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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Il eut l’impression de s’éveiller.

On l’avait attaqué. Il y avait eu des éclairs, des explosions ; des gens s’étaient jetés sur lui.

Il se débattit contre le poids tiède, animal qui l’écrasait, l’individu qu’il avait fait trébucher. On entendait des cris ; les policiers allaient et venaient rapidement. Gurgeh vit Péquil à terre. Za était là aussi, debout, l’air complètement égaré. Quelqu’un poussait des hurlements. Pas trace de Flère-Imsaho. Il sentit quelque chose de chaud suinter à travers ses chausses.

Il lutta pour se dégager du corps tombé sur lui ; l’idée que l’individu – apical ou mâle, l’un des deux – pouvait être mort lui soulevait le cœur. Aidé d’un policier, Shohobohaum Za l’aida à se relever. On criait encore dans tous les coins ; les gens s’éloignaient ou se faisaient repousser de force, dégageant la zone où la chose s’était produite ; il y avait des corps étendus sur le sol, certains maculés d’un sang d’une teinte rouge orangé éclatante. En proie au vertige, Gurgeh se remit sur pieds.

« Ça va, joueur-de-jeux ? s’enquit Za en souriant.

« Oui, je crois », acquiesça Gurgeh.

Il avait du sang sur les jambes, mais d’après la couleur ce ne pouvait être le sien.

Flère-Imsaho descendit du ciel.

« Jernau Gurgeh ! Vous n’avez rien ?

« Non. (Gurgeh regarda autour de lui.) Que s’est-il passé ? demanda-t-il à Shohobohaum Za. Vous avez vu ce qui s’est passé ? »

Les policiers avaient dégainé et s’étaient attroupés autour de la scène ; les gens commençaient à s’en aller, et on repoussait à grands cris les caméras de la presse. Cinq policiers immobilisaient un individu au sol. Deux apicaux en civil gisaient dans l’allée ; celui à qui Gurgeh avait fait perdre l’équilibre était couvert de sang. Un policier montait la garde auprès de chaque cadavre, deux autres s’occupaient de Péquil.

« Ces trois individus vous ont attaqué », expliqua Za en indiquant d’un regard accompagné d’un mouvement de tête les deux corps et la silhouette dissimulée par les policiers.

Gurgeh entendit quelqu’un sangloter bruyamment au milieu de la foule qui se dispersait. Les journalistes continuaient de lancer des questions.

Za conduisit Gurgeh vers l’endroit où gisait Péquil, tandis que Flère-Imsaho s’agitait en vibrant au-dessus de leurs têtes. L’apical était étendu sur le dos, les yeux ouverts, les paupières battantes, tandis qu’un policier découpait la manche trempée de sang de sa veste d’uniforme.

« Ce pauvre vieux Péquil a écopé d’une balle perdue, commenta Za. Ça va, Péquil ? » s’exclama-t-il d’un ton jovial.

L’interpellé sourit faiblement et hocha la tête.

Za entoura de son bras les épaules de Gurgeh sans cesser de regarder autour de lui ; ses yeux étaient constamment en mouvement.

« Pendant ce temps, courageux et plein de ressources, votre drone prenait vingt bons mètres d’altitude à une vitesse supersonique.

« Je ne faisais que prendre un peu de recul afin de mieux voir ce qui…

« Vous êtes tombé, reprit Za toujours sans le regarder, et vous avez roulé sur vous-même. J’ai bien cru qu’ils vous avaient eu. J’ai réussi à mettre la main sur un de ces types et à lui flanquer un bon coup sur la tête, et je crois que c’est la police qui a descendu le deuxième. (Le regard de Za s’attarda momentanément sur le petit groupe amassé derrière le cordon de police ; c’était de là que venaient les sanglots.) Quelqu’un d’autre a reçu une balle, dans la foule ; une balle qui vous était destinée, comme les autres. »

Gurgeh baissa les yeux sur l’un des apicaux abattus ; il avait la tête inclinée sur l’épaule, à angle droit par rapport au corps ; il n’existait probablement pas un seul humanoïde sur les épaules duquel elle eût paru à sa place.

