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Le rosier de Madame Husson (1888)

Электронная книга - «Le rosier de Madame Husson (1888)». Краткое содержание книги:

Le Rosier de Mme Husson est une nouvelle de Guy de Maupassant, parue en 1887. Elle ouvre le recueil homonyme publié l'année suivante.
Un ami du narrateur, très imbu de l'histoire locale, raconte l'anecdote suivante : Mme Husson, modèle de vertu de Gisors, s'est mis en tête de promouvoir la chasteté dans sa ville en couronnant une rosière. Mais aucune fille ne résiste à l'enquête de mœurs, aussi Mme Husson se rabat-elle sur l'esprit simple du village, Isidore, qui est couronné « rosier ». Or celui-ci utilise sa récompense pour s'encanailler à Paris.
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Comme je montais dans la vieille voiture qui allait quitter Bastia, à la nuit tombante, le conducteur me demanda si je ne consentirais point à céder un coin à une dame.

Je demandai brusquement :

— À quelle dame ?

— À la dame d’un officier qui va à Ajaccio.

— Dites à cette personne que je lui offrirai volontiers une place.

Elle arriva, ayant passé la journée à dormir, disait-elle. Elle s’excusa, me remercia et monta.

Ce coupé était une espèce de boîte hermétiquement close et ne prenant jour que par les deux portes. Nous voici donc en tête-à-tête, là dedans. La voiture allait au trot, au grand trot ; puis elle s’engagea dans la montagne. Une odeur fraîche et puissante d’herbes aromatiques entrait par les vitres baissées, cette odeur forte que la Corse répand autour d’elle, si loin que les marins la reconnaissent au large, odeur pénétrante comme la senteur d’un corps, comme une sueur de la terre verte imprégnée de parfums, que le soleil ardent a dégagés d’elle, a évaporés dans le vent qui passe.

Je me remis à parler de Paris, et elle recommença à m’écouter avec une attention fiévreuse. Mes histoires devenaient hardies, astucieusement décolletées, pleines de mots voilés et perfides, de ces mots qui allument le sang.

La nuit était tombée tout à fait. Je ne voyais plus rien, pas même la tache blanche que faisait tout à l’heure le visage de la jeune femme. Seule la lanterne du cocher éclairait les quatre chevaux qui montaient au pas.

Parfois le bruit d’un torrent roulant dans les rochers nous arrivait, mêlé au son des grelots, puis se perdait bientôt dans le lointain, derrière nous.

J’avançai doucement le pied, et je rencontrai le sien qu’elle ne retira pas. Alors je ne remuai plus, j’attendis, et soudain, changeant de note, je parlai tendresse, affection. J’avais avancé la main et je rencontrai la sienne. Elle ne la retira pas non plus. Je parlais toujours, plus près de son oreille, tout près de sa bouche. Je sentais déjà battre son cœur contre ma poitrine. Certes, il battait vite et fort – bon signe ; – alors, lentement, je posai mes lèvres dans son cou, sûr que je la tenais, tellement sûr que j’aurais parié ce qu’on aurait voulu.

Mais, soudain, elle eut une secousse comme si elle se fût réveillée, une secousse telle que j’allai heurter l’autre bout du coupé. Puis, avant que j’eusse pu comprendre, réfléchir, penser à rien, je reçus d’abord cinq ou six gifles épouvantables, puis une grêle de coups de poing qui m’arrivaient, pointus et durs, tapant partout, sans que je puisse les parer dans l’obscurité profonde qui enveloppait cette lutte.

J’étendais les mains, cherchant, mais en vain, à saisir ses bras. Puis, ne sachant plus que faire, je me retournai brusquement, ne présentant plus à son attaque furieuse que mon dos, et cachant ma tête dans l’encoignure des panneaux.

Elle parut comprendre, au son des coups peut-être, cette manœuvre de désespéré, et elle cessa brusquement de me frapper.

Au bout de quelques secondes elle regagna son coin et se mit à pleurer par grands sanglots éperdus qui durèrent une heure au moins.

Je m’étais rassis, fort inquiet et très honteux. J’aurais voulu parler, mais que lui dire ? Je ne trouvais rien ! M’excuser ? C’était stupide ! Qu’est-ce que vous auriez dit, vous ! Rien non plus, allez.

