Tango chinetoque
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #60
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Tango chinetoque». Краткое содержание книги:
J'ai pas l'habitude de vous mener en bateau, et quand ça m'arrive, c'est moi qui rame !
Alors si je vous affirme que vous n'avez pas encore jamais lu un bouquin comme celui-ci, vous pouvez me croire !
Dans le Tango chinetoque, vous allez trouver des trucs qui vous feront dresser les poils des bras sur la tronche ! Vous y verrez comment, en Chine, on fabrique mille kilomètres d'autoroute par jour ! Comment un mouton tombe amoureux de Béru ! Comment Béru opère de l'appendicite un zig qui n'en a pas besoin ! Vous y verrez comment le Gros et moi on se paye une virouze dans le cosmos ! Parfaitement ! Et puis, l'amour à la chinoise, ça ne vous dit rien ?
Cette extraordinaire aventure se passe en Chine, mais on ne rit pas jaune pour autant. Et si le coq gaulois se fait déplumasser le dargif par moments, ça ne l'empêche pas de chanter fort !
Non, franchement, je plains Louis XVI qui est mort trop tôt pour avoir pu lire ça !
Me voici à la hauteur de son parachute en vrille. Je tends la main. Malédiction ! Il est trop loin. Deux bons mètres nous séparent. Je passe devant le Gros. Je vois à la lumière de la lune son visage gonflé. On dirait un fœtus dans son bocal, Béru. Il a retrouvé sa position de départ. Il est résigné, presque inconscient. A peine sait-il ce qui se prépare. La volupté de la dégringolade annihile ses réactions. Il prend son fade dans cette chute superbe et définitive.
Je gueule. Un cri atroce, terrible. Un cri qui est l'agonie du Gros. Ça y est, je l'ai dépassé, plus lourd que lui j'arriverai le premier sur les pâquerettes si je n'y prends garde.
Alors, je lâche la lourde cantoche. Je me sens allégé démesurément, J’ai presque la sensation de faire un bond en hauteur.
Je prends un gnon terrible sur le cassis. Miracle ! C'est un talon du Gravos. De quoi assommer un attelage de bœufs. Attention de pas te laisser aller dans le sirop, San-A. Vos deux vies se jouent au mètre et à la fraction de seconde.
Je lance mes deux bras et je saisis les jambes du Gros. Premier point. Maintenant, le plus duraille reste à faire.
Tout en le tenant solidement de ma main droite, je m'écarte de lui, je décris un arc de cercle afin de libérer mon ventral et j'actionne l'ouverture de celui-ci. Maintenant de deux choses l'une : ou il s'ouvre ou il ne s'ouvre pas. S'il ne s'ouvre pas, il va y avoir dégustation de terre jaune dans moins que pas longtemps.
Mais s'il s'ouvre de deux choses l'une : Ou bien il est capable de nous sustenter tous les deux, ou bien il s'avère insuffisant.
J'entends un claquement. Puis je subis une secousse dans les épaules. Je lève des yeux fervents vers le ciel : la blanche corolle d'un parachute me l'intercepte. Celui du Gros n'a pas enrayé l'épanouissement du mien.
Bravo, San-Antonio, cela s'appelle la baraka. J'étreins maintenant Sa Bérurerie à deux bras. Nous voilà enlacés farouchement pour le meilleur et pour le pire. Sa trogne me surplombe légèrement.
— T'as pas de crampe, Mec ? me demande-t-il.
Je suis frappé par le calme de sa voix.
— Non, ça ira, fais-je. Mais l'atterrissage risque d'être sévère, because le pébroque n'est pas à deux places.
— Quand on sera à un mètre du sol t'auras qu'à me larguer, je finirai le reste à pied, dit-il.
Croyez-moi si vous voulez, mais j'éclate de rire.
— Replie tes flûtes, Béru, on approche du terminus.
Effectivement, l'horizon s'abaisse lentement. Une plaine inerte se précipite sur nous. Je vois des roches, une herbe pelée.
— C'est là que les matelas Simmons devraient nous prêter leur concours, fait Béru. T'es sûr au moins qu'il n'y a pas de ligne à haute tension dans le secteur ?
— Certain.
— Pas de clocher, pas de paratonnerre. Déjà que j'aime pas les suppositoires…
— Tout ce qu'on risque, c'est un bath rocher, Gros.
Je n'ai pas le temps d'en dire plus. Le sol est là. Je me mets dans la position recommandée par les manuels. Béru, aussi, qui a senti l'arrivée imminente. Je me prends un coup formide dans les talons. Il me semble que mes cannes me rentrent dans le buste, comme le trépied à coulisse d'un appareil photo.