« Ouais, c’est celui que j’ai frappé, fit Za en jetant un bref regard à l’apical. Peut-être un peu fort, d’ailleurs.

« Je vous le répète, intervint Flère-Imsaho en contournant Gurgeh et Za pour venir leur faire face, je ne faisais que gagner de l’altitude pour…

« Mais oui, nous nous réjouissons que vous soyez sain et sauf, drone », coupa Za en écartant du geste l’encombrante machine vrombissante comme s’il s’agissait d’un gros insecte.

Puis il conduisit Gurgeh vers un apical en uniforme de police, qui faisait de grands gestes en direction des voitures. Le son des sirènes emplissait le ciel ainsi que les rues voisines.

« Ah ! Voilà les renforts », déclara Za comme une espèce de plainte progressivement déformée par l’effet Doppler se rapprochait du parc.

Un fourgon aérien rouge orangé surgit brusquement des cieux et atterrit sur l’herbe en soulevant une gerbe de poussière ; la toile du chapiteau battit, claqua et ondula sous l’onde de choc. Un deuxième contingent de policiers armés jusqu’aux dents sauta du fourgon.

Il y eut un moment d’hésitation, le temps de se demander si Gurgeh et les autres devaient ou non se diriger vers les voitures ; finalement, on les ramena sous le chapiteau et on prit leur déposition, ainsi que celle de quelques autres témoins. Malgré leurs protestations, deux membres de la presse se virent confisquer leur caméra.

Dehors, on embarquait dans le fourgon aérien les deux cadavres et le corps de l’agresseur touché. Une ambulance aérienne vint chercher Péquil, qui ne souffrait que d’une légère blessure au bras.

Au moment où Gurgeh, Za et le drone quittaient enfin le chapiteau pour regagner l’hôtel dans un véhicule aérien de la police, une ambulance de surface franchissait le portail du parc : elle venait chercher les deux hommes et la femme qui avaient été également blessés pendant l’attaque.

« Joli petit module », déclara Shohobohaum Za en se laissant tomber dans un fauteuil-moule.

Gurgeh s’assit à son tour. Le bruit que fit en redécollant l’appareil de police emplit l’intérieur du module. Flère-Imsaho cessa de bourdonner dès qu’ils furent entrés, et s’en fut dans une autre pièce.

Gurgeh commanda à boire au module et demanda à Za s’il désirait quelque chose.

« Module, fit ce dernier en se vautrant dans son fauteuil, l’air pensif. Je voudrais une double dose standard de staol avec du vin de foie d’aile-gauchie shungustériaung ; mettez par-dessus une bouchée d’esprit-de-cruchen d’Eflyre-Vrille dans une mousse de cascalo moyen, le tout surmonté de bizarelles rôties et servi dans un bol-osmose tippraulique de force trois, ou ce que vous pourrez concocter de plus approchant.

« L’aile-gauchie, vous la voulez mâle ou femelle ? s’enquit le module.

« Dans un endroit pareil ? s’esclaffa Za. Mais voyons… les deux !

« Cela va prendre quelques minutes.

« Je n’y vois pas d’inconvénient. (Za se frotta les mains, puis se retourna vers Gurgeh.) Alors comme ça, vous vous en êtes sorti vivant. Eh bien, bravo. »

Gurgeh prit un air hésitant l’espace de quelques instants, puis finit par répondre.

« Oui. Je dois vous remercier.

« Je vous en prie, ce n’était rien, ou presque, répondit Za avec un geste de la main. Si vous voulez savoir, je me suis bien amusé, en fait. Je regrette simplement d’avoir tué ce type.

« Je trouve votre point de vue bien magnanime, rétorqua Gurgeh. Il cherchait à me tuer. Et avec des balles, en plus. »

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