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La Reine Margot Tome II

Электронная книга - «La Reine Margot Tome II». Краткое содержание книги:

Sur fond de guerres sanglantes, de Saint Barthélémy ainsi que de la lutte entre Catherine de Médicis et Henri de Navarre, la première épouse de ce dernier, Marguerite de Valois, appelée la reine Margot, entretient des intrigues amoureuses notoires et violentes… Roman historique qui reste avant tout un roman, ce livre nous fait sentir l'atmosphère de cette époque et appréhender l'histoire de notre pays!
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– Oh! non, pas dans le ventre, tu lui volerais ses cinq cents écus; dans le bras.

– Ah! oui, dans le bras ce serait le perdre, pauvre cher homme! on verrait bien qu’il y a mis de la complaisance, et moi aussi. Non, non, dans le côté droit, en glissant adroitement le long des côtes: c’est un coup vraisemblable et innocent.

– Allons, va pour celui-là; ensuite…

– Ensuite tu barricades la grande porte avec des bancs tandis que nos deux princesses s’élancent de l’autel où elles sont cachées et que Henriette ouvre la petite porte. Ah! ma foi! je l’aime aujourd’hui Henriette, il faut qu’elle m’ait fait quelque infidélité pour que cela me reprenne ainsi.

– Et puis, dit La Mole avec cette voix frémissante qui passe comme une musique à travers les lèvres, et puis nous gagnons les bois. Un bon baiser donné à chacun de nous nous fait joyeux et forts. Nous vois-tu, Annibal, penchés sur nos chevaux rapides et le cœur doucement oppressé? Oh! la bonne chose que la peur! La peur en plein air, lorsqu’on a sa bonne épée nue au flanc, lorsqu’on crie hourra au coursier qu’on aiguillonne de l’éperon, et qui à chaque hourra bondit et vole.

– Oui, dit Coconnas, mais la peur entre quatre murs, qu’en dis-tu, La Mole? Moi, je puis en parler, car j’ai éprouvé quelque chose comme cela. Quand ce visage blême de Beaulieu est entré pour la première fois dans ma chambre, derrière lui dans l’ombre brillaient des pertuisanes et retentissait un sinistre bruit de fer heurté contre du fer. Je te jure que j’ai pensé tout aussitôt au duc d’Alençon, et que je m’attendais à voir apparaître sa vilaine face entre deux vilaines têtes de hallebardiers. J’ai été trompé et ce fut ma seule consolation; mais je n’ai pas tout perdu: la nuit venue, j’en ai rêvé.

– Ainsi, dit La Mole, qui suivait sa pensée souriante sans accompagner son ami dans les excursions que faisait la sienne aux champs du fantastique, ainsi elles ont tout prévu, même le lieu de notre retraite. Nous allons en Lorraine, cher ami. En vérité, j’eusse mieux aimé aller en Navarre; en Navarre, j’étais chez elle, mais la Navarre est trop loin, Nancy vaut mieux; d’ailleurs, là, nous ne serons qu’à quatre-vingts lieues de Paris. Sais-tu un regret que j’emporte, Annibal, en sortant d’ici?

– Ah! ma foi, non… par exemple. Quant à moi, j’avoue que j’y laisse tous les miens.

– Eh bien, c’est de ne pouvoir emmener avec nous le digne geôlier au lieu de…

– Mais il ne voudrait pas, dit Coconnas, il y perdrait trop: songe donc, cinq cents écus de nous, une récompense du gouvernement, de l’avancement peut-être; comme il vivra heureux ce gaillard-là, quand je l’aurai tué!… Mais qu’as-tu donc?

– Rien! Une idée qui me passe par l’esprit.

– Elle n’est pas drôle, à ce qu’il paraît, car tu pâlis affreusement.

– C’est que je me demande pourquoi on nous mènerait à la chapelle.

– Tiens! dit Coconnas, pour faire nos pâques. Voilà le moment, ce me semble.

– Mais, dit La Mole, on ne conduit à la chapelle que les condamnés à mort ou les torturés.

