L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
– A quoi cela pouvait-il vous servir si, comme vous le prétendez, le pire était arrivé ?
– Cela me sert à savoir que Dieu n’a pas consacré cette union et que, devant lui au moins, je suis toujours libre. Et je ne « prétends » pas que le pire soit arrivé : j’ai été violentée ! Il est venu dans ma chambre comme un voleur, mais il avait bu... et il m’a soumise ! Oh ! le lendemain il s’est excusé en alléguant la passion que je lui inspirais et qui avait été plus forte que sa volonté...
– J’ai bien peur qu’elle soit réelle, fit Aldo avec amertume.
– Peut-être, mais rien ne sera suffisant pour effacer l’odieux souvenir des caresses de cet homme. C’était... c’était horrible... répugnant !...
Elle écartait les doigts de ses deux mains et, avec une expression de dégoût profond, elle les passait sur ses épaules, sa gorge et son ventre comme si elle essayait de chasser des traces de salissure. En même temps, des larmes coulaient de ses yeux grands ouverts.
Incapable d’endurer ce désespoir, Aldo se risqua à l’approcher et la prit dans ses bras. Il craignait une réaction violente, des cris de colère, une défense furieuse, mais il n’en fut rien. Tout au contraire, Anielka, secouée de sanglots, se blottit contre sa poitrine et il en éprouva un bonheur infini. Ce fut un instant d’une telle douceur qu’il en oublia leur inquiétant environnement... mais ce fut un instant qui ne dura pas.
D’un sursaut, Anielka s’arracha et mit entre eux deux toute la longueur de la chambre. Et, cette fois, quand il voulut la rejoindre, elle le cloua sur place d’un geste impérieux :
– N’approchez pas ! C’est fini !... Nous venons de nous dire adieu.
– Je ne peux accepter ce mot-là entre nous. Vous m’aimez toujours, j’en suis certain, et mon Dieu m’est témoin que je ne vous ai pas trahie et qu’il n’y a, dans mon cœur, que vous seule... En outre, vous venez d’être injuste...
– Vraiment ?
– Vraiment. Si j’avais pu deviner ce qui se passerait la veille du mariage, je ne l’aurais jamais permis. À présent, il faut que vous essayiez d’oublier ! Avec un peu de temps et beaucoup d’amour, vous y arriverez. Vous allez venir avec moi, puisque je suis venu vous chercher !
– Et vous pensez que je vais vous suivre ?
– Votre rançon est payée. Vous êtes libre.
– Je l’ai toujours été. D’ailleurs, vous me mentez encore : c’est Ferrais qui a payé, Ferrais qui vous envoie alors que son « grand amour » lui faisait une obligation de venir lui-même. Mais non, il se contente d’attendre sereinement que vous me rameniez dans son lit ! Et moi, je ne veux pas ! Nous avons une belle somme d’argent et notre saphir familial, ajouta-t-elle en appuyant sur le dernier mot. Il faudra bien que père s’en contente. Tant pis pour la fortune ! Il en trouvera une autre.
– Avec vous comme appât, cela ne fait aucun doute ! Mais imaginez-vous par hasard que vos associés vont tout vous remettre ou même partager avec vous ? Ça m’étonnerait ! Et où comptez-vous aller en sortant d’ici ?
– Je ne sais pas encore. Peut-être en Amérique ? Assez loin, en tout cas, pour que l’on me croie morte...
– Et votre père est d’accord ?
– Il ne sait rien et je pense qu’il ne sera pas très content mais Sigismond arrangera tout et il comprendra que nous avons eu raison.
– Je vois ! Alors mettez un comble à vos bontés en m’apprenant ce que l’on va faire de moi ?
– On ne vous fera pas de mal, rassurez-vous ! Ils m’ont juré de ne pas attenter à votre vie. Vous allez être abandonné ici, soigneusement ligoté et quand vous pourrez donner l’alerte nous serons loin...
