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Tango chinetoque

Электронная книга - «Tango chinetoque». Краткое содержание книги:

Moi, vous me connaissez ?
J'ai pas l'habitude de vous mener en bateau, et quand ça m'arrive, c'est moi qui rame !
Alors si je vous affirme que vous n'avez pas encore jamais lu un bouquin comme celui-ci, vous pouvez me croire !
Dans le Tango chinetoque, vous allez trouver des trucs qui vous feront dresser les poils des bras sur la tronche ! Vous y verrez comment, en Chine, on fabrique mille kilomètres d'autoroute par jour ! Comment un mouton tombe amoureux de Béru ! Comment Béru opère de l'appendicite un zig qui n'en a pas besoin ! Vous y verrez comment le Gros et moi on se paye une virouze dans le cosmos ! Parfaitement ! Et puis, l'amour à la chinoise, ça ne vous dit rien ?
Cette extraordinaire aventure se passe en Chine, mais on ne rit pas jaune pour autant. Et si le coq gaulois se fait déplumasser le dargif par moments, ça ne l'empêche pas de chanter fort !
Non, franchement, je plains Louis XVI qui est mort trop tôt pour avoir pu lire ça !
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— Plus haut, à gauche, il crie ! Attention au tournant de l'escalier ! Baissez un peu pour pas qu'elle se pète le naze dans la lampe !

— C'est bien une croix pour ce pauvre Félix, compatit Béru, inépuisable de bonté.

— Elle est paralysée à la suite d'une polio ?

Le Gros secoue négativement la tête, s'assure que Berthe ne peut pas entendre et murmure.

— Je vais te confier un secret de famille. Cette pauvre Geneviève était sœur…

— De charité ? coupé-je.

— Non : siamoise. Elle faisait équipe avec une autre qui s'appelle Hortense et qu'est maintenant garde-barrière dans l'Eure-et-Loir. Un jour Félix est tombé amoureux d'elle et l'a épousée. Seulement leur vie manquait d'intimité à Geneviève et à lui à cause d'Hortense qui assistait à toutes leurs conversations et à tous leurs zébats. C'était des discussions à n'en plus finir et la noye, à trois dans un plumard, ça devenait infernal. Alors Félix a drivé ses siamoises chez un chirurgien cambodgien qu'avait une méthode à lui pour diviser les siamois.

« En effet, le toubib en question a séparé les deux frangines. Manque de bol, elles avaient des organes en commun les sisters. Geneviève a gardé la rate pour elle toute seule et Hortense a conservé le sexe par devers elle, si bien que lorsque Félix a le zigomar qui polissonne il est obligé d'aller trouver sa belle-sœur à Saint-Gougnafié-le-Petit-Trou tandis que, quand Hortense a besoin de se marrer, faut qu'elle rapplique dare-dare à Nanterre pour se dilater la rate ! »

Béru hausse ses puissantes épaules.

— Ce sont des choses qui compliquent la vie, conclut-il.

— Amène-toi, fais-je brusquement.

Je viens de décider qu'on ne peut pas envoyer délibérément un individu d'exception comme Béru se faire massacrer.

— Où ? demande-t-il.

— Chez le Vieux !

— Pourquoi faire ?

— Peut-être pour lui dire ses quatre vérités, Gros. Arrive !

CHAPITRE DEUX

Je me demande si le Vieux ne se serait pas dégauchi une frivole souris ?

Depuis quelque temps, il se fringue dans les tons clairs, un peu hardis. Le démon de la cinquantaine qui lui chatouille les nougats, probable ? Toujours est-il qu'il porte aujourd'hui un de ces Princes de Galle gris pâle qui le rajeunit d'au moins trois semaines.

Chemise en voile bleu (comme aurait dit la chère Gaby Morlay), avec une cravate tricotée bleu-marine, if you please, et une pochette noire assortie, madame ! Et je ne sais pas s'il démarre un choufieur du foie ou s'il s'est badigeonné à la bronzine, mais il a la frite d'un moniteur de ski en fin de saison. Y a pas à dire, c'est du mec « Le style, c'est l'homme », comme a dit machin qui s'y connaissait.

En défrimant le Vioque, on se rend compte à quel point c'est réel. Ce qui le situe, notre dirlo, ce sont ses manières aisées, son port de tranche plus que son port d'arme. Sa façon de mater l'interlocuteur, poliment mais impitoyablement, de ses grands yeux bleus dans lesquels on se noierait facile si on plongeait dedans sans sa ceinture de sécurité.

