La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
– Ce soir! fit machinalement Louis XV tout étourdi.
– Ce soir, à dix heures, insista Berryer sans même se douter de ce qu’il y avait d’infâme dans le rôle qu’il jouait.
Et en effet, tout bouillant d’une joie d’ambitieux -, la plus terrible joie qui existe, – du ton le plus naturel, il ajouta:
– Sire, plaise à Votre Majesté de me dire où il faudra arrêter le carrosse qui contiendra Mme d’Étioles et votre serviteur…
– Berryer, dit le roi, vous me rendez là un service que je n’oublierai pas.
Berryer s’inclina si bas que son front descendit presque à la hauteur des genoux du roi.
– Je n’ai fait que mon devoir, Sire! murmura-t-il.
– Votre plan est admirable! reprit Louis XV. C’est pardieu vrai! Vous m’avez fait voir clair en moi-même: je n’osais pas! Eh bien, je vais oser!… Berryer, je modifie quelque chose à votre plan!…
– Qu’est-ce donc, Sire?…
– Ce n’est pas vous que Mme d’Étioles doit trouver dans le carrosse lorsqu’elle y montera.
– Et qui, alors, Sire?…
– Moi! dit le roi. Partons, Berryer. Conduisez-moi. Ne perdons pas un instant!…
En même temps, Louis XV appela son valet de chambre et lui ordonna d’annoncer qu’il était couché et que chacun pouvait se retirer. Puis, jetant un manteau sur ses épaules et assurant une bonne épée à son côté, il sortit de l’appartement royal par une porte secrète, gagna un escalier dérobé, et bientôt, toujours suivi de Berryer, se trouva hors du Louvre.
Les deux hommes marchèrent rapidement jusqu’au carrefour Buci… Le carrosse ne tarda pas à arriver, conduit par Bernis… Berryer se posta près de l’entrée de la maison, et lorsque Jeanne apparut, la saisit et la poussa…
Le carrosse s’éloigna.
– Ma fortune est faite! murmura le lieutenant de police.
Jeanne, en se sentant ainsi entraînée, eut la sensation rapide qu’elle avait été attirée dans un guet-apens. Dans la voiture, elle jeta un grand cri… mais deux bras vigoureux l’enlacèrent aussitôt…
– Laissez-moi, monsieur! cria-t-elle. Laissez-moi! Vous êtes un lâche!… Laissez-moi, ou je jure que je vous soufflette!…
– Jeanne!… Jeanne!… Ma chère Jeanne! fit une voix ardente.
Elle reconnut la voix, écarta les mains qui couvraient ses yeux, et vit le roi à demi agenouillé.
– Vous!… Sire!… Quoi! c’est Votre Majesté! balbutia-t-elle.
– À vos pieds, Jeanne!… Ah! pardonnez l’extrémité où m’a poussé mon amour! Je ne vivais plus, Jeanne!… Je ne songeais plus qu’à vous! Je voulais vous revoir à tout prix! Et l’idée seule de demeurer un jour de plus sans vous voir m’était odieuse… Oh! je vous en supplie, n’écartez pas ainsi votre tête, ne vous éloignez pas de moi!… Oui, j’ai osé concevoir et exécuter ce plan indigne peut-être d’un gentilhomme, mais digne du fou d’amour que je suis… Un mot, Jeanne… un regard qui me dise que vous me pardonnez!…
Jeanne s’était assise sur le coussin.
Elle était ravie, en extase… et elle sanglotait…
Elle éprouvait un bonheur inouï à entendre ainsi parler celui qu’elle adorait, et elle pleurait!…
– Sire, dit-elle tristement, vous en avez agi avec moi comme avec une de ces filles pour lesquelles il n’est plus de ménagement à prendre…
Le roi pâlit.
Le reproche était affreusement juste dans sa cruauté même.
Mais ce qui faisait pâlir Louis XV, c’était surtout la crainte que Jeanne ne lui échappât, qu’elle n’exigeât de lui de faire arrêter la voiture et de la laisser descendre.
– Ah! s’écria-t-il, je vois bien que je m’étais trompé!
