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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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— Redoute-t-elle que, de mon siège, je tende le bras pour arracher la couronne de la tête de son frère bien-aimé ? lança Prestimion. L’idée m’en a bien traversé l’esprit, mais… Regardez, voilà Gialaurys !

En tenue de joute, Gialaurys venait d’entrer dans le champ clos, chevauchant une monture de course si ardente et fougueuse qu’on eût dit un démon crachant le feu plus qu’une bête de somme. Elle avait les pattes longues et minces, un dos étroit, tranchant comme un rasoir ; sa robe lustrée était d’un violet vif tirant sur le rouge et une férocité démoniaque se lisait dans ses yeux jaunes cerclés de rouge. Derrière Gialaurys venait le mage Gebel Thibek sur un coursier puissant mais beaucoup moins fougueux, mieux adapté, peut-être, à un long voyage en terrain accidenté qu’aux charges rapides et aux volte-face de la joute.

Gialaurys semblait avoir pris la mesure de sa monture, qui eût très probablement désarçonné en un rien de temps un cavalier de moindre expérience. Il se tenait avec assurance vers l’avant de la selle naturelle qui interrompait l’étroite colonne vertébrale de l’animal, les jambes enfoncées dans ses flancs rebondis, bien droit, avec une bonne assiette, la hampe de la lance reposant légèrement sur le pli du bras. Bien que manifestement indignée d’avoir à supporter un cavalier, la monture semblait admettre la domination de Gialaurys et lui en témoigner un certain respect.

Celui qui avait élevé cet animal en avait fait un coursier diabolique, doté d’une énergie volcanique et d’un tempérament instable. Les montures de course, comme les races plus lentes et pesantes, utilisées pour les transports ordinaires, étaient des créatures artificielles conçues longtemps auparavant pour la commodité de l’homme, le produit d’une antique science pas très éloignée de la sorcellerie et tombée dans l’oubli. L’art de les fabriquer était perdu depuis longtemps, mais ces créatures synthétiques étaient capables de se reproduire seules, comme les animaux naturels, et différentes races avaient été créées par la sélection. La monture de course, la plus prisée de toutes, était réservée à l’usage exclusif de la noblesse du Mont du Château. Mais bien peu eussent été capables de maîtriser la monture de Gialaurys.

Gialaurys et Gebel Thibek se placèrent chacun d’un côté de la lice, saluèrent et chargèrent impétueusement. La monture de Gialaurys était tellement plus rapide que celle de son adversaire qu’elle avait parcouru près du double de la distance lorsqu’elles se croisèrent. Comme le voulait la coutume, les deux hommes ne cherchèrent pas à se toucher lors du premier assaut, se contentant d’effleurer de la pointe de la lance l’arme de l’adversaire. Puis ils firent tourner leur monture et s’élancèrent derechef l’un vers l’autre ; Gialaurys leva sa lance dans la position qui lui était habituelle. Sa monture avançait si vite que ses sabots semblaient à peine effleurer l’herbe ; Gebel Thibek, attendant l’attaque, paraissait lent et hésitant. Il tenait sa lance d’une main malhabile, le fer incliné vers le sol.

— Et voilà, fit Prestimion. Il va toucher et le désarçonner.

Mais non. Gialaurys dirigea sa lourde lance vers le cercle noir tracé au centre du justaucorps de cuir matelassé de Gebel Thibek. Mais il se passa quelque chose ; au dernier moment, le mage leva sa lance pour effectuer une parade inattendue, faisant glisser la pointe le long de la hampe de l’arme de Gialaurys, qui fut détournée et passa près de lui sans le toucher.

— Comment est-ce possible ? demanda Septach Melayn sans dissimuler son étonnement. Y aurait-il de la sorcellerie dans l’air ?

— Je dirais qu’il est plus fort que nous ne le pensions, répondit Prestimion. Ce n’est pas un adversaire à prendre à la légère. Je me demande pourquoi nous n’avions jamais entendu parler de lui.

