice! et elle fit un signe de croix), l’incommensurable lâcheté du marquis del Dongo trouvera qu’il y a du péché à envoyer du pain à un homme poursuivi par un prince légitime, alors il trouvera du moins mes diamants, il aura du pain.
«Renvoyer le comte… me trouver seule avec lui, après ce qui vient d’arriver, c’est ce qui m’est impossible. Le pauvre homme! Il n’est point méchant, au contraire; il n’est que faible. Cette âme vulgaire n’est point à la hauteur des nôtres. Pauvre Fabrice! que ne peux-tu être ici un instant avec moi, pour tenir conseil sur nos périls!
«La prudence méticuleuse du comte gênerait tous mes projets, et d’ailleurs il ne faut point l’entraîner dans ma perte… Car pourquoi la vanité de ce tyran ne me jetterait-elle pas en prison? J’aurai conspiré… quoi de plus facile à prouver? Si c’était à sa citadelle qu’il m’envoyât et que je pusse à force d’or parler à Fabrice, ne fût-ce qu’un instant, avec quel courage nous marcherions ensemble à la mort! Mais laissons ces folies; son Rassi lui conseillerait de finir avec moi par le poison; ma présence dans les rues, placée sur une charrette, pourrait émouvoir la sensibilité de ses chers Parmesans… Mais quoi! toujours le roman! Hélas! l’on doit pardonner ces folies à une pauvre femme dont le sort réel est si triste! Le vrai de tout ceci, c’est que le prince ne m’enverra point à la mort; mais rien de plus facile que de me jeter en prison et de m’y retenir; il fera cacher dans un coin de mon palais toutes sortes de papiers suspects comme on a fait pour ce pauvre L… Alors trois juges pas trop coquins, car il y aura ce qu’ils appellent des pièces probantes, et une douzaine de faux témoins suffisent. Je puis donc être condamnée à mort comme ayant conspiré; et le prince, dans sa clémence infinie, considérant qu’autrefois j’ai eu l’honneur d’être admise à sa cour, commuera ma peine en dix ans de forteresse. Mais moi, pour ne point déchoir de ce caractère violent qui a fait dire tant de sottises à la marquise Raversi et à mes autres ennemis, je m’empoisonnerai bravement. Du moins le public aura la bonté de le croire; mais je gage que le Rassi paraîtra dans mon cachot pour m’apporter galamment, de la part du prince, un petit flacon de strychnine ou de l’opium de Pérouse.
«Oui, il faut me brouiller très ostensiblement avec le comte, car je ne veux pas l’entraîner dans ma perte, ce serait une infamie; le pauvre homme m’a aimée avec tant de candeur! Ma sottise a été de croire qu’il restait assez d’âme dans un courtisan véritable pour être capable d’amour. Très probablement le prince trouvera quelque prétexte pour me jeter en prison; il craindra que je ne pervertisse l’opinion publique relativement à Fabrice. Le comte est plein d’honneur; à l’instant il fera ce que les cuistres de cette cour, dans leur étonnement profond, appelleront une folie, il quittera la cour. J’ai bravé l’autorité du prince le soir du billet, je puis m’attendre à tout de la part de sa vanité blessée: un homme né prince oublie-t-il jamais la sensation que je lui ai donnée ce soir-là? D’ailleurs le comte brouillé avec moi est en meilleure position pour être utile à Fabrice. Mais si le comte, que ma résolution va mettre au désespoir, se vengeait?… Voilà, par exemple, une idée qui ne lui viendra jamais; il n’a point l’âme foncièrement basse du prince: le comte peut, en gémissant, contresigner un décret infâme, mais il a de l’honneur. Et puis, de quoi se venger? de ce que, après l’avoir aimé cinq ans, sans faire la moindre offense à son amour, je lui dis: «Cher comte! j’avais le bonheur de vous aimer; eh bien, cette flamme s’éteint; je ne vous aime plus! mais je connais le fond de votre cœur, je garde pour vous une estime profonde, et vous serez toujours le meilleur de mes amis.
«Que peut répondre un galant homme à une déclaration aussi sincère?»
