Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
– D’Herblay, par notre alliance, par notre amitié, par tout ce que vous avez de plus cher au monde, parlez-moi, je vous en supplie. À quoi devez-vous d’avoir ainsi pénétré chez Louis XIV? Il ne vous aimait pas, je le sais.
– Le roi m’aimera maintenant, dit Aramis en appuyant sur ce dernier mot.
– Vous avez eu quelque chose de particulier avec lui?
– Oui.
– Un secret, peut-être?
– Oui, un secret.
– Un secret de nature à changer les intérêts de Sa Majesté?
– Vous êtes un homme réellement supérieur, monseigneur. Vous avez bien deviné. J’ai, en effet, découvert un secret de nature à changer les intérêts du roi de France.
– Ah! dit Fouquet, avec la réserve d’un galant homme qui ne veut pas questionner.
– Et vous allez en juger, poursuivit Aramis; vous allez me dire si je me trompe sur l’importance de ce secret.
– J’écoute, puisque vous êtes assez bon pour vous ouvrir à moi. Seulement, mon ami, remarquez que je n’ai rien sollicité d’indiscret.
Aramis se recueillit un moment.
– Ne parlez pas, s’écria Fouquet. Il est temps encore.
– Vous souvient-il, dit l’évêque, les yeux baissés, de la naissance de Louis XIV?
– Comme d’aujourd’hui.
– Avez-vous ouï dire quelque chose de particulier sur cette naissance?
– Rien, sinon que le roi n’était pas véritablement le fils de Louis XIII.
– Cela n’importe en rien à notre intérêt ni à celui du royaume. Est le fils de son père, dit la loi française, celui qui a un père avoué par la loi.
– C’est vrai; mais c’est grave, quand il s’agit de la qualité de races.
– Question secondaire. Donc, vous n’avez rien su de particulier?
– Rien.
– Voilà où commence mon secret.
– Ah!
– La reine, au lieu d’accoucher d’un fils, accoucha de deux enfants.
Fouquet leva la tête.
– Et le second est mort? dit-il.
– Vous allez voir. Ces deux jumeaux devaient être l’orgueil de leur mère et l’espoir de la France; mais la faiblesse du roi, sa superstition, lui firent craindre des conflits entre deux enfants égaux en droits; il supprima l’un des deux jumeaux.
– Supprima, dites-vous?
– Attendez… Ces deux enfants grandirent: l’un, sur le trône, vous êtes son ministre; l’autre, dans l’ombre et l’isolement.
– Et celui-là?
– Est mon ami.
– Mon Dieu! que me dites-vous là, monsieur d’Herblay. Et que fait ce pauvre prince?
– Demandez-moi d’abord ce qu’il a fait.
– Oui, oui.
– Il a été élevé dans une campagne, puis séquestré dans une forteresse que l’on nomme la Bastille.
– Est-ce possible! s’écria le surintendant les mains jointes.
– L’un était le plus fortuné des mortels, l’autre le plus malheureux des misérables.
– Et sa mère ignore-t-elle?
– Anne d’Autriche sait tout.
– Et le roi?
– Ah! le roi ne sait rien.
– Tant mieux! dit Fouquet.
Cette exclamation parut impressionner vivement Aramis. Il regarda d’un air soucieux son interlocuteur.
– Pardon, je vous ai interrompu, dit Fouquet.
– Je disais donc, reprit Aramis, que ce pauvre prince était le plus malheureux des hommes, quand Dieu, qui songe à toutes ses créatures, entreprit de venir à son secours.
– Oh! comment cela?
– Vous allez voir. Le roi régnant… Je dis le roi régnant, vous devinez bien pourquoi.
– Non… Pourquoi?
– Parce que tous deux, bénéficiant légitimement de leur naissance, eussent dû être rois. Est-ce votre avis?
– C’est mon avis.
– Positif?
– Positif. Les jumeaux sont un en deux corps.
– J’aime qu’un légiste de votre force et de votre autorité me donne cette consultation. Il est donc établi pour nous que tous deux avaient les mêmes droits, n’est-ce pas?
– C’est établi… Mais, mon Dieu! quelle aventure!
– Vous n’êtes pas au bout. Patience!
– Oh! j’en aurai.
– Dieu voulut susciter à l’opprimé un vengeur, un soutien, si vous le préférez. Il arriva que le roi régnant, l’usurpateur… Vous êtes bien de mon avis, n’est-ce pas? c’est de l’usurpation que la jouissance tranquille, égoïste d’un héritage dont on n’a, au plus, en droit, que la moitié.
– Usurpation est le mot.
– Je poursuis donc. Dieu voulut que l’usurpateur eût pour premier ministre un homme de talent et de grand cœur, un grand esprit, outre cela.
– C’est bien, c’est bien, s’écria Fouquet. Je comprends: vous avez compté sur moi pour vous aider à réparer le tort fait au pauvre frère de Louis XIV? Vous avez bien pensé: je vous aiderai. Merci, d’Herblay, merci!
– Ce n’est pas cela du tout. Vous ne me laissez pas finir, dit Aramis, impassible.
– Je me tais.
– M. Fouquet, disais-je, étant ministre du roi régnant, fut pris en aversion par le roi et fort menacé dans sa fortune, dans sa liberté, dans sa vie peut-être, par l’intrigue et la haine, trop facilement écoutées du roi. Mais Dieu permit, toujours pour le salut du prince sacrifié, que M. Fouquet eût à son tour un ami dévoué qui savait le secret d’État, et se sentait la force de mettre ce secret au jour après avoir eu la force de porter ce secret vingt ans dans son cœur.
– N’allez pas plus loin, dit Fouquet bouillant d’idées généreuses; je vous comprends et je devine tout. Vous avez été trouver le roi quand la nouvelle de mon arrestation vous est parvenue; vous l’avez supplié, il a refusé de vous entendre, lui aussi; alors vous avez fait la menace du secret, la menace de la révélation, et Louis XIV, épouvanté, a dû accorder à la terreur de votre indiscrétion ce qu’il refusait à votre intercession généreuse. Je comprends, je comprends! vous tenez le roi; je comprends!
– Vous ne comprenez pas du tout, répondit Aramis, et voilà encore une fois que vous m’interrompez, mon ami. Et puis, permettez-moi de vous le dire, vous négligez trop la logique et vous n’usez pas assez de la mémoire.
– Comment?
– Vous savez sur quoi j’ai appuyé au début de notre conversation?
– Oui, la haine de Sa Majesté pour moi, haine invincible! mais quelle haine résisterait à une menace de pareille révélation?
– Une pareille révélation? Eh! voilà où vous manquez de logique. Quoi! vous admettez que, si j’eusse fait au roi une pareille révélation, je puisse vivre encore à l’heure qu’il est?
– Il n’y a pas dix minutes que vous étiez chez le roi.
– Soit! il n’aurait pas eu le temps de me faire tuer; mais il aurait eu le temps de me faire bâillonner et jeter dans une oubliette. Allons, de la fermeté dans le raisonnement, mordieu!
Et, par ce mot tout mousquetaire, oubli d’un homme qui ne s’oubliait jamais, Fouquet dut comprendre à quel degré d’exaltation venait d’arriver le calme, l’impénétrable évêque de Vannes. Il en frémit.