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Un lieu incertain

Электронная книга - «Un lieu incertain». Краткое содержание книги:

Le commissaire Adamsberg pensait que ces trois jours à Londres se résumeraient à ce colloque de flics auquel on l'avait convié. Il se trompait. Dix-huit chaussures sont retrouvées soigneusement alignées en face des portes du cimetière de Highgate. À l’intérieur, dix-huit pieds coupés. Une question demeure : à qui appartiennent-ils ? De retour en France, un terrible massacre ébranle la banlieue parisienne et fait travailler les méninges d’Adamsberg. Il ne se doutait pas que ces deux affaires l’emmèneraient si loin…
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— Mets-le contre ton oreille.

— C’est fait.

— Hvala. Tu iras dire à Arandjel que la course d’Arnold Paole s’est achevée cette nuit. Je le crois néanmoins content, car il a massacré les cinq grands Plogojowitz. Plögener, Vaudel-Plog, Plogerstein, et deux Plogan père et fille en Finlande. Et les pieds de Plogodrescu. La malédiction des Paole prend fin et, selon ses mots, ils s’en vont. Libres. Sur la colline de Higegatte, l’arbre meurt.

« Plog.

— Il demeure néanmoins deux mâcheurs.

— Les mâcheurs ne font pas d’ennuis. Arandjel te dira qu’il suffit de les retourner sur le ventre et ils s’enfonceront comme une goutte de mercure jusqu’au cœur de la terre.

— Je n’ai pas l’intention de m’en charger.

— Formidable, dit Vlad sans aucun à-propos.

— Dis-le à Arandjel sans faute. Tu restes à Kisilova pour l’éternité ?

— On m’attend après-demain à une conférence à Munich. Je rentre dans le droit chemin qui, comme tu le sais, n’existe pas et qui par ailleurs n’est pas droit.

— Plog. Que veut dire « Losa sreca », Vlad ? Paole l’a dit quand il est tombé.

— Cela signifie : « Pas de chance. »

Zerk s’était assis à quelques mètres de lui, le regardant patiemment.

— On passe au dispensaire pour tes mains, dit Adamsberg. Puis on ira prendre le café.

— Qu’est-ce que cela veut dire, « plog » ?

— C’est comme une goutte de vérité qui tombe, expliqua Adamsberg en mimant l’action, levant la main, puis descendant lentement en ligne droite. Et qui tombe juste au bon endroit, ajouta-t-il en enfonçant le bout de son index dans le sable.

— D’accord, dit Zerk, en observant le petit trou laissé par l’index. Et si elle tombe là ou là ? demanda-t-il en enfonçant son index plusieurs fois au hasard. Ça ne fait pas un vrai plog ?

— Je suppose que non.

XLVII

Adamsberg avait enfoncé une paille dans le bol de Zerk et beurré son pain.

— Parle-moi de Josselin, Zerk.

— Je ne m’appelle pas Zerk.

— C’est le nom de baptême que je t’ai donné. Pour moi, considère que tu n’as que huit jours. Soit un nouveau-né vagissant et rien de plus.

— Toi aussi tu n’as que huit jours, tu vaux pas mieux.

— Et comment tu m’appelles ?

— Je t’appelle pas.

Zerk siffla du café à travers sa paille et sourit sans façon, un peu à la manière inattendue de Vlad, soit de sa réplique, soit du bruit qu’avait produit la paille. Sa mère était ainsi, prête à la distraction au moment où cela convenait le moins. Ce qui expliquait d’ailleurs qu’il ait pu faire l’amour avec elle près du vieux pont de la Jaussène alors qu’il pleuvait. Zerk était issu de la distraction.

— Je ne veux pas t’interroger à la Brigade.

— Mais tu m’interroges tout de même ?

— Oui.

— Alors je te réponds comme à un flic, car pour moi, depuis vingt-neuf ans, c’est tout ce que tu es. Un flic.

— C’est ce que je suis, et c’est ce que je veux : que tu me répondes comme à un flic.

— Josselin, je l’aimais fort. Je l’ai connu à Paris il y a quatre ans, quand il m’a remis la tête en place. Il y a six mois, les choses ont commencé à changer.

— Comment ?

— Il s’est mis à m’expliquer que tant que je n’avais pas tué mon père, je ne deviendrais rien. Attention, c’était une image.

— Je comprends, Zerk.

