La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
— La ferme, Frey ! » Bran se sentit voir rouge.
Petit Walder poussa son cheval de manière que le choc fît reculer Hodor. « Et que feras-tu, si je n’obéis pas ?
— Il lâchera son loup sur toi, cousin, prévint Grand Walder.
— Tant mieux. J’ai toujours eu envie d’une pelisse en loup.
— Eté t’arrachera ta tête de lard », dit Bran.
Petit Walder fit sonner son pectoral de plates sous son poing maillé. « Il a des dents d’acier, ton loup, pour mordre à travers plate et maille ?
— Assez ! » La voix de mestre Luwin surmonta le tumulte de la cour avec le fracas d’un coup de tonnerre. Ce qu’il avait exactement perçu de l’échange, Bran n’aurait su dire…, mais assez, de toute manière, pour être à l’évidence hors de lui. « Ces menaces sont indécentes, et je ne souffrirai pas d’entendre un mot de plus. Est-ce ainsi, Walder Frey, que vous vous comportez aux Jumeaux ?
— Si j’en ai envie. » Du haut de son coursier, Petit Walder toisait Luwin d’un regard importuné comme pour dire : Vous n’êtes qu’un vulgaire mestre. De quel front osez-vous réprimander un Frey du Pont ?
« Eh bien, ce n’est pas ainsi qu’à Winterfell devrait se comporter un pupille de lady Stark. D’où est partie cette querelle ? » Il scruta tour à tour chacun des garçons. « L’un de vous va me le dire, ou je vous jure que…
— Nous étions en train de taquiner Hodor, avoua Grand Walder. Désolé, si nous avons offensé le prince Bran. Nous voulions seulement blaguer. » Lui du moins avait la bonne grâce de se montrer confus.
Tandis que Petit Walder se montrait seulement maussade. « Moi aussi, ronchonna-t-il. Je blaguais moi aussi. »
Au sommet du crâne du mestre, la clairière s’était empourprée. La colère de Luwin s’aggravait, si possible. « Un seigneur digne de ce nom protège les faibles et les démunis, dit-il aux Frey. Je ne tolérerai pas que vous preniez Hodor pour cible de vos sarcasmes, entendez-vous ? je ne le tolérerai pas ! C’est un bon cœur, docile et respectueux. Je ne saurais en dire autant de vous deux. » Il agita l’index en direction de Petit Walder. « Quant à toi, garde-toi d’entrer dans le bois sacré et de t’approcher des loups, ou il t’en cuira. » Sur ce, il tourna vivement les talons dans un grand envol de manches, fit trois pas, jeta un regard en arrière. « Bran. Viens. Lord Wyman attend.
— En route, Hodor, ordonna Bran.
— Hodor ! » dit Hodor, et ses longues foulées rattrapèrent le trottinement rageur du mestre sur le perron du Grand Donjon. Luwin lui tint la porte, et Bran n’eut qu’à s’agripper au cou du colosse et à se tasser pour franchir indemne le seuil.
« Les Walder…, commença-t-il.
— Plus un mot là-dessus. L’incident est clos. » Le mestre avait l’air vanné, à bout. « Tu as eu raison de défendre Hodor, mais tu n’aurais pas dû te trouver là. Ser Rodrik et lord Wyman ont fini de déjeuner pendant que tu t’attardais. Me faut-il encore venir te chercher moi-même, comme si tu étais un bambin ?
— Non, reconnut Bran, honteux. Je suis navré. Je voulais seulement…
— Je sais ce que tu voulais, coupa Luwin, mais d’un ton radouci. Plaise aux dieux que ce fût possible. As-tu des questions à me poser avant le début de l’audience ?
— Allons-nous parler de la guerre ?
— Tu ne parleras de rien. » Le ton s’était à nouveau durci. « Tu n’as encore que huit ans…
— Presque neuf !
— Huit, maintint le mestre. A moins que ser Rodrik ou lord Wyman ne t’interrogent, contente-toi des formules de courtoisie. »
Bran hocha la tête. « Bien.
— Je n’informerai pas ser Rodrik de ton différend avec les Frey.
— Merci. »
Après qu’on l’eut calé dans la cathèdre en chêne de Père avec des coussins de velours gris au haut bout de la longue table dressée sur des tréteaux, ser Rodrik prit place à sa droite, et mestre Luwin à sa gauche, muni de plumes, d’encriers et de parchemin vierge afin de dresser le procès-verbal de la séance. Tout en caressant d’une main le bois noueux du plateau, Bran pria lord Wyman d’excuser son retard.
