La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
Cela dit, je demeure persuadé que l’allure provocante d’un chercheur de noise, souvent un peu pompette, qui n’a plus le chapeau ou la casquette exactement où il faudrait — qui la retourne même, d’un brusque mouvement de colère ! — a beaucoup fait pour aider cette assimilation et propager le mot dans le langage courant. C’est le signe qu’il vaut mieux garder ses distances, de même que la mèche tombante, barrant le front du loulou agressif à l’affût d’un œil à beurrer… Dès qu’il y a bataille, tout va de travers !
Un vieux de la vieille
L’ancienneté dans les armées a toujours été une preuve de belle résistance, un gage d’expérience à tous crins, et donc un titre de gloire. « C’était un vieux routier, il savait plus d’un tour », dit La Fontaine. Dans les armées royales de l’Ancien Régime on appelait « vieux corps » les six régiments les plus anciens et les plus prestigieux : Picardie, Piémont, Champagne, Navarre, Normandie et Maine. Ils avaient des prérogatives, notamment celle de marcher en tête… On connaît le prestige inégalé de la Vieille Garde de Napoléon, celle qui « meurt mais ne se rend pas » ! C’est à elle que l’on faisait allusion plus tard, dans le courant du XIXe siècle, en parlant de ses survivants : les vieux de la Vieille — sous-entendu « Garde. »
L’expression apparaît dans Balzac : « Mme Cibot parla pendant une demi-heure sans que l’agent d’affaires se permît la moindre interruption ; il avait l’air curieux d’un jeune soldat écoutant un vieux de la vieille. » (Le Cousin Pons, 1847.) Le souvenir glorieux n’était nullement effacé à la fin du siècle, où l’on savait encore à qui l’on avait à faire : « On le saluait à cause de la rosette à sa boutonnière, moitié rouge et moitié verte, Légion d’honneur et médaille de Sainte-Hélène ; et comme sa main serrait la mienne ! Comme sa voix tonnait au défilé des Vieux de la Vieille dans leurs uniformes d’Austerlitz ! — Vive la France ! Vive l’Empereur ! » (G. Darien, L’Épaulette, 1900.)
Heureusement il a existé depuis d’autres faits d’armes mémorables pour permettre à l’expression de se perpétuer. Les anciens combattants de 1914–1918 peuvent raisonnablement passer aujourd’hui pour d’authentiques « vieux de la vieille » !
Être de la revue
L’habitude de passer les troupes en revue n’est pas nouvelle. Louis XIV raffolait, paraît-il, de ces inspections, et Saint-Simon fait allusion à « ce goût des revues, qu’il poussa si loin que les ennemis l’appelaient le roi des revues » !
Or si la chose présente un charme indéniable pour le général qui trouve dans ce spectacle imposé une manifestation flatteuse de son pouvoir, elle est beaucoup moins bien accueillie par le troupier qui, pendant des jours, doit fourbir son fourniment, qui voit les permissions supprimées en vue de cette glorieuse occurrence, et qui peste et sacre et envoie les pompes militaires à tous les diables.
La déception de celui qui se trouve coincé par cette corvée dont il se passerait volontiers, surtout si ses camarades y échappent, pourrait expliquer l’origine de cette expression, laquelle n’apparaît qu’à la fin du siècle dernier. Esnault relève « Être de la revue, éprouver une déception, être “attrapé” », en 1894, dans la langue populaire. Cependant on peut penser que cette motivation militaire apparente n’a fait que favoriser un jeu de mots sur le verbe « revoir », ou « être de revue », c’est-à-dire destiné à se revoir, à se retrouver. Si une belle occasion nous est passée sous le nez, eh bien il faudra revenir, il faudra repasser !
La monnaie, le commerce
Petit gain est bel quand il vient souvent.