«Je prendrai un nouvel amant, du moins on le croira dans le monde. Je dirai à cet amant: «Au fond le prince a raison de punir l’étourderie de Fabrice; mais le jour de sa fête, sans doute notre gracieux souverain lui rendra la liberté.» Ainsi je gagne six mois. Le nouvel amant désigné par la prudence serait ce juge vendu, cet infâme bourreau, ce Rassi… il se trouverait anobli et dans le fait, je lui donnerais l’entrée de la bonne compagnie. Pardonne, cher Fabrice! un tel effort est pour moi au-delà du possible. Quoi! ce monstre, encore tout couvert du sang du comte P. et de D.! il me ferait évanouir d’horreur en s’approchant de moi, ou plutôt je saisirais un couteau et le plongerais dans son infâme cœur. Ne me demande pas des choses impossibles!
«Oui, surtout oublier Fabrice! et pas l’ombre de colère contre le prince, reprendre ma gaieté ordinaire, qui paraîtra plus aimable à ces âmes fangeuses, premièrement, parce que j’aurai l’air de me soumettre de bonne grâce à leur souverain; en second lieu, parce que, bien loin de me moquer d’eux, je serai attentive à faire ressortir leurs jolis petits mérites; par exemple, je ferai compliment au comte Zurla sur la beauté de la plume blanche de son chapeau qu’il vient de faire venir de Lyon par un courrier, et qui fait son bonheur.
«Choisir un amant dans le parti de la Raversi… Si le comte s’en va, ce sera le parti ministériel; là sera le pouvoir. Ce sera un ami de la Raversi qui régnera sur la citadelle, car le Fabio Conti arrivera au ministère. Comment le prince, homme de bonne compagnie, homme d’esprit, accoutumé au travail charmant du comte, pourra-t-il traiter d’affaires avec ce bœuf, avec ce roi des sots qui toute sa vie s’est occupé de ce problème capitaclass="underline" les soldats de Son Altesse doivent-ils porter sur leur habit, à la poitrine, sept boutons ou bien neuf? Ce sont ces bêtes brutes fort jalouses de moi, et voilà ce qui fait ton danger, cher Fabrice! ce sont ces bêtes brutes qui vont décider de mon sort et du tien! Donc, ne pas souffrir que le comte donne sa démission! qu’il reste, dût-il subir des humiliations! il s’imagine toujours que donner sa démission est le plus grand sacrifice que puisse faire un premier ministre; et toutes les fois que son miroir lui dit qu’il vieillit, il m’offre ce sacrifice: donc brouillerie complète, oui, et réconciliation seulement dans le cas où il n’y aurait que ce moyen de l’empêcher de s’en aller. Assurément, je mettrai à son congé toute la bonne amitié possible; mais après l’omission courtisanesque des mots “procédure injuste” dans le billet du prince, je sens que pour ne pas le haïr j’ai besoin de passer quelques mois sans le voir. Dans cette soirée décisive, je n’avais pas besoin de son esprit; il fallait seulement qu’il écrivît sous ma dictée, il n’avait qu’à écrire ce mot, que j’avais obtenu par mon caractère: ses habitudes de bas courtisan l’ont emporté. Il me disait le lendemain qu’il n’avait pu faire signer une absurdité par son prince, qu’il aurait fallu des lettres de grâce: eh! bon Dieu! avec de telles gens, avec des monstres de vanité et de rancune qu’on appelle des Farnèse, on prend ce qu’on peut.»
A cette idée, toute la colère de la duchesse se ranima. «Le prince m’a trompée, se disait-elle, et avec quelle lâcheté!… Cet homme est sans excuse: il a de l’esprit, de la finesse, du raisonnement; il n’y a de bas en lui que ses passions. Vingt fois le comte et moi nous l’avons remarqué, son esprit ne devient vulgaire que lorsqu’il s’imagine qu’on a voulu l’offenser. Eh bien! le crime de Fabrice est étranger à la politique, c’est un petit assassinat comme on en compte cent par an dans ses heureux Etats, et le comte m’a juré qu’il a fait prendre les renseignements les plus exacts, et que Fabrice est innocent. Ce Giletti n’était point sans courage: se voyant à deux pas de la frontière, il eut tout à coup la tentation de se défaire d’un rival qui plaisait.»