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Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:

Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélemy, Jean de Pardaillan et son père Honoré vont permettre à Loïse et à sa mère Jeanne de Piennes de retrouver François de Montmorency après 17 ans de séparation. Catherine de Médicis, ayant persuadé son fils Charles IX de déclencher le massacre des huguenots, Paris se retrouve à feu et à sang. Nos héros vont alors tout tenter pour traverser la ville et fuir la vengeance de Henry de Montmorency, maréchal de Damville et frère de François…
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– Que Panigarola doit vous la remettre, voulez-vous dire? Puisque je la lui ai remise à lui-même! Puisqu’il vous pardonne!… Eh bien… à onze heures, vous verrez le marquis et à minuit, le comte de Marillac arrivera, je me charge de le prévenir…

Alice sentait sa tête lui tourner comme lorsqu’on a le vertige.

Que Panigarola et Marillac fussent amenés par la reine dans le même lieu, presque à la même heure, cela lui semblait une redoutable conjoncture.

Le moine s’en irait-il? Le moine était-il au courant du mariage qui se préparait? Aurait-il donc cette grandeur d’âme de disparaître, la laissant libre, heureuse?…

Elle entrevit une formidable complication.

– Vous ne me remerciez pas? reprit la reine toujours souriante.

– Hélas, madame! Vous me voyez toute bouleversée de bonheur et de crainte…

– De crainte?… Ah! oui… vous pensez que les deux rivaux peuvent se rencontrer, qu’un mot échappé à Panigarola peut tout apprendre à Marillac… Rassurez-vous: j’ai pris mes précautions… ils ne se verront pas.

– Quoi, madame! vous auriez daigné…

– Je veux vous voir heureux tous les deux, le comte et vous. C’est là tout le secret.

– Ah! madame, s’écria cette fois Alice dans une explosion de joie sincère, que ne puis-je mourir pour Votre Majesté!…

– Enfant que vous êtes! Songez donc à vivre bien plutôt!… Mais ce n’est pas tout, Alice. Je vous ai parlé avec la plus entière franchise… j’espère que vous-même.

– Interrogez-moi, madame! Pas une parole ne sortira de ma bouche sans être sortie de mon cœur.

– Eh bien, fit la reine, que prétendez-vous faire? J’entends non pas seulement demain, mais dès cette nuit… Restez-vous à Paris?… Vous en allez-vous?…

Elle fixait un clair regard sur Alice.

Alors l’espionne devina ou crut avoir deviné la secrète pensée de la reine.

Ce comte de Marillac… c’était son fils!

L’espionne le savait. Elle l’avait appris à Saint-Germain, dans la soirée même où la reine de Navarre l’avait chassée. Ce terrible secret, elle l’avait renfermé au plus profond de son cœur. Jamais un mot, même à Marillac, qui eût pu laisser supposer qu’elle savait!

En effet, elle avait cette conviction profonde que la reine tuerait Marillac du jour où le mystère de sa naissance menacerait de s’éclaircir.

Voici donc ce qu’elle supposa:

«La reine sait que Marillac est son fils. Elle sait que je ne puis vivre à Paris sans risquer d’être démasquée à chaque instant. Elle sait donc que j’entraînerai le comte le plus loin possible de Paris. Et c’est pour cela, c’est uniquement pour cela qu’elle me le donne pour époux et que mon mariage est fait la nuit, en plein mystère…»

Voilà nettement formulées les pensées qui traversèrent comme un éclair le cerveau de l’espionne. Habituée à lire vite dans l’esprit de ses adversaires et à prendre de promptes décisions, elle comprit ou crut comprendre qu’en de pareilles conditions, la reine devenait son alliée la plus précieuse.

– Madame, dit-elle, c’est justement de ces choses que je voulais, ce soir, m’entretenir avec le comte. Mais j’attendrai les ordres de Votre Majesté.

– Nullement. Je veux que vous en fassiez à votre tête. Voyons, quel conseil donnerez-vous au comte?

– Eh bien, madame, pour être franche comme me l’ordonne ma reine, je n’ai pas de plus ardent désir que de quitter Paris.

