La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
Quoi qu’il en soit il s’agit d’une très vieille habitude que n’ont probablement pas instaurée les soldats !
Filer à l’anglaise
Le moyen le plus discret de prendre de la distance est encore de filer à l’anglaise. M. Rat commente ainsi l’expression : « Partir sans prendre congé — par allusion au sans-gêne des Anglais. » À mon avis c’est un peu court, et pas très gentil pour les inventeurs du « fair play »…
En fait, il faut se souvenir que si les Allemands nous ont servi d’ennemis héréditaires pendant quatre-vingts malheureuses petites années (bien remplies, c’est vrai !), les Anglais, eux, ont été nos ennemis mortels quasi permanents pendant sept longs siècles et davantage. Le temps de forger de part et d’autre une vraie, une solide antipathie dont il reste forcément quelque chose dans la langue… Du XVe au XIXe siècle un « anglais » désignait un créancier grippe-sou, un usurier :
dit Clément Marot — sans doute en souvenir des impôts et des taxes diverses levés, par le « parti anglais », au cours de la guerre de Cent Ans.
De tous les temps les armées ont aimé s’accuser réciproquement de lâcheté ; voici un peu glorieux portrait, dû pourtant à la plume du prudent Raspail, de Wellington, le vainqueur de Waterloo, et qui traduit assez bien le peu d’estime que l’on éprouvait encore en France vers le milieu du XIXe siècle pour les combattants anglais : « Wellington, général en chef de l’armée anglaise, toujours battu en Espagne par nos simples généraux ; jamais vainqueur, si ce n’est en guérillero et contre des convois ; (…) et dont l’unique tactique consistait à trouver une position à ses yeux inexpugnable, pour transformer son champ de bataille en une citadelle où il se barricadait avec des forces doubles de celles de l’ennemi ; il profitait ensuite de l’ombre de la nuit, pour s’esquiver sans tambour ni trompette, dès qu’il voyait la furie française sur le point de le prendre à l’assaut ; comptant ainsi au nombre de ses victoires la chance d’avoir échappé à l’ennemi. » (Raspail, Almanach pour l’année 1866.)
Cependant, en dépit de ce fond culturel méprisant sur lequel elle a étayé son succès, l’expression filer à l’anglaise était apparemment inconnue au XIXe siècle, et n’apparaît que dans les toutes premières années du XXe.