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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la grâce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son père, Jeanne est bientôt obligée d'épouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a à son tour succombé au charme de Jeanne et leur idylle éclate au grand jour. Les intrigues s'échafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le mystérieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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– Madame, voici mon cheval pour vous ramener. Veuillez seulement me dire à quel endroit de Paris vous désirez être ramenée… je conduirai le cheval par la bride…

Tel était le rêve qu’échafaudait le chevalier, et cependant, il faisait le guet et interrogeait anxieusement la route… Tout était noir… rien n’apparaissait…

D’Assas mit pied à terre et attacha son cheval à un arbre.

Alors, il s’assura que son épée sortait facilement du fourreau, visita ses pistolets, se débarrassa de son manteau qu’il jeta en travers de la selle du cheval, et, se campant au milieu de la route, il attendit…

Les cavaliers masqués que nous avons signalés s’étaient arrêtés en voyant le chevalier mettre pied à terre. Ils se glissèrent sur le côté de la petite maison que d’Assas venait de dépasser, et prirent aussitôt leurs dispositions.

L’un d’eux fut chargé de tenir les six chevaux et alla se dissimuler avec les bêtes, en plein champ, sur les derrières de la maison. Les cinq autres, s’avançant à travers champs, le long et à vingt pas de la route, s’arrêtèrent à la hauteur de d’Assas, se couchèrent à plat ventre sur le sol et attendirent.

Tout à coup, le chevalier d’Assas entendit au loin des grondements de roues sur la terre dure…

Presque aussitôt, les deux lanternes d’une voiture lui apparurent dans la nuit.

Il eut un effroyable battement de cœur…

Cette voiture, c’était sans doute le carrosse qu’il attendait… et dans ce carrosse, il y avait Jeanne!…

D’un geste rapide et machinal, le chevalier prépara ses deux pistolets… La voiture avançait d’un bon trot de ses deux chevaux pesants… Bientôt, elle ne fut plus qu’à une trentaine de pas du chevalier…

Il eut un tressaillement suprême…

Les chevaux étaient blancs, tous deux! Ce carrosse était bien celui qu’il attendait!…

Au même instant, il s’avança et, d’une voix terrible, – toute la rage de l’amour, du désespoir, de la jalousie! – il cria:

– Halte! halte! ou je fais feu!…

– Place! hurla le postillon.

Le chevalier visa, fit feu!…

Puis, jetant son premier pistolet, il tira du second!…

Le postillon se renversa sur son siège avec un gémissement.

D’Assas s’élança à la tête ces chevaux qui, ne sentant plus de bride, s’arrêtaient d’ailleurs à ce moment.

Alors, le cœur battant, les tempes en feu, la bouche crispée, il s’avança vers la portière en disant:

– Descendez, monsieur, qui que vous soyez!… Descendez! ou, par le Ciel, je vous traite comme je viens de traiter votre laquais!…

À ce moment un cri déchirant, – un cri de femme! – retentit dans l’intérieur du carrosse.

D’Assas se rua; mais à la même seconde, la portière s’ouvrit, un homme sauta lestement sur le sol, et se croisant les bras, d’une voix dédaigneuse, empreinte d’une autorité suprême:

– Or çà!… Quel est le truand qui ose arrêter le roi?…

D’Assas, livide, vacillant, foudroyé, jeta un regard d’indicible angoisse sur l’homme qui parlait ainsi.

Et, hagard, les cheveux hérissés par l’horreur, il murmura:

– Le roi!… Le roi!…

Oui! ce n’était pas Berryer qui se trouvait dans le carrosse où Jeanne avait été poussée: c’était Louis XV, le roi de France en personne!…

Voici, en effet, ce qui s’était passé:

Berryer, on se le rappelle, après avoir décidé Noé Poisson et Crébillon à amener Jeanne chez la tireuse de cartes, après avoir combiné son plan avec Bernis et chargé ce dernier d’amener un carrosse à la porte de la Lebon, Berryer, le lendemain, s’était mis en quête du roi, et avait fini par le rejoindre le soir seulement.