– Vraiment? fit la reine. Vous me quitteriez?

– Votre Majesté me pardonnera, j’ose l’espérer. Mais elle connaît déjà toute ma pensée à cet égard.

– Ainsi, reprit Catherine avec une joie visible et peut-être sincère, vous partirez… mais quand?

– Dès cette nuit, si je puis, madame!

La reine tressaillit. Elle ne pouvait douter de la sincérité d’Alice. Bien que l’espionne fût tremblante, elle parlait d’une voix ferme.

Catherine demeura pensive pendant quelques instants.

Qui sait si, à ce moment, elle ne pesa pas une dernière fois dans son esprit la nécessité du meurtre de son fils.

Qui sait si elle ne se dit pas que ce meurtre était peut-être inutile!

Nous le croyons. Nous croyons qu’elle fut sincère lorsqu’après sa méditation, elle reprit lentement:

– Ce soir, à minuit, une voiture vous attendra à la porte de Saint-Germain-l’Auxerrois. J’aurai donné les ordres nécessaires pour qu’elle puisse franchir sans obstacle la porte Bucy, par laquelle vous quitterez Paris. Vous gagnerez Lyon sans vous arrêter. De là, vous passerez en Italie. Vous vous arrêterez à Florence et vous y attendrez mes dernières instructions. Me promettez-vous que tout se passera ainsi que je vous le dis?

– Je vous le jure, madame! dit Alice en tombant à genoux.

– Bien… Si le comte… si votre époux manifestait un jour l’intention de rentrer en France, me promettez-vous de l’en détourner? Et s’il persiste, de m’en aviser?

– Jamais nous ne reviendrons en France, madame, je vous le jure!…

– Bien. Relevez-vous, mon enfant… Dans la voiture, vous trouverez mon cadeau de noces. À Florence, je vous ferai parvenir un acte de donation de l’un des palais de ma famille… Ne me remerciez pas, Alice… vous m’avez fidèlement servie, autant qu’il a été en vous de le faire, il est juste que je vous récompense…

Un flot de larmes brûlantes déborda des yeux d’Alice.

– Ah! madame, dit-elle, pauvre, sans ressources, dépouillée du peu que je possède, dussé-je marcher à pied, je serai trop heureuse encore de quitter Paris… pardonnez-moi, madame, j’y ai trop souffert!… Et quand je songe que si je pars, c’est avec l’homme à qui j’ai donné mon âme, j’oublie tout, madame, et j’en arrive à trembler que ce bonheur ne soit un rêve…

– Rassurez-vous… Et maintenant, Alice, écoutez-moi bien… j’ai encore des choses graves à vous dire… Je vais, mon enfant, vous donner une preuve de confiance illimitée.

– Les secrets de Votre Majesté me sont sacrés.

– Oui. Vous avez toujours été la discrétion incarnée… Mais cette fois, ce n’est plus de politique ou de religion qu’il s’agit… Et si vous n’étiez la femme supérieure que vous êtes, je ne vous ouvrirais pas ainsi le fond de mon cœur.

Catherine fixa un profond regard sur l’espionne, et dit nettement:

– Il y a une faute dans ma vie…

Alice demeura attentive, mais sans surprise apparente.

– Je dis, continua Catherine, une faute dans ma vie de femme… Quant à ma vie de reine, elle est au-dessus de la faute même… Pour vous parler plus clairement, Alice, apprenez un redoutable secret et voyez jusqu’où va ma confiance pour vous: Charles, Henri et François ne sont pas mes seuls fils…

Alice n’eut pas un tressaillement.

Peut-être cette insensibilité absolue fut-elle une erreur de sa part. Peut-être eût-elle dû témoigner une respectueuse surprise.

La reine, qui la dévorait des yeux, poursuivit:

– J’ai un quatrième fils. Et celui-là est loin des marches du trône.

– Quoi! madame, s’écria enfin Alice, un des fils de Votre Majesté aurait donc été écarté dès sa naissance…

Exclamation d’une prodigieuse habileté, qui arriva presque à convaincre Catherine.

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