– Oh! oh! fit Coconnas en pâlissant légèrement à son tour, ceci mérite attention. Interrogeons sur ce point le brave homme que je dois éventrer incessamment. Eh! porte-clefs, mon ami!

– Monsieur m’appelle! dit le geôlier qui faisait le guet sur les premières marches de l’escalier.

– Oui, viens ça.

– Me voici.

– Il est convenu que c’est de la chapelle que nous nous sauverons, n’est-ce pas?

– Chut! dit le porte-clefs en regardant avec effroi autour de lui.

– Sois tranquille, personne ne nous écoute.

– Oui, monsieur, c’est de la chapelle.

– On nous y conduira donc à la chapelle?

– Sans doute, c’est l’usage.

– C’est l’usage?

– Oui, après toute condamnation à mort, c’est l’usage de permettre que le condamné passe la nuit dans la chapelle.

Coconnas et La Mole tressaillirent et se regardèrent en même temps.

– Vous croyez donc que nous serons condamnés à mort?

– Sans doute… mais vous aussi, vous le croyiez.

– Comment! nous aussi, dit La Mole.

– Certainement… si vous ne le croyiez pas, vous n’auriez pas tout préparé pour votre fuite.

– Sais-tu que c’est plein de sens ce qu’il dit là! fit Coconnas à La Mole.

– Oui… ce que je sais aussi, maintenant du moins, c’est que nous jouons gros jeu, à ce qu’il paraît.

– Et moi donc! dit le guichetier, croyez-vous que je ne risque rien?… Si dans un moment d’émotion monsieur allait se tromper de côté!…

– Eh! mordi! je voudrais être à ta place, dit lentement Coconnas, et ne pas avoir affaire à d’autres mains qu’à cette main, à d’autre fer que celui qui te touchera.

– Condamnés à mort! murmura La Mole, mais c’est impossible!

– Impossible! dit naïvement le guichetier, et pourquoi?

– Chut! dit Coconnas, je crois que l’on ouvre la porte d’en bas.

– En effet, reprit vivement le geôlier; rentrez, messieurs! rentrez!

– Et quand croyez-vous que le jugement ait lieu? demanda La Mole.

– Demain au plus tard. Mais soyez tranquilles, les personnes qui doivent être prévenues le seront.

– Alors embrassons-nous et faisons nos adieux à ces murs.

Les deux amis se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, et rentrèrent chacun dans sa chambre, La Mole soupirant, Coconnas chantonnant.

Il ne se passa rien de nouveau jusqu’à sept heures du soir. La nuit descendit sombre et pluvieuse sur le donjon de Vincennes, une vraie nuit d’évasion. On apporta le repas du soir de Coconnas, lequel soupa avec son appétit ordinaire, tout en songeant au plaisir qu’il aurait à être mouillé par cette pluie qui fouettait les murailles, et déjà il se préparait à s’endormir au murmure sourd et monotone du vent, quand il lui sembla que ce vent, qu’il écoutait parfois avec un sentiment de mélancolie qu’il n’avait jamais éprouvé avant qu’il fût en prison, sifflait plus étrangement que d’habitude sous toutes les portes, et que le poêle ronflait avec plus de rage qu’à l’ordinaire. Ce phénomène avait lieu chaque fois qu’on ouvrait un des cachots de l’étage supérieur et surtout celui d’en face. C’est à ce bruit qu’Annibal reconnaissait toujours que le geôlier allait venir, attendu que ce bruit indiquait qu’il sortait de chez La Mole.

Cependant cette fois, Coconnas demeura inutilement le cou tendu et l’oreille au guet.

Le temps s’écoula, personne ne vint.

– C’est étrange, dit Coconnas, on a ouvert chez La Mole et l’on n’ouvre pas chez moi. La Mole aurait-il appelé? serait-il malade? que veut dire cela?

Tout est soupçon et inquiétude comme tout est joie et espoir pour un prisonnier. Une demi-heure s’écoula, puis une heure, puis une heure et demie. Coconnas commençait à s’endormir de dépit, quand le bruit de la serrure le fit bondir.

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