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Les Enfants Du Capitaine Grant

Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:

Lord et Lady Glenarvan, ainsi que le géographe Paganel, aident Mary et Robert Grant à retrouver leur père qui a fait naufrage sur une île dont on ne connait que la latitude, ce qui les amène à traverser l'Amérique du sud, puis l'Australie où un bagnard évadé, Ayrton, tente de s'emparer du yacht de Glenarvan, et enfin l'Océanie où, après avoir échappé aux anthropophages, il retrouveront enfin la trace de leur père…
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Deux heures après, il perdit de vue le cap Catastrophe, et se trouva par le travers du détroit de l’Investigator. Le soir, le cap Borda fut doublé, et l’île Kanguroo prolongée à quelques encablures. C’est la plus grande des petites îles australiennes, et elle sert de refuge aux déportés fugitifs. Son aspect était enchanteur. D’immenses tapis de verdure revêtaient les rocs stratifiés de ses rivages. On voyait comme au temps de sa découverte, en 1802, d’innombrables bandes de kanguroos bondir à travers les bois et les plaines.

Le lendemain, pendant que le Duncan courait bord sur bord, ses embarcations furent envoyées à terre avec mission de visiter les accores de la côte.

Il se trouvait alors sur le trente-sixième parallèle, et, jusqu’au trente-huitième, Glenarvan ne voulait pas laisser un point inexploré.

Pendant la journée du 18 décembre, le yacht, qui boulinait comme un vrai clipper sous sa voilure entièrement déployée, rasa le rivage de la baie Encounter. C’est là qu’en 1828 le voyageur Sturt arriva après avoir découvert le Murray, le plus grand fleuve de l’Australie méridionale. Ce n’étaient déjà plus les rives verdoyantes de l’île Kanguroo, mais des mornes arides, rompant parfois l’uniformité d’une côte basse et déchiquetée, çà et là quelque falaise grise, ou des promontoires de sable, enfin toute la sécheresse d’un continent polaire.

Les embarcations pendant cette navigation firent un rude service. Les marins ne s’en plaignirent pas.

Presque toujours Glenarvan, son inséparable Paganel et le jeune Robert les accompagnaient. Ils voulaient de leurs propres yeux chercher quelques vestiges du Britannia. Mais cette scrupuleuse exploration ne révéla rien du naufrage. Les rivages australiens furent aussi muets à cet égard que les terres patagones. Cependant, il ne fallait pas perdre tout espoir tant que ne serait pas atteint le point précis indiqué par le document. On n’agissait ainsi que par surcroît de prudence, et pour ne rien abandonner au hasard. Pendant la nuit, le Duncan mettait en panne, de manière à se maintenir sur place autant que possible, et, le jour, la côte était fouillée avec soin.

Ce fut ainsi que, le 20 décembre, on arriva par le cap Bernouilli, qui termine la baie Lacépède, sans avoir trouvé la moindre épave. Mais cet insuccès ne prouvait rien contre le capitaine du Britannia.

En effet, depuis deux ans, époque à laquelle remontait la catastrophe, la mer avait pu, avait dû

Disperser, ronger les restes du trois-mâts et les arracher de l’écueil. D’ailleurs, les indigènes, qui sentent les naufrages comme un vautour sent un cadavre, devaient avoir recueilli les plus minces débris. Puis, Harry Grant et ses deux compagnons, faits prisonniers au moment où les vagues les jetaient à la côte, avaient été sans nul doute entraînés dans l’intérieur du continent.