Louis XV avait emmené le lieutenant de police dans son cabinet et lui avait demandé:

– Vous me dites, monsieur que vous avez à me parler de Mme d’Étioles?…

– Oui, Sire, répondit Berryer.

Et jouant brutalement sa partie, décidé à tout risquer, il ajouta:

– Votre Majesté me permet-elle de lui parler librement?

– Je vous l’ordonne.

– En ce cas, Sire, je suis sûr de vous intéresser. Laissant donc toute circonlocution de côté, je dirai que, à la fête de l’Hôtel de Ville où je m’étais rendu pour protéger Votre Majesté selon le devoir de ma charge, je me suis aperçu de deux choses…

Tout cynique et décidé qu’il était, Berryer hésita un instant…

– Voyons les deux choses! fit Louis XV en se jetant dans un fauteuil et en fouettant sa botte.

– Je procéderai par ordre, reprit le lieutenant de police en jouant sur le sens de ce mot. La première chose, c’est qu’une femme aimait Votre Majesté…

Louis XV se mit à rire.

– Une seule? fit-il; c’est peu!

– Oh! mais celle-là, Sire, vous aime pour dix, pour vingt, pour cent! Je l’ai étudiée de près. Je l’ai vue pâlir ou rougir, j’ai lu dans ses yeux. Et bientôt j’ai acquis la conviction intime, absolue, que cette femme vous appartenait de toute son âme!

– Et c’est?… interrogea Louis XV qui, pour dissimuler son émotion, bâilla un grand coup.

– Sire, laissez-moi d’abord vous dire la deuxième chose que j’ai remarquée… seulement, j’oserai rappeler à Votre Majesté qu’elle m’a positivement ordonné de parler en toute franchise…

– Et je vous réitère l’ordre, monsieur!

– Eh bien, la deuxième chose, c’est que le roi est amoureux!… Ah! Sire, voilà que vous vous fâchez déjà! ajouta Berryer en voyant le roi froncer le sourcil. Je dis que le roi est amoureux au point de ne pas oser avouer son amour, et de le proclamer à la face de tous, comme il convient à un grand roi, maître absolu dans son royaume et dans sa ville… Maintenant, je n’ai plus qu’un mot à ajouter: c’est que le roi est justement amoureux de cette femme qui l’adore, et que cette femme s’appelle Mme d’Étioles…

Le roi se leva, fit quelques pas dans son cabinet, puis revenant au lieutenant de police:

– Eh bien, oui, Berryer… je l’aime… comme vous dites, comme un véritable écolier. Je sais qu’elle m’aime… ah! par Dieu et le Diable, cela me soulage de le dire. Oui, c’est vrai! J’ai son aveu… et…

– Et le roi n’ose pas oser! fit Berryer rayonnant de la confiance qui lui était témoignée. C’est bien ce que j’ai vu. Et alors, Sire, je me suis dit que, du moment que le roi n’osait pas, c’était le devoir de ses fidèles sujets en général et de son lieutenant de police en particulier de supprimer les obstacles…

– Et ces obstacles, vous les avez supprimés? demanda ardemment le roi. Il y a un mari…

– Qui ne compte pas!… Sire, reprit rapidement Berryer, ce soir un carrosse doit emmener madame d’Étioles à Versailles…

Louis XV jeta un léger cri.

– J’ai tout préparé, continua Berryer, et tout est prêt. Mme d’Étioles doit se rendre ce soir dans une maison du carrefour Buci… on la fera monter dans le carrosse, qui prendra aussitôt le chemin de Versailles… il y aura un homme dans ce carrosse, et ce sera moi! Quant au postillon, ce sera un des plus fervents serviteurs de Votre Majesté, M. de Bernis…

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