Un nouvel assaut avait commencé. Cette fois encore, Gialaurys guida sa monture avec une suprême efficacité ; cette fois encore les mouvements défensifs de Gebel Thibek parurent empruntés et inappropriés. Et pourtant, quand les deux cavaliers se croisèrent, au beau milieu du champ clos, la lance de Gialaurys oscilla bizarrement juste avant l’impact et son adversaire l’écarta aisément, dédaigneusement, d’un grand coup retentissant qui déclencha des acclamations dans l’entourage de Korsibar et un cri étouffé de stupéfaction chez Prestimion et Septach Melayn.

— Il y a quelque chose qui ne va pas du tout, murmura Prestimion.

De fait, Gialaurys se tenait bizarrement sur sa monture, fortement penché sur le côté, presque à moitié hors de la selle. Il tenait sa lance beaucoup trop bas sur la hampe, comme quelqu’un qui n’a pas l’habitude de cette arme. Et il n’était plus aussi maître de sa fougueuse monture, qui allait à petites foulées nerveuses, comme si elle s’apprêtait à tenter de le démonter.

— Il se conduit d’un seul coup comme s’il était ivre, fit Septach Melayn.

— Pas Gialaurys, répliqua Prestimion. Jamais il n’aurait bu avant d’entrer dans la lice.

— Ce n’est pas le vin qui lui fait cela, dit Svor. Regardez sous le casque du mage, les lèvres qui remuent. Il parle à Gialaurys. Il lui jette un sort, peut-être. Pourquoi auraient-ils choisi un mage pour le provoquer et non quelqu’un comme Farholt, s’ils n’avaient eu l’intention de recourir à la sorcellerie ?

Gialaurys repartit vers l’extrémité du champ clos, en se tenant de plus en plus mal, comme un ivrogne. On eût dit un bouffon. De la tribune opposée s’élevèrent des huées railleuses. Gebel Thibek prit position au centre du terrain, cria par trois fois le nom de Gialaurys et brandit par trois fois sa lance, le signal pour son adversaire de se retourner et de charger. À l’évidence, Gialaurys avait des difficultés pour faire tourner sa monture ; il réussit enfin à faire face à son adversaire.

Une nouvelle fois, ils s’élancèrent l’un vers l’autre. Gialaurys secoua la tête, comme pour se débarrasser d’une brume qui lui voilait le cerveau. Il eut toutes les peines du monde à parer l’attaque de Gebel Thibek, qui visait le cœur, sans même pouvoir y répondre.

Les lances se terminaient par un fer pointu. Un coup porté au mauvais endroit ou mal détourné pouvait être fatal. Et Gialaurys semblait maintenant incapable de se défendre. Son état empirait à vue d’œil ; il n’était plus maître de lui-même. Si cela devait continuer, il allait basculer de sa monture et s’affaler par terre sans même avoir été touché.

Prestimion se leva à demi.

— Il faut arrêter le combat, lança-t-il en direction de Navigorn, le Maître des Jeux de cette troisième journée, en s’efforçant d’attirer son attention. Gialaurys n’est pas en état de continuer.

Mais Navigorn regardait de l’autre côté.

La main du duc Svor se referma sur le poignet de Prestimion.

— Regarde, fit-il.

En trois bonds, Septach Melayn était descendu de la tribune ; il avançait en vociférant dans la lice du pas titubant d’un homme qui vient de vider coup sur coup six flacons de vin et en cherche encore un autre. Il avait dégainé son épée et la brandissait furieusement. La foule se mit à hurler.

À la vue de la lame d’acier, la monture de Gialaurys s’écarta, se cabra et faillit désarçonner son cavalier. Sa lance lui échappa, mais il parvint à se retenir à la lourde crinière de l’animal qui courait nerveusement en tous sens. Le coursier de Gebel Thibek, plus placide, ne bougea pas. Le mage furieux cria à Septach Melayn de dégager le terrain ; Septach Melayn répondit d’une voix avinée par une bordée d’injures et un moulinet dans le vide. Gebel Thibek répliqua d’un violent coup de lance, dans l’intention évidente non de le repousser mais de l’embrocher. Si Septach Melayn n’avait bondi de côté avec une prodigieuse agilité, il aurait eu la poitrine transpercée.

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