Mais alors tombait une des ingénieuses hypothèses de Jacques Paganel. Tant qu’il s’agissait du territoire argentin, le géographe pouvait à bon droit prétendre que les chiffres du document se rapportaient, non au théâtre du naufrage, mais au lieu même de la captivité. En effet, les grands fleuves de la Pampasie, leurs nombreux affluents, étaient là pour porter à la mer le précieux document. Ici, au contraire, dans cette partie de l’Australie, les cours d’eau sont peu abondants qui coupent le trente-septième parallèle; de plus, le Rio-Colorado, le Rio-Negro, vont se jeter à la mer à travers des plages désertes, inhabitables et inhabitées, tandis que les principales rivières australiennes, le Murray, la Yarra, le Torrens, le Darling, ou affluent les unes aux autres, ou se précipitent dans l’océan par des embouchures qui sont devenues des rades fréquentées, des ports où la navigation est active. Quelle probabilité, dès lors, qu’une fragile bouteille eût pu descendre le cours de ces eaux incessamment parcourues et arriver à l’océan Indien?

Cette impossibilité ne pouvait échapper à des esprits perspicaces. L’hypothèse de Paganel, plausible en Patagonie dans les provinces argentines, eût donc été illogique en Australie. Paganel le reconnut dans une discussion qui fut soulevée à ce sujet par le major Mac Nabbs. Il devint évident que les degrés relatés au document ne s’appliquaient qu’au lieu du naufrage, que par conséquent la bouteille avait été jetée à la mer à l’endroit où se brisa le Britannia, sur la côte occidentale de l’Australie.

Cependant, et comme le fit justement observer Glenarvan, cette interprétation définitive n’excluait pas l’hypothèse de la captivité du capitaine Grant. Celui-ci, d’ailleurs, le faisait pressentir dans son document par ces mots, dont il fallait tenir compte: où ils seront prisonniers de cruels indigènes. Mais il n’existait plus aucune raison pour rechercher les prisonniers sur le trente-septième parallèle plutôt que sur un autre.

Cette question, longtemps débattue, reçut ainsi sa solution définitive, et donna les conséquences suivantes: si des traces du Britannia ne se rencontraient pas au cap Bernouilli, lord Glenarvan n’avait plus qu’à revenir en Europe. Ses recherches auraient été infructueuses, mais il avait rempli son devoir courageusement et consciencieusement.

Cela ne laissa pas d’attrister particulièrement les passagers du yacht, et de désespérer Mary et Robert Grant. En se rendant au rivage avec lord et lady Glenarvan, John Mangles, Mac Nabbs et Paganel, les deux enfants du capitaine se disaient que la question du salut de leur père allait irrévocablement se décider. Irrévocablement, on peut le dire, car Paganel, dans une précédente discussion avait judicieusement démontré que les naufragés seraient rapatriés depuis longtemps déjà, si leur navire se fût brisé sur les écueils de la côte orientale.

«Espoir! Espoir! Toujours espoir! répétait lady Helena à la jeune fille, assise près d’elle dans l’embarcation qui les conduisait à terre. La main de Dieu ne nous abandonnera pas!

– Oui, miss Mary, dit le capitaine John, c’est au moment où les hommes ont épuisé les ressources humaines, que le ciel intervient, et, par quelque fait imprévu, leur ouvre des voies nouvelles.

– Dieu vous entende, Monsieur John!» répondit Mary Grant.

Le rivage n’était plus qu’à une encablure; il terminait par des pentes assez douces l’extrémité du cap qui s’avançait de deux milles en mer.

L’embarcation accosta dans une petite crique naturelle entre des bancs de corail en voie de formation, qui, le temps aidant, doivent former une ceinture de récifs à la partie sud de l’Australie.

Tels ils étaient déjà, tels ils suffisaient à détruire la coque d’un navire, et le Britannia pouvait s’être perdu là corps et biens.

Les passagers du Duncan débarquèrent sans difficulté sur un rivage absolument désert. Des falaises à bandes stratifiées formaient une ligne côtière haute de soixante à quatre-vingts pieds. Il eût été difficile d’escalader cette courtine naturelle sans échelles ni crampons. John Mangles, heureusement, découvrit fort à propos une brèche produite à un demi-mille au sud par un éboulement partiel de la falaise. La mer, sans doute, battait cette barrière de tuf friable pendant ses grandes colères d’équinoxe, et déterminait ainsi la chute des portions supérieures du massif.

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