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Электронная книга - «Souvenirs De La Maison Des Morts». Краткое содержание книги:

La maison des morts, c'est le bagne de Sibérie où Dostoïevsky a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et de six ans de «service militaire». Il faut noter l'actualité des réflexions sur le pouvoir et la violence dont Dostoïevski a parsemé ces Souvenirs. Comment ne pas penser également aux bagnes qui ont marqué ensuite la Russie, à Staline, au Goulag.
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Là-dessus, il fit une fière noce, ce gaillard. Ce n’était qu’un cri, qu’une plainte dans toute la ville. Il s’était procuré des compagnons, car il avait une masse d’argent, il ribota pendant trois mois, une noce à tout casser! il liquida tout. «Je veux voir la fin de cet argent, je vendrai la maison, je vendrai tout, et puis je m’engagerai ou bien je vagabonderai!» Il était ivre du matin au soir et se promenait dans une voiture à deux chevaux avec des grelots. C’étaient les filles qui l’aimaient! car il jouait bien du théorbe…

– Alors, c’est vrai qu’il avait eu des affaires avec cette Akoulka?

– Attends donc. Je venais d’enterrer mon père; ma mère cuisait des pains d’épice; on travaillait pour Ankoudim, ça nous donnait de quoi manger, mais on vivait joliment mal; nous avions du terrain derrière la forêt, on y semait du blé; mais quand mon père fut mort, je fis la noce. Je forçais ma mère à me donner de l’argent en la rossant moi aussi…

– Tu avais tort de la battre. C’est un grand péché!

– J’étais quelquefois ivre toute la sainte journée. Nous avions une maison couci couça toute pourrie si tu veux, mais elle nous appartenait. Nous crevions la faim; il y avait des semaines entières où nous mâchions des chiffons… Ma mère m’agonisait de sottises, mais ça m’était bien égal… Je ne quittais pas Philka Marosof, nous étions ensemble nuit et jour. «Joue-moi de la guitare, me disait-il, et moi je resterai couché; je te jetterai de l’argent parce que je suis l’homme le plus riche du monde!» Il ne savait qu’inventer. Seulement il ne prenait rien de ce qui avait été volé. «Je ne suis pas un voleur, je suis un honnête homme!» – «Allons barbouiller de goudron [32] la porte d’Akoulka, parce que je ne veux pas qu’elle épouse Mikita Grigoritch! J’y tiens plus que jamais.» Il y avait déjà longtemps que le vieillard voulait donner sa fille à Mikita Grigoritch: c’était un homme d’un certain âge qui trafiquait aussi et qui portait des lunettes. Quand il entendit parler de la mauvaise conduite d’Akoulka, il dit au vieux: «- Ce sera une grande honte pour moi, Ankoudim Trophimytch; au reste je ne veux pas me marier, maintenant j’ai passé l’âge.» Alors, nous barbouillâmes la porte d’Akoulka avec du goudron. On la rossa à la maison pour cela, jusqu’à la tuer. Sa mère, Maria Stépanovna, criait: «J’en mourrai!» – tandis que le vieux disait: «Si nous étions au temps des patriarches, je l’aurais hachée sur un bûcher; mais maintenant tout est pourriture et corruption ici-bas.» Les voisins entendaient quelquefois hurler Akoulka d’un bout de la rue à l’autre. On la fouettait du matin au soir. Et Philka criait sur le marché à tout le monde: -Une fameuse fille que la Akoulka, pour bien boire ensemble. Je leur ai tapé sur le museau, aux autres, ils se souviendront de moi. Un jour, je rencontre Akoulka qui allait chercher de l’eau dans des seaux, je lui crie: «Bonjour, Akoulina Koudimovna! un effet de votre bonté! dis-moi avec qui tu vis et où tu prends de l’argent pour être si brave!» Je ne lui dis rien d’autre; elle me regarda avec ses grands yeux; elle était maigre comme une bûche. Elle n’avait fait que me regarder; sa mère, qui croyait qu’elle plaisantait avec moi, lui cria du seuil de sa porte: «Qu’as-tu à causer avec lui, éhontée!» Et ce jour-là on recommença de nouveau à la battre. On la rossait quelquefois une heure entière. «Je la fouette, disait-elle, parce qu’elle n’est plus ma fille.»

– Elle était donc débauchée!