– Que voulez-vous dire, Sire?…
– Vous ne m’aimez pas, Jeanne! Voilà la vérité!…
– Moi!… Je ne vous aime pas!…
Ce fut un tel cri de passion que Louis XV en fut bouleversé, et pour ainsi dire ébloui… Sa tête s’enflamma… son cœur se mit à battre plus fort… il se laissa glisser à genoux, et saisissant les deux mains de Jeanne, il les couvrit de baisers furieux… et d’une douceur qui pénétrait la jeune femme jusqu’à l’âme.
Et enivré, exalté, il répétait:
– Je t’aime, ma Jeanne adorée… Je t’aime et suis à toi pour toujours…
– Sire! Sire!… bégayait Jeanne, extasiée.
– Je t’adore, Jeanne. Ne le comprends-tu pas au son de ma voix! Ne le comprends-tu pas même par la hardiesse de ce que je viens de faire! Songe que c’est le roi de France qui a quitté secrètement son Louvre pour venir te retrouver!…
– Hélas! murmura Jeanne, combien je serais plus heureuse si celui que j’aime n’avait ni Louvre ni gardes…
– Jeanne, pour te rejoindre, j’ai bravé plus que les gardes, j’ai bravé le scandale et les lois de l’étiquette…
– Sire, Sire!… Vous parlez de scandale… Par pitié, ramenez-moi à Paris…
– Chez votre mari? fit Louis XV avec dépit.
Jeanne frissonna, ses yeux s’emplirent de terreur. Ce mari!… Elle l’avait oublié!…
Et le roi comprit alors d’un coup quel abîme séparait cette femme exquise de l’être hideux qu’était d’Étioles.
Louis XV n’était pas jaloux… il ne pouvait l’être. Il ne demandait à ses maîtresses qu’un bonheur passager, trop sceptique pour imaginer une fidélité possible.
Mais cette fois, sans doute, ce n’était pas une passion semblable aux précédentes qui s’emparait de lui.
Cette fois, Louis s’aperçut qu’il avait un cœur et que ce cœur battait plus vite qu’il n’eût voulu.
Ce fut donc avec une sourde joie qu’il nota le frisson d’épouvante qui avait agité Jeanne à la seule idée de revenir près de son mari…
Il s’assit près d’elle et murmura ardemment:
– Tu vois bien que je ne puis te reconduire à Paris puisque tu trembles à la pensée de revoir cet homme…
– Sire, où me conduisez-vous? s’écria Jeanne en se débattant, affolée…
– À Versailles, dit le roi.
– Non! oh! non!… Sire!… Au nom de mon amour, au nom de ce sentiment si pur que je vous ai voué…
– Écoute! interrompit le roi. Je te conduis dans une maison dont tu seras la souveraine maîtresse. Je te jure sur mon honneur de gentilhomme que je n’y entrerai jamais si tu ne m’y appelles!… Ou si j’y viens, ce ne sera qu’en plein jour, comme un visiteur que tu daignes recevoir… Nous ferons ensemble de la poésie et de la musique… près de toi j’oublierai les visages faux de mes courtisans, les menaces de guerre, les observations de mes ministres… j’oublierai enfin cette chose si brillante à la surface et si triste, si vide au fond, qu’on appelle la royauté… Veux-tu, Jeanne?… Veux-tu être mon bon ange? Veux-tu être la consolatrice de mes longs ennuis, de mes désespoirs, parfois?… Veux-tu être l’inspiratrice auprès de laquelle je viendrai chercher la bonté qui, de Versailles, rayonnera sur la France?… Dis un mot, et ce carrosse va retourner à Paris! Je souffrirai, mais je ne me plaindrai pas… je ne t’importunerai plus de cet amour aussi pur, je le jure, que peut l’être le tien! Tes scrupules, je les respecterai!… Mais si tu ne dis rien, Jeanne, tu deviens la secrète amie du pauvre Louis qui n’a autour de lui que des respects d’étiquette et pas une affection… la fleur tendre et douce sur laquelle parfois je me pencherai pour m’enivrer de son parfum…