— Avant, je n’en avais pas grand-chose à faire de mon père. Ça arrivait que j’y pense mais, fils de flic, je préférais oublier. J’avais de tes nouvelles des fois par les journaux, ma mère était fière, pas moi. C’est tout. Mais, tout d’un coup, Josselin s’en mêle. Il dit que c’est toi la cause de tous mes malheurs, de tous mes échecs, il voit ça dans ma tête.

— Quels échecs ?

— Je sais pas, dit Zerk en pompant à nouveau sur sa paille. Je ne m’intéresse pas trop. Peut-être comme toi et l’ampoule de ta maison.

— Alors que dit Josselin ?

— Il dit que je dois t’affronter, te détruire. « Purger », il appelle ça, comme si j’abritais un tas de détritus au fond de moi et que ce tas, c’était toi. Ça ne me plaisait pas trop, cette idée.

— Pourquoi ?

— Je sais pas. J’avais pas le courage, toute cette purge me semblait un trop gros boulot. Surtout, je ne sentais pas le tas de détritus, je ne savais pas où il était. Josselin affirmait que, oui, il existait, et qu’il était énorme. Que si je ne l’enlevais pas, il allait me pourrir l’intérieur. À force, j’ai arrêté de le contredire, ça l’énervait, et Josselin était plus intelligent que moi. Je l’écoutais. Séance après séance, je commençais à le croire. Et à la fin, je le croyais vraiment.

— Et que décides-tu de faire ?

— Jeter les détritus, mais je ne sais pas comment on fait. Josselin ne m’a pas encore expliqué. Il dit qu’il va m’aider. Que je vais me cogner contre toi d’une manière ou d’une autre. Et ça s’est produit, il avait raison.

— Mais forcément, Zerk, puisqu’il avait tout planifié.

— C’est vrai, reconnut Zerk après un moment.

Un gars pas rapide, se dit Adamsberg, en s’en voulant de donner partiellement raison à Josselin. Car si Zerk n’était pas un esprit vif, à qui la faute ? Ses gestes aussi étaient lents. Zerk n’avait bu que la moitié de son café, mais Adamsberg en était au même point.

— Quand t’es-tu cogné contre moi ?

— Il y a d’abord eu ce coup de téléphone dans la nuit de lundi à mardi, après le meurtre de Garches. Un type inconnu qui m’a dit que ma photo serait dans le journal du matin, que je serais accusé du meurtre, qu’il fallait que je me tire en vitesse et que je ne donne pas signe de vie. Que les choses s’arrangeraient plus tard, qu’il me préviendrait.

— Mordent. Un de mes commandants.

— Alors il ne mentait pas. Il m’a dit : « Je suis un ami de ton père, fais ce que je te dis nom d’un chien. » Parce que moi, je pensais aller voir les flics pour leur dire qu’il y avait une erreur. Mais Louis m’a toujours dit d’éviter les flics tant que c’était possible.

— Qui est Louis ?

Zerk leva vers Adamsberg un regard étonné.

— Louis. Louis Veyrenc.

— D’accord, dit Adamsberg. Veyrenc.

— Il est bien placé pour savoir. Alors je me suis tiré et j’ai été me planquer chez Josselin. Chez qui d’autre ? Ma mère est en Pologne et Louis est à Laubazac. Josselin avait toujours dit que sa porte était ouverte si j’avais besoin. C’est à ce moment qu’il m’a donné le coup de grâce. Mais j’étais mûr, c’est sûr.

— Comment a-t-il présenté les choses ?

— Comme l’occasion ou jamais. Il m’a dit de profiter du malentendu, que c’était le destin. « Le destin ne passe qu’une minute en gare, saute dans le train, seuls les crétins demeurent à quai. »

— Bonne phrase.

— Oui, j’ai trouvé aussi.

— Mais fausse. Ensuite ? Il t’a fait répéter la scène ?

— Non, mais il m’a dit comment me conduire en général, comment t’obliger à voir que j’existais, à comprendre que j’étais plus fort que toi. Il a dit surtout que ça enclencherait ta culpabilité, que c’était obligé d’en passer par là. « C’est ton jour, Armel. Après tu seras neuf. Fonce, n’hésite pas à forcer la dose. » Ça m’a plu. « Fonce, purge, existe, c’est ton jour. » Je n’avais jamais entendu cela. J’ai beaucoup aimé ces trois mots : « Fonce, purge, existe. »

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