« Un prince n’est jamais en retard, voyons, répliqua le sire de Blancport avec affabilité. Ceux qui le précèdent sont en avance, voilà tout ! » Il accompagna sa saillie d’un rire retentissant. Que Wyman Manderly fut interdit de selle n’était qu’à demi surprenant, car son poids semblait excéder celui des plus gros chevaux. Aussi verbeux qu’enveloppé, il pria d’abord Winterfell d’entériner la nomination des nouveaux douaniers de Blancport. Les anciens avaient préféré retenir l’argent destiné à Port-Réal plutôt que de le verser au nouveau souverain du Nord. « Du reste, déclara-t-il, le roi Robb doit frapper sa propre monnaie, et le lieu idéal pour ce faire est Blancport. » Il offrit donc de s’en charger, s’il plaisait à Sa Majesté, puis en vint à vanter la manière dont il avait renforcé les défenses de la rade, non sans détailler le coût de chaque amélioration.
En sus de battre la monnaie de Robb, il proposa également de lui construire une flotte de guerre. « Voilà des centaines d’années, très exactement depuis que Brandon l’Incendiaire brûla tous les vaisseaux de son père, que nous n’avons plus de force maritime. Fournissez-moi l’or, et je me fais fort de vous lancer dans l’année suffisamment de galères pour prendre Port-Réal et Peyredragon. »
Ce dernier sujet fit dresser l’oreille à Bran. Nul ne lui demandait son avis, mais il trouvait splendide l’idée de lord Wyman. Il la voyait en imagination déjà réalisée, et se demandait si jamais infirme avait commandé un bateau de guerre. Mais ser Rodrik promit simplement de transmettre à Robb la proposition, tandis que la plume de mestre Luwin égratignait le parchemin.
Midi survint, passa. Mestre Luwin expédia aux cuisines Tym-la-Grêle, et l’on déjeuna dans la loggia de chapons, de fromage et de pain bis. Tout en écartelant une volaille avec ses doigts graisseux, lord Wyman s’enquit poliment de lady Corbois, sa cousine. « Elle est née Manderly, savez-vous. Une fois émoussé son premier chagrin, peut-être lui agréerait-il de le redevenir, hein ? » Il mordit dans une aile, sourit de toute sa large face. « Il se trouve que d’aventure je suis veuf moi-même depuis huit ans. Bien temps que je me remarie, messires, pas votre avis ? On se sent seul, à la longue… » Les os repoussés de côté, il tendit la main vers un pilon. « Et si elle désire un mari plus jeune, mon fils Wendel est disponible aussi. Il se trouve pour l’heure auprès de lady Catelyn, dans le sud, mais je ne doute pas qu’il ne souhaite au retour prendre femme. Un gars vaillant – et gaillard. Juste l’homme qu’il lui faudrait pour réapprendre à rire, hein ? » Il torcha son menton maculé de graisse avec la manche de sa tunique.
Par les fenêtres entrait la rumeur lointaine de cliquetis d’armes. Ces histoires de mariage assommaient Bran. Je serais tellement mieux dans la cour…
Sa Seigneurie attendit que l’on eût desservi pour aborder le chapitre de son fils aîné, ser Wylis, fait prisonnier sur la Verfurque. « Lord Tywin Lannister m’a écrit pour me proposer de me le rendre sans rançon, sous réserve que je retire mes troupes à Sa Majesté et jure de ne plus prendre part aux combats.
— Vous allez refuser, naturellement, dit ser Rodrik.
— N’ayez crainte, à cet égard, protesta le lord. Le roi Robb n’a pas de plus loyal serviteur que Wyman Manderly. Il me répugnerait néanmoins de voir mon fils croupir plus que nécessaire à Harrenhal. C’est un sale endroit qu’Harrenhal. Maudit, dit-on. Non que je sois du genre à avaler de telles sornettes mais, bon, c’est un fait. Regardez la mésaventure de ce Janos Slynt. Elevé par la reine à la dignité de sire de Harrenhal, puis abattu par le Lutin. Embarqué pour le Mur, à ce qu’on prétend. Mon vœu le plus cher serait que l’on parvienne sans trop tarder à un échange équitable de prisonniers. Il déplairait fort à Wylis, je le sais, d’attendre sur le cul la fin des hostilités. C’est un brave, mon fils, la férocité d’un molosse. »