La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
«À présent, ma chère Ursule, j’ai d’autres craintes. Edmond est concentré: il ne parle plus du marquis, il contraint tous ses mouvements; il ne laisse rien percer au dehors de ses sentiments; il se livre même à une sorte de dissipation. Mais je le connais; il est capable de dissimuler, lorsque ses premiers mouvements sont calmés. Nous allons partir. M. Gaudet compte le garder ici. Je ne sais qu’en penser: sans ma faiblesse, je m’y opposerais. Mais après ce qui est arrivé, il faut qu’il reste. Depuis quelques jours, je le revois comme il était avant ton malheur; il reprend les mêmes sentiments à mon égard; il les exprime de même… Il faut qu’il reste!… Mais que de craintes m’assaillent pour lui! Cette ville, Gaudet, le marquis, tout m’épouvante, et point de remède!… Il me disait hier, en regardant Fanchette: «Qu’elle est charmante! je l’aurais adorée, si… elle n’avait pas eu de sœur!» Tu vois qu’il ne veut plus être mon beau-frère, et que ses vues sont changées… D’ailleurs, ma délicatesse répugne à ce mariage. Le but de cette longue confidence, ma chère Ursule, est pour te dire, qu’il ne se fera jamais; qu’il ne saurait plus se faire.».
«Pourquoi? ai-je dit: il me semble, qu’il vaudrait mieux sacrifier un peu de délicatesse, et donner à mon frère un moyen de régler ses sentiments, pour vous, ma respectable amie? – Non, ma chère Ursule: je porte dans mon sein l’empêchement à ce nœud si désiré.».
On nous a interrompues en ce moment. Je t’avouerai, ma chère Fanchon, que je ne goûte pas les raisons de Mme Parangon, et que malgré moi, il me vient des soupçons, qu’elle veut réserver Edmond pour elle-même. Si elle était fille ou veuve, à la bonne heure! mais… elle se dissimule sa faiblesse, et la cache sous des scrupules. D’un autre côté, considère que si une femme est excusable, c’est celle-là. Son mari ne mérite aucuns égards; il est même impossible qu’elle vive à présent avec lui; on l’accuse d’être… comme les libertins, qui ont été peu délicats dans le choix. de leurs amours. En tout cas, je dois suspendre mon jugement: Mme Parangon a trop de mérite, pour être condamnée, sans connaître parfaitement tous ses motifs.
13 novembre.
Je finis aujourd’hui cette longue lettre. Edmond reste décidément ici, mais seul; M. Gaudet nous accompagne: cet arrangement concilie tout. Nous partirons sous deux ou trois jours. Je brûle de vous embrasser tous, ma chère Fanchon! Mais si, après monsieur, cet embrassement a quelque douceur pour moi, je la devrai à M. Gaudet. C’est un homme bien essentiel, comme on dit ici. Mme Parangon se propose de passer quelque temps chez nous avec sa sœur. Je ne désespère pas du mariage; et entre nous, il faudra tâcher de l’y déterminer, tandis que nous la tiendrons là-bas avec sa petite sœur; on ferait venir Edmond. Car entre nous, je crains quelque chose; il m’a semblé que M. le conseiller voyait Fanchette avec des yeux d’admiration. Il faut tout prévoir. Si ce mariage s’arrangeait, le mien pourrait se faire aussi, moyennant ma fortune actuelle. Je ne t’en dis pas davantage; où la raison parle, tout s’entend.
Adieu, ma bonne amie.
Lettre 41. Laure, à Fanchon.
[Elle s’informe d’Ursule et de Mme Parangon.].
6 décembre.
Permettez-moi, chère cousine, de m’adresser à vous, pour avoir des nouvelles de la cousine Ursule et de Mme Parangon, que j’ai vues familièrement, surtout les deux dernières semaines de leur séjour ici. Je suis dans la plus grande inquiétude au sujet de la première, et vous savez combien la seconde intéresse mon cousin Edmond! J’espère que vous voudrez bien m’en donner des nouvelles. J’aurais pu m’adresser à Ursule, ou à Mme Parangon: mais votre frère a voulu que ce fût à vous que j’écrivisse, parce qu’il désirerait savoir je ne sais combien de choses, au sujet des aimables arrivées, et il vous prie de me les écrire en toute confiance; leur santé, leur situation, rien ne lui doit être caché. Mme Parangon lui a paru un peu indisposée: il faudrait, pour le tranquilliser, qu’il fût assuré d’une conjecture qu’il a faite, que cette jeune dame n’a qu’une incommodité de mariage. Il vous prie instamment de ne lui rien laisser ignorer à ce sujet en particulier. Enfin, il espère que vous n’oublierez pas de lui parler de Mlle Fanchette. Il vient de recevoir une lettre de votre mari, par laquelle il lui marque que vous avez le bonheur d’avoir une fille, et qu’Ursule était ce qu’on craignait. Je ne sais si c’est un maclass="underline" M. Gaudet ne le pensait pas, et il vous dira sans doute ses raisons à ce sujet, puisqu’il est auprès de vous. Tout ce que je sais là-dessus, c’est qu’il désirerait que ce fût un fils.
Quant à moi, très chère cousine, je me trouve ici fort contente, au moyen des services que m’a rendus, et, que me rend encore M. Gaudet. Je suis, etc.