Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
Quoique cette adoption ne fît pas honneur au fils d’un grand vizir, Bedreddin ne laissa pas d’accepter la proposition du pâtissier, jugeant bien que c’était le meilleur parti qu’il devait prendre dans la situation où était sa fortune. Le pâtissier le fit habiller, prit des témoins, et alla déclarer devant un cadi qu’il le reconnaissait pour son fils; après quoi Bedreddin demeura chez lui sous le simple nom de Hassan, et apprit la pâtisserie.
Pendant que cela se passait, à Damas, la fille de Schemseddin Mohammed se réveilla, et, ne trouvant pas Bedreddin auprès d’elle, crut qu’il s’était levé sans vouloir interrompre son repos et qu’il reviendrait bientôt. Elle attendait son retour, lorsque le vizir Schemseddin Mohammed son père, vivement touché de l’affront qu’il croyait avoir reçu du sultan d’Égypte, vint frapper à la porte de son appartement, résolu de pleurer avec elle sa triste destinée. Il l’appela par son nom, et elle n’eut pas plus tôt entendu sa voix qu’elle se leva pour lui ouvrir la porte. Elle lui baisa la main et le reçut d’un air si satisfait, que le vizir, qui s’attendait à la trouver baignée de pleurs et aussi affligée que lui, en fut extrêmement surpris. «Malheureuse! lui dit-il en colère, est-ce ainsi que tu parais devant moi? Après l’affreux sacrifice que tu viens de consommer, peux tu m’offrir un visage si content!»
Scheherazade cessa de parler en cet endroit, parce que le jour parut. La nuit suivante, elle reprit son discours et dit au sultan des Indes:
LXXXIII NUIT.
Sire, le grand vizir Giafar continuant de raconter l’histoire de Bedreddin Hassan: «Quand la nouvelle mariée, poursuivit-il, vit que son père lui reprochait la joie qu’elle faisait paraître, elle lui dit: «Seigneur, ne me faites point, de grâce, un reproche si injuste; ce n’est pas le bossu, que je déteste plus que la mort, ce n’est pas ce monstre que j’ai épousé: tout le monde lui a fait tant de confusion qu’il a été contraint de s’aller cacher et de faire place à un jeune homme charmant qui est mon véritable mari. – Quelle fable me contez-vous? interrompit brusquement Schemseddin Mohammed. Quoi! le bossu n’a pas couché cette nuit avec vous? – Non, seigneur, répondit-elle, je n’ai point couché avec d’autre personne qu’avec le jeune homme dont je vous parle, qui a de gros yeux et de grands sourcils noirs.» À ces paroles, le vizir perdit patience et se mit dans une furieuse colère contre sa fille. «Ah! méchante, lui dit-il, voulez-vous me faire perdre l’esprit par le discours que vous me tenez? – C’est vous, mon père, repartit-elle, qui me faites perdre l’esprit à moi-même par votre incrédulité. – Il n’est donc pas vrai, répliqua le vizir, que le bossu… – Hé! laissons là le bossu, interrompit-elle avec précipitation, maudit soit le bossu! Entendrai-je toujours parler du bossu! Je vous le répète encore, mon père, ajouta-t-elle, je n’ai point passé la nuit avec lui, mais avec le cher époux que je vous dis, et qui ne doit pas être loin d’ici.»
«Schemseddin Mohammed sortit pour l’aller chercher; mais au lieu de le trouver, il fut dans une surprise extrême de rencontrer le bossu, qui avait la tête en bas, les pieds en haut, dans la même situation où l’avait mis le génie. «Que veut dire cela? lui dit-il; qui vous a mis en cet état?» Le bossu, reconnaissant le vizir, lui répondit: «Ah! ah! c’est donc vous qui vouliez me donner en mariage la maîtresse d’un buffle, l’amoureuse d’un vilain génie? Je ne serai pas votre dupe, et vous ne m’y attraperez pas.»
Scheherazade en était là lorsqu’elle aperçut la première lumière du jour; quoiqu’il n’y eût pas longtemps qu’elle parlât, elle n’en dit pas davantage cette nuit. Le lendemain, elle reprit ainsi la suite de sa narration, et dit au sultan des Indes:
LXXXIV NUIT.