Je tombe à la renverse et le Gros roule sur moi. Nous sommes submergés par la toile des parachutes. Et puis tout devient merveilleusement solide et immobile. Nous nous dépêtrons de la toile et des suspentes. Nous nous retrouvons assis face à face, un peu terreux, un peu contusionnés sans doute, mais en parfait état de marche.
— Eh bien ! Dis donc, murmure le Mastar, tu m'as drôlement fait passer mon examen de repêchage ; sans toi, j'allais avoir la silhouette limande.
Il étanche de la manche le sang qui lui pisse des naseaux.
— Ces parachutes, fait-il, on dira ce qu'on voudra, mais c'est pas très au point. T'as vu qu'une de mes ficelles restait accrochée au zinc ? J'eusse pas z'eu mon ya sous la pogne j'allais ressembler à un sauciflard suspendu au plafond !
— Plutôt à une andouille ! flminé-je, tu le savais donc pas que c'était le système commandant l'ouverture de ta toile, hé ! Ballot.
Il est penaud :
— Pas la peine de m'houspiller, Mec proteste-t-il. J'ai fait mon service dans les tirailleurs sénégaloches, pas dans les paras !
Je me remets sur mes cannes, je sors une lampe électrique de ma poche et je virgule un signal au zinc qui tournique au-dessus de nous pour l'informer que nous sommes bien arrivés et l'inviter à parachuter le matériel.
— Alors, comme ça, on est en Chine ? S’extasie le Gravos en matant le pourtour et les alentours.
— Yes, on est, fais-je. A deux pas du Cachemire pour plus de précision.
Il hoche la tronche.
— Du Cachemire, fait-il, si je savais j'enverrais un pull à Berthe…
— Je ne crois pas que ça soit le moment, dis-je sans m'emballer.
Une blanche corolle vient de s'épanouir au-dessus de nous. On la regarde osciller dans le ciel et descendre majestueusement. Une jeep est suspendue après les ficelles du pébroque, elle tournique lentement et, vue d'en dessous, ses quatre roues semblent toutes bêtes.
— C'est la première fois qu'on me livre une bagnole de cette façon, se marre la Dorure.
— Ça se fait rarement, conviens-je.
— J'espère qu'ils ont pas oublié de joindre la carte grise et la vignette, se tourmente l'Inquiet, m'est avis que les poulardins d'ici doivent chinoiser…
— T'inquiète pas, y aura même l'allume cigare, Gros ; les Amerlocks ont le sens du camping.
On court dans une lande aride, caillouteuse où s'étalent çà et là des plaques d'herbe rêche, afin de se porter sur le point d'atterrissage de la chignole. Elle se pose bien sagement sur ses boudins et disparaît sous le linceul blanc du parachute. Le bruit de l'avion décroît.
J'ai alors une brutale notion de notre solitude. Maintenant, c'est râpé, nous voilà coupés de notre univers. ous appartenons à un monde provisoirement hostile.
— Tu n'as rien perdu, Gros ? Au cours de la descente : tu as tes fafs ?
— Yes, monsieur, fait-il en se palpant.
— Et pas d'objets compromettants susceptibles de trahir ta véritable nationalité ?
— Tu sais bien qu'on nous a cloqué des fringues en provenance de Berne !
— Montre un peu, exigé-je, malgré ses affirmations.
— On passe à la fouille ! C'est charmant, ricane Sa Majesté en levant les bras. J'ai l'impression que je viens de me faire alpaguer dans une rafle à la Goutte-d'Or !
Je fais l'inventaire de ses poches et j'ai la désagréable surprise de mettre la main dans un truc fondant et malodorant. J'extirpe l'objet en question et je découvre qu'il s'agit d'un camembert en pleine pamoison.
Son étiquette indique qu'il arrive de Normandie comme la plupart des camemberts normalement constitués.
— T'es pas louf ! glapis-je.
— Ben quoi, s'insurge le Boulimique, les Suisses clapent du calandos aussi malgré leur gruyère.
— Seulement eux, ils le bouffent quand il est encore guindé alors que nous autres, on se le paie au moment où qu'il s'abandonne !
Je balance le frometon révélateur, mais Béru s'indigne.
— Espèce de vandale ! Un nectar pareil !
Il cavale le ramasser dans la poussière et le déguste séance tenante pendant que je dégage la jeep de sa housse improvisée.
A l'intérieur du véhicule il y a un réservoir de deux cents litres d'essence, une tente, et tout un matériel d'alpinisme. De quoi becqueter aussi. Ces différentes denrées sont unanimement suisses.
Je consulte ma boussole. C'est une boussole truquée dont l'aiguille indique l'Est au lieu d'indiquer le Nord.
Lorsque inévitablement nous serons arrêtés, elle contribuera à renforcer nos rôles d'alpinistes égarés.