– ... et comme je ne ramènerai ni le saphir ni vous, votre époux – il l’est que vous le vouliez ou non ! – pensera que je me suis approprié les deux. C’est assez répugnant mais plutôt bien imaginé ! Dire que j’ai été assez stupide pour vouloir faire de vous ma femme ! On n’est pas plus ridicule ! Quant à vous et votre Sigismond, vous n’êtes que des gamins dangereux et irresponsables pour qui la vie ou les sentiments des autres sont lettre morte ! Seuls, vos caprices...
– Cela vous va bien de parler de sentiments, vous qui vous êtes joué des miens, qui avez osé...
– Vous trahir ? Je sais ! Ne recommençons pas !... Votre seule excuse, c’est votre jeunesse, et j’aurais dû être sage pour deux ! A présent, allez au diable avec qui vous voulez puisque votre distraction favorite consiste à vous enfuir avec le premier venu ! Moi, j’en ai assez...
Tournant les talons, il se dirigea vers la porte mais, au moment où il atteignait le bouton, elle le rattrapa, le tira en arrière près de la fenêtre demeurée ouverte.
– Sauvez-vous pendant qu’il en est temps encore ! s’écria-t-elle. En suivant le rebord, on peut atteindre une petite terrasse d’où il doit être facile de rejoindre le sol. Ensuite, si vous allez tout droit, vous trouverez un mur mais il n’est pas très haut. Derrière, il y a la route de Paris qu’il faut prendre à droite...
– Vous voulez que je m’enfuie, à présent ? Qu’est-ce que ça cache encore ?
Il la regardait au fond des yeux et vit qu’ils étaient pleins de larmes et de supplications. Elle semblait bouleversée.
– Rien d’autre que mon désir de vous savoir vivant, murmura-t-elle. Après tout... je ne connais pas ces gens, même si mon frère les porte aux nues, et j’ai peut-être eu tort de leur faire confiance. Maintenant, je ne sais plus qui croire... et j’ai peur ! S’il allait vous arriver quelque chose... je... je serais très malheureuse !
– Alors venez avec moi !
Il l’avait saisie aux épaules pour mieux lui communiquer sa force et sa conviction, mais elle n’eut pas le temps de répondre : la voix métallique d’Ulrich se faisait entendre sur le seuil :
– Charmant tableau ! J’espère que vous vous êtes tout dit ? Nous n’avons plus de temps à perdre ! Alors veuillez lever les mains en l’air, tous les deux, et sortir sans faire d’histoires !
Le gros revolver à barillet qui prolongeait son poing rendait la discussion difficile, pourtant Aldo protesta :
– Pourquoi elle ? Je vous croyais complices ?
– Je le croyais aussi mais, après ce que j’ai entendu, je n’en suis plus très sûr.
– Qu’allez-vous en faire ?
– C’est à elle de choisir : si elle veut toujours nous suivre, son frère l’attend dans la voiture sous la garde de Gus. Si elle préfère rester avec vous, elle partagera votre sort.
– Laissez-la partir !
– J’ai peut-être mon mot à dire ? s’insurgea la jeune femme.
– Vous le direz plus tard ! On perd du temps. Descendez et pas un geste ou je tire !
Rien d’autre à faire que de s’exécuter !
La double porte du salon n’était que poussée.
À l’intérieur, le gigantesque Sam attendait avec les menottes qu’il reboucla autour des poignets d’Aldo, et des cordes qui lui servirent à le ficeler soigneusement sur une chaise plantée au beau milieu de la pièce. Quand ce fut fait, Ulrich qui tenait toujours Anielka en respect l’interrogea :
– À votre tour, ma belle ! Que choisissez-vous ? Une autre chaise aussi confortable, ou la Rolls de votre riche époux ? Car, bien entendu, nous n’avons pas l’intention de la rendre. Elle plaît beaucoup à mon ami Sigismond qui a bien mérité cette récompense...
– Elle le mènera tout droit en prison, ricana Morosini. Il va en faire quoi, de sa Rolls ? La promener dans Paris où elle sera repérée en deux minutes ?
– C’est son affaire. Alors, ma jolie, que choisissez-vous ?
Anielka croisa les bras et releva son joli nez d’un air de défi.