Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
Quand il vit revenir d’Artagnan, quand il aperçut derrière lui l’évêque de Vannes, sa joie fut au comble; elle égala toute son inquiétude. Voir Aramis, c’était pour le surintendant une compensation au malheur d’être arrêté.
Le prélat était silencieux et grave; d’Artagnan était bouleversé par toute cette accumulation d’événements incroyables.
– Eh bien! capitaine, vous m’amenez M. d’Herblay?
– Et quelque chose de mieux encore, monseigneur.
– Quoi donc?
– La liberté.
– Je suis libre?
– Vous l’êtes. Ordre du roi.
Fouquet reprit toute sa sérénité pour bien interroger Aramis avec son regard.
– Oh! oui, vous pouvez remercier M. l’évêque de Vannes, poursuivit d’Artagnan, car c’est bien à lui que vous devez le changement du roi.
– Oh! dit M. Fouquet, plus humilié du service que reconnaissant du succès.
– Mais vous, continua d’Artagnan en s’adressant à Aramis, vous qui protégez M. Fouquet, est-ce que vous ne ferez pas quelque chose pour moi?
– Tout ce qu’il vous plaira, mon ami, répliqua l’évêque de sa voix calme.
– Une seule chose alors, et je me déclare satisfait. Comment êtes-vous devenu le favori du roi, vous qui ne lui avez parlé que deux fois en votre vie?
– À un ami comme vous, repartit Aramis finement, on ne cache rien.
– Ah! bon. Dites.
– Eh bien! vous croyez que je n’ai vu le roi que deux fois, tandis que je l’ai vu plus de cent fois. Seulement, nous nous cachions, voilà tout.
Et, sans chercher à éteindre la nouvelle rougeur que cette révélation fit monter au front de d’Artagnan, Aramis se tourna vers M. Fouquet, aussi surpris que le mousquetaire.
– Monseigneur, reprit-il, le roi me charge de vous dire qu’il est plus que jamais votre ami, et que votre fête si belle, si généreusement offerte, lui a touché le cœur.
Là-dessus, il salua M. Fouquet si révérencieusement, que celui-ci, incapable de rien comprendre à une diplomatie de cette force, demeura sans voix, sans idée et sans mouvement.
D’Artagnan crut comprendre, lui, que ces deux hommes avaient quelque chose à se dire, et il allait obéir à cet instinct de politesse qui précipite, en pareil cas, vers la porte celui dont la présence est une gêne pour les autres; mais sa curiosité ardente, fouettée par tant de mystères, lui conseilla de rester.
Alors, Aramis, se tournant vers lui avec douceur:
– Mon ami, dit-il, vous vous rappellerez bien, n’est-ce pas, l’ordre du roi touchant les défenses pour son petit lever?
Ces mots étaient assez clairs. Le mousquetaire les comprit; il salua donc M. Fouquet, puis Aramis avec une teinte de respect ironique, et disparut.
Alors M. Fouquet, dont toute l’impatience avait eu peine à attendre ce moment, s’élança vers la porte pour la fermer, et, revenant à l’évêque:
– Mon cher d’Herblay, dit-il, je crois qu’il est temps pour vous de m’expliquer ce qui se passe. En vérité, je n’y comprends plus rien.
– Nous allons vous expliquer tout cela, dit Aramis en s’asseyant et en faisant asseoir M. Fouquet. Par où faut-il commencer?
– Par ceci, d’abord. Avant tout autre intérêt, pourquoi le roi me fait-il mettre en liberté?
– Vous eussiez dû plutôt me demander pourquoi il vous faisait arrêter.
– Depuis mon arrestation, j’ai eu le temps d’y songer, et je crois qu’il s’agit bien un peu de jalousie. Ma fête a contrarié M. Colbert, et M. Colbert a trouvé quelque plan contre moi, le plan de Belle-Île, par exemple?
– Non, il ne s’agissait pas encore de Belle-Île.
– De quoi, alors?
– Vous souvenez-vous de ces quittances de treize millions que M. de Mazarin vous a fait voler?
– Oh! oui. Eh bien?
– Eh bien! vous voilà déjà déclaré voleur.
– Mon Dieu!
– Ce n’est pas tout. Vous souvient-il de cette lettre écrite par vous à La Vallière?
– Hélas! c’est vrai.
– Vous voilà déclaré traître et suborneur.
– Alors, pourquoi m’avoir pardonné?
– Nous n’en sommes pas encore là de notre argumentation. Je désire vous voir bien fixé sur le fait. Remarquez bien ceci: le roi vous sait coupable de détournements de fonds. Oh! pardieu! je n’ignore pas que vous n’avez rien détourné du tout; mais enfin, le roi n’a pas vu les quittances, et il ne peut faire autrement que de vous croire criminel.
– Pardon, je ne vois…
– Vous allez voir. Le roi, de plus, ayant lu votre billet amoureux et vos offres faites à La Vallière, ne peut conserver aucun doute sur vos intentions à l’égard de cette belle, n’est-ce pas?
– Assurément. Mais concluez.
– J’y viens. Le roi est donc pour vous un ennemi capital, implacable, éternel.
– D’accord. Mais suis-je donc si puissant, qu’il n’ait osé me perdre, malgré cette haine, avec tous les moyens que ma faiblesse ou mon malheur lui donne comme prise sur moi?
– Il est bien constaté, reprit froidement Aramis, que le roi est irrévocablement brouillé avec vous.
– Mais qu’il m’absout.
– Le croyez-vous? fit l’évêque avec un regard scrutateur.
– Sans croire à la sincérité du cœur, je crois à la vérité du fait.
Aramis haussa légèrement les épaules.
– Pourquoi alors Louis XIV vous aurait-il chargé de me dire ce que vous m’avez rapporté? demanda Fouquet.
– Le roi ne m’a chargé de rien pour vous.
– De rien!… fit le surintendant stupéfait. Eh bien! alors, cet ordre?…
– Ah! oui, il y a un ordre, c’est juste.
Et ces mots furent prononcés par Aramis avec un accent si étrange, que Fouquet ne put s’empêcher de tressaillir.
– Tenez, dit-il, vous me cachez quelque chose, je le vois.
Aramis caressa son menton avec ses doigts si blancs.
– Le roi m’exile?
– Ne faites pas comme dans ce jeu où les enfants devinent la présence d’un objet caché à la façon dont une sonnette tinte quand ils s’approchent ou s’éloignent.
– Parlez, alors!
– Devinez.
– Vous me faites peur.
– Bah!… C’est que vous n’avez pas deviné, alors.
– Que vous a dit le roi? Au nom de notre amitié, ne me le dissimulez pas.
– Le roi ne m’a rien dit.
– Vous me ferez mourir d’impatience, d’Herblay. Suis-je toujours surintendant?
– Tant que vous voudrez.
– Mais quel singulier empire avez-vous pris tout à coup sur l’esprit de Sa Majesté?
– Ah! voilà!
– Vous le faites agir à votre gré.
– Je le crois.
– C’est invraisemblable.
– On le dira.