Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
– Trente-six, dit Robert.
– Parfait! J’ai de l’avance, répondit Paganel. Je cite pour mémoire Eyre et Leichardt, qui pat une portion du pays en 1840 et 1841; Sturt, en 1845; les frères Grégory et Helpmann, en 1846, dans l’Australie occidentale; Kennedy, en 1847, sur le fleuve Victoria, et, en 1848, dans l’Australie du nord; Grégory, en 1852; Austin, en 1854; les Grégory, de 1855 à 1858, dans le nord-ouest du continent; Babbage, du lac Torrens au lac Eyre, et j’arrive enfin à un voyageur célèbre dans les fastes australiens, à Stuart, qui traça trois fois ses audacieux itinéraires à travers le continent. Sa première expédition à l’intérieur est de 1860. Plus tard, si vous le voulez, je vous raconterai comment l’Australie fut quatre fois traversée du sud au nord. Aujourd’hui, je me borne à achever cette longue nomenclature, et, de 1860 à 1862, j’ajouterai aux noms de tant de hardis pionniers de la science ceux des frères Dempster, de Clarkson et Harper, ceux de Burke et Wills, ceux de Neilson, de Walker, Landsborough, Mackinlay, Howit…
– Cinquante-six! s’écria Robert.
– Bon! Major, reprit Paganel, je vais vous faire bonne mesure, car je ne vous ai cité ni Duperrey, ni Bougainville, ni Fitz-Roy, ni De Wickam, ni Stokes…
– Assez, fit le major, accablé sous le nombre.
– Ni Pérou, ni Quoy, reprit Paganel, lancé comme un express, ni Bennett, ni Cuningham, ni Nutchell, ni Tiers…
– Grâce!…
– Ni Dixon, ni Strelesky, ni Reid, ni Wilkes, ni Mitchell…
– Arrêtez, Paganel, dit Glenarvan, qui riait de bon cœur, n’accablez pas l’infortuné Mac Nabbs. Soyez généreux! Il s’avoue vaincu.
– Et sa carabine? demanda le géographe d’un air triomphant.
– Elle est à vous, Paganel, répondit le major, et je la regrette bien. Mais vous avez une mémoire à gagner tout un musée d’artillerie.
– Il est certainement impossible, dit lady Helena, de mieux connaître son Australie. Ni le plus petit nom, ni le plus petit fait…
– Oh! le plus petit fait! dit le major en secouant la tête.
– Hein! Qu’est-ce, Mac Nabbs? s’écria Paganel.
– Je dis que les incidents relatifs à la découverte de l’Australie ne vous sont peut-être pas tous connus.
– Par exemple! fit Paganel avec un suprême mouvement de fierté.
– Et si je vous en cite un que vous ne sachiez pas, me rendrez-vous ma carabine? demanda Mac Nabbs.
– À l’instant, major.
– Marché conclu?
– Marché conclu.
– Bien. Savez-vous, Paganel, pourquoi l’Australie n’appartient pas à la France?
– Mais, il me semble…
– Ou, tout au moins, quelle raison en donnent les anglais?
– Non, major, répondit Paganel d’un air vexé.
– C’est tout simplement parce que le capitaine Baudin, qui n’était pourtant pas timide, eut tellement peur en 1802 du croassement des grenouilles australiennes, qu’il leva l’ancre au plus vite et s’enfuit pour ne jamais revenir.
– Quoi! s’écria le savant, dit-on cela en Angleterre? Mais c’est une mauvaise plaisanterie!
– Très mauvaise, je l’avoue, répondit le major, mais elle est historique dans le royaume-uni.
– C’est une indignité! s’écria le patriotique géographe. Et cela se répète sérieusement?
– Je suis forcé d’en convenir, mon cher Paganel, répondit Glenarvan au milieu d’un éclat de rire général. Comment! Vous ignoriez cette particularité?
– Absolument. Mais je proteste! d’ailleurs, les anglais nous appellent «mangeurs de grenouilles!» Or, généralement, on n’a pas peur de ce que l’on mange.
– Cela ne se dit pas moins, Paganel», répondit le major en souriant modestement.
Et voilà comment cette fameuse carabine de Purdey Moore et Dikson resta la propriété du major Mac Nabbs.
Chapitre V Les colères de l’océan Indien
Deux jours après cette conversation, John Mangles ayant fait son point à midi, annonça que le Duncan se trouvait par 113° 37’ de longitude. Les passagers consultèrent la carte du bord et virent, non sans grande satisfaction, que cinq degrés à peine les séparaient du cap Bernouilli.
Entre ce cap et la pointe d’Entrecasteaux, la côte australienne décrit un arc que sous-tend le trente-septième parallèle. Si alors le Duncan fût remonté vers l’équateur, il aurait eu promptement connaissance du cap Chatham, qui lui restait à cent vingt milles dans le nord. Il naviguait alors dans cette partie de la mer des Indes abritée par le continent australien.
On pouvait donc espérer que, sous quatre jours, le cap Bernouilli se relèverait à l’horizon.
Le vent d’ouest avait jusqu’alors favorisé la marche du yacht; mais depuis quelques jours il montrait une tendance à diminuer; peu à peu, il calmit. Le 13 décembre, il tomba tout à fait, et les voiles inertes pendirent le long des mâts.
Le Duncan, sans sa puissante hélice, eût été enchaîné par les calmes de l’océan.
Cet état de l’atmosphère pouvait se prolonger indéfiniment. Le soir, Glenarvan s’entretenait à ce sujet avec John Mangles. Le jeune capitaine, qui voyait se vider ses soutes à charbon, paraissait fort contrarié de cette tombée du vent. Il avait couvert son navire de voiles, hissé ses bonnettes et ses voiles d’étai pour profiter des moindres souffles; mais, suivant l’expression des matelots, il n’y avait pas de quoi remplir un chapeau.
«En tout cas, dit Glenarvan, il ne faut pas trop se plaindre, mieux vaut absence de vent que vent contraire.
– Votre honneur a raison, répondit John Mangles; mais précisément, ces calmes subits amènent des changements de temps. Aussi je les redoute; nous naviguons sur la limite des moussons qui, d’octobre à avril, soufflent du nord-est, et pour peu qu’elles nous prennent debout, notre marche sera fort retardée.
– Que voulez-vous, John? Si cette contrariété arrivait, il faudrait bien s’y soumettre. Ce ne serait qu’un retard, après tout.
– Sans doute, si la tempête ne s’en mêlait pas.
– Est-ce que vous craignez le mauvais temps? dit Glenarvan en examinant le ciel, qui, cependant, de l’horizon au zénith, apparaissait libre de nuages.