Sire, le grand vizir Giafar poursuivant son histoire: «Schemseddin Mohammed, continua-t-il, crut que le bossu extravaguait quand il l’entendit parler de cette sorte, et il lui dit: «Ôtez-vous de là, mettez-vous sur vos pieds. – Je m’en garderai bien, repartit le bossu, à moins que le soleil ne soit levé. Sachez qu’étant venu ici hier au soir, il parut tout à coup devant moi un chat noir, qui devint insensiblement gros comme un buffle; je n’ai pas oublié ce qu’il m’a dit; c’est pourquoi allez à vos affaires et me laissez ici.» Le vizir, au lieu de se retirer, prit le bossu par les pieds et l’obligea de se relever. Cela étant fait, le bossu sortit en courant de toute sa force sans regarder derrière lui. Il se rendit au palais, se fit présenter au sultan d’Égypte, et le divertit fort en lui racontant le traitement que lui avait fait le génie.
«Schemseddin Mohammed retourna dans la chambre de sa fille, plus étonné et plus incertain qu’auparavant de ce qu’il voulait savoir. «Hé bien, fille abusée, lui dit-il, ne pouvez-vous m’éclaircir davantage sur une aventure qui me rend interdit et confus? – Seigneur, lui répondit-elle, je ne puis vous apprendre autre chose que ce que j’ai déjà eu l’honneur de vous dire. Mais voici, ajouta-t-elle, l’habillement de mon époux, qu’il a laissé sur cette chaise; il vous donnera peut-être les éclaircissements que vous cherchez.» En disant ces paroles elle présenta le turban de Bedreddin au vizir qui le prit et qui, après l’avoir bien examiné de tous côtés: «Je le prendrais, dit-il, pour un turban de vizir s’il n’était à la mode de Moussoul.» Mais s’apercevant qu’il y avait quelque chose de cousu entre l’étoffe et la doublure, il demanda des ciseaux, et ayant décousu, il trouva un papier plié. C’était le cahier que Noureddin Ali avait donné en mourant à Bedreddin son fils, qui l’avait caché en cet endroit pour mieux le conserver. Schemseddin Mohammed ayant ouvert le cahier, reconnut le caractère de son frère Noureddin Ali, et lut ce titre: Pour mon fils Bedreddin Hassan. Avant qu’il pût faire ses réflexions, sa fille lui mit entre les mains la bourse qu’elle avait trouvée sous l’habit. Il l’ouvrit aussi, et elle était remplie de sequins, comme je l’ai déjà dit: car, malgré les largesses que Bedreddin Hassan avait faites, elle était toujours demeurée pleine par les soins du génie et de la fée. Il lut ces mots sur l’étiquette de la bourse: Mille sequins appartenant au juif Isaac; et ceux-ci au-dessous, que le juif avait écrits avant que de se séparer de Bedreddin Hassan: Livrés à Bedreddin Hassan pour le chargement qu’il m’a vendu du premier des vaisseaux qui ont ci-devant appartenu à Noureddin Ali, son père, d’heureuse mémoire, lorsqu’il aura abordé en ce port. Il n’eut pas achevé celle lecture, qu’il fit un grand cri et s’évanouit.»
Scheherazade voulait continuer, mais le jour parut, et le sultan des Indes se leva, résolu d’entendre la fin de cette histoire.
LXXXV NUIT.
Le lendemain, Scheherazade ayant repris la parole, dit à Schahriar: Sire, le vizir Schemseddin Mohammed étant revenu de son évanouissement par le secours de sa fille et des femmes qu’elle avait appelées: «Ma fille, dit-il, ne vous étonnez pas de l’accident qui vient de m’arriver. La cause en est telle qu’à peine y pourrez-vous ajouter foi. Cet époux qui a passé la nuit avec vous est votre cousin, le fils de Noureddin Ali. Les mille sequins qui sont dans cette bourse me font souvenir de la querelle que j’eus avec ce cher frère; c’est sans doute le présent de noce qu’il vous fait. Dieu soit loué de toutes choses, et particulièrement de cette aventure merveilleuse qui montre si bien sa puissance!» Il regarda ensuite l’écriture de son frère, et la baisa plusieurs fois en versant une grande abondance de larmes. «Que ne puis-je, disait-il, aussi bien que je vois ces traits qui me causent tant de joie, voir ici Noureddin lui-même et me réconcilier avec lui!»