Elle larmoyait maintenant et poussait parfois de gros soupirs, qui m’attendrissaient et me désolaient. J’aurais voulu la consoler, l’embrasser comme on embrasse les enfants tristes, lui demander pardon, me mettre à ses genoux. Mais je n’osais pas.

C’est fort bête ces situations-là !

Enfin, elle se calma, et nous restâmes, chacun dans notre coin, immobiles et muets, tandis que la voiture allait toujours, s’arrêtant parfois pour relayer. Nous fermions alors bien vite les yeux, tous les deux, pour n’avoir point à nous regarder quand entrait dans le coupé le vif rayon d’une lanterne d’écurie. Puis la diligence repartait ; et toujours l’air parfumé et savoureux des montagnes corses nous caressait les joues et les lèvres, et me grisait comme du vin.

Cristi, quel bon voyage si… si ma compagne eût été moins sotte !

Mais le jour lentement se glissa dans la voiture, un jour pâle de première aurore. Je regardai ma voisine. Elle faisait semblant de dormir. Puis le soleil, levé derrière les montagnes, couvrit bientôt de clarté un golfe immense tout bleu, entouré de monts énormes aux sommets de granit. Au bord du golfe une ville blanche, encore dans l’ombre, apparaissait devant nous.

Ma voisine alors fit semblant de s’éveiller, elle ouvrit les yeux (ils étaient rouges), elle ouvrit la bouche comme pour bâiller, comme si elle avait dormi longtemps. Puis elle hésita, rougit, et balbutia :

— Serons-nous bientôt arrivés ?

— Oui, Madame, dans une heure à peine.

Elle reprit en regardant au loin :

— C’est très fatigant de passer une nuit en voiture.

— Oh ! Oui, cela casse les reins.

— Surtout après une traversée.

— Oh oui !

— C’est Ajaccio devant nous ?

— Oui, Madame.

— Je voudrais bien être arrivée.

— Je comprends ça.

Le son de sa voix était un peu troublé ; son allure un peu gênée, son œil un peu fuyant. Pourtant elle semblait avoir tout oublié.

Je l’admirais. Comme elles sont rouées d’instinct, ces mâtines-là ? Quelles diplomates !

Au bout d’une heure, nous arrivions, en effet ; et un grand dragon, taillé en hercule, debout devant le bureau, agita un mouchoir en apercevant la voiture.

Ma voisine sauta dans ses bras avec élan et l’embrassa vingt fois au moins, en répétant : – Tu vas bien ? Comme j’avais hâte de te revoir !

Ma malle était descendue de l’impériale et je me retirais discrètement quand elle me cria :

— Oh ! Monsieur, vous vous en allez sans me dire adieu.

Je balbutiai :

— Madame, je vous laissais à votre joie.

Alors elle dit à son mari :

— Remercie Monsieur, mon chéri ; il a été charmant pour moi pendant tout le voyage. Il m’a même offert une place dans le coupé qu’il avait pris pour lui tout seul. On est heureux de rencontrer des compagnons aussi aimables.

Le mari me serra la main en me remerciant avec conviction.

La jeune femme souriait en nous regardant… Moi je devais avoir l’air fort bête !

Enragée ?

Ma chère Geneviève, tu me demandes de te raconter mon voyage de noces. Comment veux-tu que j’ose ? Ah ! Sournoise, qui ne m’avais rien dit, qui ne m’avais même rien laissé deviner, mais là, rien de rien !… Comment ! Tu es mariée depuis dix-huit mois, oui, depuis dix-huit mois, toi qui te dis ma meilleure amie, toi qui ne me cachais rien, autrefois, et tu n’as pas eu la charité de me prévenir ? Si tu m’avais seulement donné l’éveil, si tu m’avais mise en garde, si tu avais laissé entrer un simple soupçon dans mon âme, un tout petit, tu m’aurais empêchée de faire une grosse bêtise dont je rougis encore, dont mon mari rira jusqu’à sa mort, et dont tu es seule coupable !

Je me suis rendue affreusement ridicule à tout jamais ; j’ai commis une de ces erreurs dont le souvenir ne s’efface pas, par ta faute, par ta faute, méchante !… Oh ! Si j’avais su !

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