Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
– Venez, sire, reprit la reine Margot. Il ne faut pas que notre absence soit remarquée.
Et avec ce sourire de scepticisme qui allait si bien à sa spirituelle beauté, elle ajouta:
– On pourrait soupçonner que nous parlons d’amour…
– Tandis que nous parlons de mort! dit le Béarnais avec un frisson.
– Mors, amor… principium, finis… [17]murmura Marguerite.
Pâles tous deux des pensées formidables qu’ils portaient et des choses qu’ils entrevoyaient, ils reprirent silencieusement le chemin des salles de fête.
– Vive la messe! rugissait au-dehors la foule.
– Eh! ventre-saint-gris! dit le Béarnais, j’en sors, de la messe… et je n’en suis pas fâché, ajouta-t-il en déguisant ses inquiétudes sous une apparence de joviale galanterie… Car ma première messe me vaut la femme de France qui a le plus d’esprit et de beauté.
Il fixa un clair regard sur la nouvelle reine.
– Or çà, que me rapportera, en ce cas, ma deuxième messe?
– Qui sait? répondit la reine Margot en lui rendant regard pour regard.
Et en elle-même, elle pensa:
«Peut-être un coup de poignard… ou peut-être le trône de France.»
XVI L’ESCADRON VOLANT DE LA REINE
Dans les rues qui avoisinaient le Louvre, la foule de bourgeois et de peuple enfin libre de toute entrave s’était répandue avec des hurlements si féroces que les postes de chaque porte crurent prudent de relever les ponts-levis.
On ne sait ce qui fût arrivé dans cette journée si le temps ne se fut soudainement couvert et si une forte pluie d’orage n’eut engagé les Parisiens à rentrer chez eux.
Cependant, deux ou trois milliers des plus enragés reçurent stoïquement les averses en criant de plus belle:
– Vive la messe! Vive la messe!
Ce cri, les huguenots rassemblés dans le Louvre l’entendaient sans inquiétude; ils étaient les hôtes du roi de France, et il leur semblait impossible que le plus grand roi de la chrétienté manquât à ses devoirs d’hospitalité en les faisant malmener.
Ils étaient d’ailleurs parfaitement résolus à se défendre, et à défendre le roi lui-même. Beaucoup d’entre eux soupçonnaient la main de Guise dans toute cette effervescence populaire. Si les choses allaient plus loin, si Guise, dans un coup de folie, osait attaquer Charles IX, ils défendraient le roi et le maintiendraient sur le trône.
En effet, pour eux, Charles IX, c’était la paix assurée.
Guise, c’était la guerre, l’extermination.
Ils avaient donc une confiance sans borne dans l’hospitalité que Charles IX leur offrait, large, somptueuse, et s’inquiétaient peu des menaces qui grondaient autour du Louvre.
Mais la foule poussait aussi un autre cri que Catherine écoutait avec un sourire aigu.
À un moment, elle entraîna son fils Charles vers un balcon en lui disant:
– Sire, montrez-vous donc un peu à votre bon peuple qui vous acclame.
Charles IX parut sur le balcon. À sa vue, ce fut au dehors une sorte de rugissement furieux. Et cette rumeur éclata:
– Vive le capitaine général! Vive Guise!… Mort aux huguenots!
– Vous entendez, Sire? fit Catherine à l’oreille du roi. Il n’est que temps d’agir… si vous ne voulez que Guise agisse à votre place!
Charles IX eut un tressaillement de rage et de terreur. Une lueur sanglante s’alluma dans ses yeux. Il recula, rentra, et comme il se retournait vers l’intérieur de la salle, il vit venir Henri de Guise et l’amiral Coligny qui paraissaient au mieux ensemble et devisaient tranquillement de la campagne contre le duc d’Albe.
Charles IX les regarda tous les deux avec des yeux de fou. Et soudain il éclata de rire: ce rire atroce, funèbre, terrible, qui le secouait comme d’une convulsion mortelle.
Catherine de Médicis s’était éloignée lentement. Elle fit le tour des salles de fête. Sur son passage, les fronts se courbaient, un silence de respect et peut-être de terreur s’établissait…
Souriante, hautaine, toute raide dans les plis lourds et heurtés de la soie, elle passa.
Elle était plus jaune encore que d’habitude; c’était une statue d’ivoire en marche. On la vit s’arrêter devant une de ses demoiselles d’honneur; elle laissa tomber quelques mots, et continua son chemin: puis elle parla à une autre de ses demoiselles, puis à une autre; peut-être donnait-elle un mot d’ordre.
Enfin, elle se retira dans ses appartements, suivie par quatre de ses filles qui l’avaient escortée dans toutes ses évolutions.
Parmi ces quatre, se trouvait Alice de Lux.
Catherine pénétra dans ce vaste et somptueux cabinet que nous avons essayé de peindre. C’est là, parmi les chefs-d’œuvre entassés qui paraissaient lui procurer une sorte de surexcitation cérébrale, c’est là qu’elle se réfugiait lorsqu’elle avait à méditer sur de graves sujets. Sur un signe qu’elle fit, Alice seule la suivit.
– Mon enfant, dit la reine en prenant place dans son grand fauteuil, tandis qu’Alice avançait un coussin de velours sous ses pieds, mon enfant, vous ne quitterez pas le Louvre aujourd’hui, ou plutôt vous ne me quitterez pas…
– Cependant, madame…
– Oui, je sais ce que vous allez me dire: vous devez attendre le comte de Marillac ce soir à huit heures…
Alice jeta sur la reine un regard étonné. Catherine haussa les épaules.
– Est-ce que je ne sais pas tout? fit-elle avec bonhomie. Mais puisque nous allons nous séparer sans doute, je veux vous parler avec entière franchise: c’est Laura qui m’a prévenue. Cette bonne vieille Laura qui vous avait inspiré tant de confiance, eh bien, elle me tenait tous les jours au courant de ce que vous disiez et faisiez… À l’avenir, Alice, soyez prudente dans le choix de vos amies et de vos confidentes. Vous voyez combien je suis franche…
Alice demeurait atterrée, reprise par cette épouvante insurmontable que lui inspirait Catherine.
– Cette Laura est une laide créature, continua la reine; chassez-la dès demain… Mais pour en revenir à ce que je disais, je sais donc que vous avez donné rendez-vous au comte de Marillac pour ce soir, à huit heures. Il devait vous révéler un secret qu’il avait eu bien du mal à garder, le pauvre garçon!… Ce secret, je vais vous le dire: le comte devait vous conduire à minuit dans Saint-Germain-l’Auxerrois… savez-vous pourquoi?
– Non, madame, balbutia Alice.
– Enfant!… Je vous croyais plus perspicace… Eh bien, apprenez donc que j’ai tout fait préparer pour que votre union avec le comte soit couronnée ce soir…
La reine parlait avec une telle bonhomie qu’il était difficile de surprendre en elle une arrière-pensée. Et puis, pourquoi aurait-elle menti? N’avait-elle pas promis ce mariage à Alice pour prix de ses services?
L’espionne rougit et pâlit coup sur coup. Son cœur se dilata. Ses yeux se remplirent de larmes. Elle balbutia:
– Mais la lettre, madame…
– La lettre? ah! oui… eh bien?
– C’est ce soir qu’on devait me la remettre, fit Alice tremblante d’espoir.
[17] More, amor, principium, finis: la mort, l’amour, le début, la fin.