– Écoute donc ce que je te raconte, petit oncle! Nous ne faisions que nous enivrer avec Philka; un jour que j’étais couché, ma mère arrive et me dit: «- Pourquoi restes-tu couché? canaille, brigand que tu es!» Elle m’injuria tout d’abord, puis elle me dit: «- Épouse Akoulka. Ils seront contents de te la donner en mariage, et ils lui feront une dot de trois cents roubles.» Moi, je lui réponds: «Mais maintenant tout le monde sait qu’elle est déshonorée.» – «Imbécile! tout cela disparaît sous la couronne de mariage; tu n’en vivras que mieux, si elle tremble devant toi toute sa vie. Nous serions à l’aise avec leur argent; j’ai déjà parlé de ce mariage à Maria Stépanovna: nous sommes d’accord.» Moi, je lui dis: «- Donnez-moi vingt roubles tout de suite, et je l’épouse.» Ne le crois pas, si tu veux, mais jusqu’au jour de mon mariage j’ai été ivre. Et puis Philka Marosof ne faisait que me menacer. «Je te casserai les côtes, espèce de fiancé d’Akoulka; si je veux, je dormirai toutes les nuits avec ta femme. – Tu mens, chien que tu es!» Il me fit honte devant tout le monde dans la rue. Je cours à la maison! Je ne veux plus me marier, si l’on ne me donne pas cinquante roubles tout de suite.

– Et on te l’a donnée en mariage?

– À moi? pourquoi pas? Nous n’étions pas des gens déshonorés. Mon père avait été ruiné par un incendie, un peu avant sa mort; il avait même été plus riche qu’Ankoudim Trophimytch. «Des gens sans chemise comme vous devraient être trop heureux d’épouser ma fille!» que le vieil Ankoudim me dit. – «Et votre porte, n’a-t-elle pas été assez barbouillée de goudron?» lui répondis-je. – «Qu’est-ce que tu me racontes? Prouve-moi qu’elle est déshonorée… Tiens, si tu veux, voilà la porte, tu peux t’en aller. Seulement, rends-moi l’argent que je t’ai donné!» Nous décidâmes alors avec Philka Marosof d’envoyer Mitri Bykof au père Ankoudim pour lui dire que je lui ferais honte devant tout le monde. Jusqu’au jour de mon mariage, je ne dessoûlai pas. Ce n’est qu’à l’église que je me dégrisai. Quand on nous amena de l’église, on nous fit asseoir, et Mitrophane Stépanytch, son oncle à elle, dit: «Quoique l’affaire ne soit pas honnête, elle est pourtant faite et finie.» Le vieil Ankoudim était assis, il pleurait; les larmes coulaient dans sa barbe grise. Moi, camarade, voilà ce que j’avais fait: j’avais mis un fouet dans ma poche, avant d’aller à l’église, et j’étais résolu à m’en servir à cœur joie, afin qu’on sût par quelle abominable tromperie elle se mariait et que tout le monde vît bien si j’étais un imbécile…

– C’est ça, et puis tu voulais qu’elle comprit ce qui l’attendait…

– Tais-toi, oncle! chez nous, tout de suite après la cérémonie du mariage, on mène les époux dans une chambre à part, tandis que les autres restent à boire en les attendant. On nous laisse seuls avec Akoulka: elle était pâle, sans couleurs aux joues, tout effrayée. Ses cheveux étaient aussi fins, aussi clairs que du lin, – ses yeux très-grands. Presque toujours elle se taisait; on ne l’entendait jamais, on aurait pu croire qu’elle était muette; très-singulière, cette Akoulka. Tu peux te figurer la chose; mon fouet était prêt, sur le lit. – Eh bien! elle était innocente, et je n’avais rien, mais rien à lui reprocher!

– Pas possible!

– Vrai! honnête comme une fille d’une honnête maison. Et pourquoi, frère, pourquoi avait-elle enduré cette torture? Pourquoi Philka Marosof l’avait-il diffamée?

– Oui, pourquoi?

– Alors je suis descendu du lit et je me suis mis à genoux devant elle, en joignant les mains: – Petite mère, Akoulina Koudimovna! que je lui dis, pardonne-moi d’avoir été assez sot pour croire toutes ces calomnies. Pardonne-moi, je suis une canaille! – Elle était assise sur le lit à me regarder; elle me posa les deux mains sur les épaules, et se mit à rire, et pourtant les larmes lui coulaient le long des joues: elle sanglotait et riait en même temps… Je sortis alors et je dis à tous les gens de la noce: «Gare à Philka Marosof, si je le rencontre, il ne sera bientôt plus de ce monde.» Les vieux ne savaient trop que dire dans leur joie; la mère d’Akoulka était prête à se jeter aux pieds de sa fille et sanglotait. Alors le vieux dit: «- Si nous avions su et connu tout cela, notre fille bien-aimée, nous ne t’aurions pas donné un pareil mari,» – Il t’aurait fallu voir comme nous étions habillés le premier dimanche après notre mariage, quand nous sortîmes de l’église; moi, en cafetan de drap fin, en bonnet de fourrure avec des braies de peluche; elle, en pelisse de lièvre toute neuve, la tête couverte d’un mouchoir de soie; nous nous valions l’un l’autre. Tout le monde nous admirait. Je n’étais pas mal, Akoulinouchka non plus; on ne doit pas se vanter, mais il ne faut pas non plus se dénigrer: quoi! on n’en fait pas à la douzaine, des gens comme nous…

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[32] Barbouiller la porte cochère de la maison où demeure une jeune fille indique que celle-ci a perdu son innocence.

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