La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
Et ce fut d’une voix pleine de dédaigneuse raillerie qu’il acheva:
– Je ne veux conserver de cette nuit que les doux souvenirs qu’elle évoquera en moi. Allez, monsieur, vous êtes libre!…
Cette fois, en effet, le chevalier fut secoué par un long frémissement.
Il jeta un dernier regard empreint de désespoir sur celle qu’il adorait, et s’éloigna, s’effaça dans la nuit…
Alors Louis XV fit remonter dans le carrosse Jeanne toute pâle de cette scène, et agitée de sentiments confus où dominait la honte d’avoir été surprise par le chevalier d’Assas.
Puis il se retourna vers le postillon immobile et raide sur son siège.
– Vous êtes blessé? demanda-t-il.
– Oui, Sire, j’ai l’épaule brisée… mais je puis conduire encore…
– Vous êtes brave! fit le roi.
– Quant il s’agit du service de Sa Majesté, blessé ou non, tant qu’il me reste un souffle de vie, ce souffle appartient au roi…
– Votre nom?…
– De Bernis, Sire!…
– Bien. Je ne vous oublierai pas, monsieur de Bernis!… Partons!…
Louis XV sauta légèrement dans le carrosse qui s’ébranla aussitôt dans la direction de Versailles…
Alors Bernis, tout en conduisant, banda tant bien que mal son bras gauche qu’il mit en écharpe.
Mais qui eût soulevé les bandages, qu’il fixait en souriant, eût constaté que le bras et l’épaule n’étaient nullement blessés…
XXVI LA PETITE MAISON
À peine le carrosse se fut-il mis en mouvement, tandis que d’Assas écrasé, l’âme éperdue, reprenait le chemin de Paris, les gens qui s’étaient étendus dans le champ voisin et avaient assisté à cette scène se relevèrent.
Du Barry courut aux chevaux, sauta sur le sien, et, donnant l’ordre à ses acolytes de reprendre le chemin de la ville, s’élança sur la route.
Il avait sinon tout vu, du moins tout entendu.
Il savait donc qu’au lieu de Berryer, c’était Louis XV qui se trouvait dans la voiture.
Ayant franchi d’un saut le fossé qui le séparait de la route, il prit le galop et ne tarda pas à rejoindre le carrosse. Alors, il lui laissa une avance suffisante pour ne pas être aperçu lui-même dans l’obscurité, et se mit à suivre.
– Ce d’Assas a toutes les chances! grondait-il. Un autre, moi, n’importe qui, eût été arrêté demain matin, et alors la Bastille!… le bourreau, peut-être!… Ah! ce roi est bien faible!… D’Assas s’en tire les mains nettes… Et qui sait si cette aventure ne le servira pas!… Voici la petite d’Étioles favorite! Or, elle me fait l’effet d’éprouver pour le joli chevalier un sentiment qui frise la tendresse!… Enfin, tout n’est pas dit! Qui vivra verra!…
Vingt minutes plus tard, le carrosse fut en vue du gigantesque château, évocation de l’immense orgueil de Louis XIV… Sans doute le roi avait donné des indications à Bernis, car celui-ci, sans hésiter, contourna l’aile droite du château, et lança le carrosse sur la route qui aboutissait à l’endroit où plus tard devait s’élever Trianon.
Au bout de dix minutes, la voiture s’arrêta…
Du Barry sauta vivement de sa selle, et sans se préoccuper de son cheval dressé à ne plus bouger de place dès que le chevalier mettait pied à terre, il se rapprocha d’arbre en arbre et put ainsi arriver à temps pour voir Louis XV descendre… Jeanne demeurait dans la voiture…
Bernis, n’ayant reçu aucun ordre, restait immobile à sa place.
Du Barry embrassa cette scène d’un coup d’œil.
Il vit alors que le carrosse était arrêté devant la porte d’un élégant pavillon de style Renaissance où tout paraissait dormir, volets clos et portes fermées…
Le roi s’approcha de la porte d’entrée et souleva trois fois le marteau.
Aussitôt, comme s’il y eût quelqu’un qui veillât en permanence, la porte s’ouvrit, et une gracieuse soubrette apparut, éclairée par la lampe qu’elle tenait à la main. Cette femme reconnut-elle le roi? Peut-être. Mais elle ne fit aucun geste de surprise, ne prononça pas un mot et se contenta d’éclairer le passage en élevant sa lampe.
Alors Louis XV se rapprocha du carrosse, ouvrit la portière et tendit la main.
Du Barry vit apparaître Mme d’Étioles qui, pâle et tremblante, s’appuya sur cette main pour descendre.
Le roi la conduisit jusqu’à l’entrée de la maison, et, s’adressant à la soubrette:
– Suzon, dit-il, voici votre nouvelle maîtresse. J’espère que tout est prêt pour la recevoir dignement.
– Oui, monsieur, répondit la soubrette.
– Madame, reprit Louis XV en se tournant vers Jeanne, veuillez vous considérer ici comme chez vous. Et vous y êtes réellement. Car cette maison, dès cet instant, vous appartient. J’ose espérer que vous voudrez bien parfois, parmi les amis qui viendront vous saluer, recevoir le plus fidèle et le plus soumis de vos serviteurs.
En même temps il s’inclina profondément.
Jeanne, troublée jusqu’à l’âme, eut une dernière hésitation…
Elle fit une révérence et murmura d’une voix confuse:
– Vous serez toujours le bienvenu… monsieur!…
Et elle entra!…
Louis XV demeura un instant devant cette porte, un singulier sourire au coin des lèvres. Puis, vivement, il remonta dans le carrosse qui, quelques minutes plus tard, s’arrêta devant le château où tout était toujours prêt, nuit et jour, pour recevoir Sa Majesté…
– Ouf! murmura Bernis en remettant le carrosse aux mains des valets d’écurie, je ne sais combien maître Berryer a pu grimper d’échelons cette nuit… je crois que, de mon côté, l’escalade se présente assez bien… Or çà! réfléchissons maintenant!… Dois-je ou non prévenir ce cher M. Jacques… oh! pardon… monseigneur!… Voyons: de quel côté dois-je me laisser pousser?… Si je laissais faire?… Qui sera vainqueur? le roi, ou la puissante société à laquelle je suis affilié?… Prenons toujours deux jours de repos… et de réflexion…
Sur ce, M. de Bernis se retira dans la chambre qu’on lui avait préparée, et se mit, en effet, à réfléchir.
Quant à du Barry, il était remonté sur sa bête et avait repris à franc étrier le chemin de Paris.
À trois heures du matin, tandis que Bernis réfléchissait, que Berryer attendait, que Jeanne songeait à l’étourdissante aventure et que le roi dormait fort paisiblement, du Barry frappa à la maison de la rue du Foin, et, malgré l’heure, fut aussitôt introduit.
Là aussi, on était prêt à toute heure du jour et de la nuit…
Le lendemain, Paris apprit avec indifférence que la Cour s’était transportée à Versailles que le roi fût au Louvre ou au château, les édits sur les impôts n’en pleuvaient pas moins avec leur implacable régularité. Les Parisiens ne furent donc ni attristés ni joyeux de savoir que, par un de ces caprices qui étaient fréquents, leur monarque avait quitté la ville dans la nuit pour aller dormir à Versailles.