Il m'écoute, le bout des doigts joints, opposant chaque phalange à la phalange correspondante. Ses boutons de manchette, c'est deux boutons, mais en or. Ils brillent dans la lumière onctueuse de son déflecteur de burlingue.

Lorsque j'ai terminé mon plaidoyer, il reste un instant silencieux. Puis il sépare ses mains de prélat et titille le bord de sa pochette.

— Mon cher San-Antonio, murmure-t-il d'une voix suave, je comprends mal qu'un homme de votre trempe vienne me tenir un pareil langage…

In petto je me dis que c'est râpé et je regrette d'avoir déballé mon sentiment à cet homme de fer.

J'aimerais pouvoir reprendre mes paroles. On dit qu'elles s'envolent, c'est peut-être vrai, en tout cas les miennes font du rase-mottes dans la pièce.

Un vol de corbacs, les gars. Bien noir, bien braillard.

— Pourquoi, monsieur le Directeur ? riposté-je sèchement.

Il me file un petit coup de périscope pas gentil, scrutateur et âpre afin de voir où j'en suis. Il sent bouillonner ma hargne et ne s'en émeut pas. Lui, ce qui fait sa principale force, c'est qu'il ne réagit pas aux variations de température. La chaleur ne le dilate pas, le froid ne le contracte pas. Il est constant ! C'est une citadelle. C'est un roc ! C'est un pic ! C'est une péninsule !

— Mon cher, il emphatise, rendez-vous compte qu'un de mes collaborateurs, en l'occurrence Bérurier, s'est porté volontaire pour une mission en Chine ; ce en pleine ambassade des U.S.A. Et devant un parterre de diplomates et d'agents du F.B.I. Qu'il ait agi en état d'ivresse ne change rien à l'affaire. En s'engageant il a engagé nos Services. C'est notre prestige tout entier qui est en cause et même, San-Antonio, n'ayons pas peur des mots, le prestige de la France !

Il y a des relents de Marseillaise dans le gaz carbonique qu'il expulse. Son œil bleu et blanc se cerne de rouge.

— Le prestige, murmuré-je, qu'est-ce que ça signifie à côté de la vie d'un homme ? Vous le savez, patron, l'échec est assuré. Mieux, la tentative est insensée. Vous sacrifiez Béru délibérément pour la simple satisfaction de ne pas faire machine arrière. C'est un parti pris auquel il m'est impossible d'adhérer.

De la fumée nous sort des naseaux à l'un comme à l'autre. On se virgule de l'électricité fielleuse. On a l'estime réciproque qui nauséabonde !

— Je pense, fait-il en se levant, qu'il est inutile de poursuivre cette conversation.

— Je le pense aussi ! Approuvé-je en reculant vers la lourde.

Rarement nos rapports furent aussi tendus, mes filles ! J'ai idée que si ça continue commako ma carrière se déguisera vite en eau de boudin. Pont-aux-Dames me guette à brève échéance.

Comme j'atteins la porte, il me lance :

— Bérurier a un moyen bien simple d'échapper, à cette mission.

Je me retourne.

— Qu'il démissionne ! fait le Vieux durement, la mâchoire en tiroir de commode mal fermé.

— Je vais le lui suggérer, et même le lui conseiller, Monsieur le Directeur !

Le Gravos est assis dans l'antichambre comme chez le dentiste.

En l'apercevant dans son fauteuil de cuir râpé, le bitos sur les genoux, les tifs collés à l'eau de Cologne, anxieux et immuablement gentil, j'ai le corgnolon qui accordéon.

Il n'ose me questionner, par pudeur. Mais son bel œil cloaqueux tirebouchonne dans ma direction.

Je me laisse tomber en face de lui sur une banquette.

— Béru, soupiré-je, à côté de ce bonhomme, Staline était un grand-papa-gâteau.

— Il t'a envoyé sur les roses ?

— Sans ménagements.

Il hausse les épaules.

— Je m'en gaffais. Bon, eh bien ! après tout, c'est bien fait pour mes lattes, San-A. Je partirai.

— Arrête tes couenneries, tu vas tourner une bath lettre de démission et te lancer dans la Police Private voilà tout.

— Filatures en tout genre, ricane-t-il, l'œil du bidet ? Très peu pour moi, merci. Filer le train aux petites friponnes dévergondées qui vont doubler leurs matous dans les studios meublés de Courcelles, c'est pas dans mes emplois, gars. J'ai l'idéal au-dessus de la ligne de flottaison, Dieu merci.

— Faut mieux être un Privé vivant qu'un Officiel mort, riposté-je. En tout cas, si la poule artisanale te débecte, tu peux faire autre chose : gérer un petit troquet ou prendre une carte de représentant.

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