La Reine Margot Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome II». Краткое содержание книги:
– Allons! tu raisonnes comme une folle. Je les ai, les trois cent mille écus.
– Toi?
– Oui, moi.
– Et comment te les es-tu procurés?
– Ah! voilà!
– C’est un secret?
– Pour tout le monde, excepté pour toi.
– Oh! mon Dieu! dit Marguerite souriant au milieu de ses larmes, les aurais-tu volés?
– Tu en jugeras.
– Voyons.
– Tu te rappelles cet horrible Nantouillet?
– Le richard, l’usurier?
– Si tu veux.
– Eh bien?
– Eh bien! tant il y a qu’un jour en voyant passer certaine femme blonde, aux yeux verts, coiffée de trois rubis posés l’un au front, les deux autres aux tempes, coiffure qui lui va si bien, et ignorant que cette femme était une duchesse, ce richard, cet usurier s’écria: «Pour trois baisers à la place de ces trois rubis, je ferais naître trois diamants de cent mille écus chacun!»
– Eh bien, Henriette?
– Eh bien, ma chère, les diamants sont éclos et vendus.
– Oh! Henriette! Henriette! murmura Marguerite.
– Tiens! s’écria la duchesse avec un accent d’impudeur naïf et sublime à la fois, qui résume et le siècle et la femme, tiens! j’aime Annibal, moi!
– C’est vrai, dit Marguerite en souriant et en rougissant tout à la fois, tu l’aimes beaucoup, tu l’aimes trop même. Et cependant elle lui serra la main.
– Donc, continua Henriette, grâce à nos trois diamants les trois cent mille écus et l’homme sont prêts.
– L’homme? quel homme?
– L’homme à tuer: tu oublies qu’il faut tuer un homme.
– Et tu as trouvé l’homme qu’il te fallait?
– Parfaitement.
– Au même prix? demanda en souriant Marguerite.
– Au même prix! j’en eusse trouvé mille, répondit Henriette. Non, non; moyennant cinq cents écus, tout bonnement.
– Pour cinq cents écus tu as trouvé un homme qui a consenti à se faire tuer?
– Que veux-tu! il faut bien vivre.
– Ma chère amie, je ne te comprends plus. Voyons, parle clairement; les énigmes prennent trop de temps à deviner dans la situation où nous nous trouvons.
– Eh bien, écoute: le geôlier auquel est confiée la garde de La Mole et de Coconnas est un ancien soldat qui sait ce que c’est qu’une blessure; il veut bien aider à sauver nos amis, mais il ne veut pas perdre sa place. Un coup de poignard adroitement placé fera l’affaire; nous lui donnerons une récompense, et l’État un dédommagement. De cette façon, le brave homme recevra des deux mains, et aura renouvelé la fable du pélican.
– Mais, dit Marguerite, un coup de poignard…
– Sois tranquille, c’est Annibal qui le donnera.
– Au fait, dit en riant Marguerite, il a donné trois coups tant d’épée que de poignard à La Mole, et La Mole n’en est pas mort; il y a donc tout lieu d’espérer.
– Méchante! tu mériterais que j’en restasse là.
– Oh! non, non, au contraire; dis-moi le reste, je t’en supplie. Comment les sauverons-nous, voyons?
– Eh bien, voici l’affaire: la chapelle est le seul lieu du château où puissent pénétrer les femmes qui ne sont point prisonnières. On nous fait cacher derrière l’auteclass="underline" sous la nappe de l’autel, ils trouvent deux poignards. La porte de la sacristie est ouverte d’avance; Coconnas frappe son geôlier qui tombe et fait semblant d’être mort; nous apparaissons, nous jetons chacune un manteau sur les épaules de nos amis; nous fuyons avec eux par la petite porte de la sacristie, et comme nous avons le mot d’ordre, nous sortons sans empêchement.
– Et une fois sortis?
– Deux chevaux les attendent à la porte; ils sautent dessus, quittent l’Île-de-France et gagnent la Lorraine, d’où de temps en temps ils reviennent incognito.
– Oh! tu me rends la vie, dit Marguerite. Ainsi nous les sauverons?
– J’en répondrais presque.
– Et cela bientôt?
– Dame! dans trois ou quatre jours; Beaulieu nous préviendra.
– Mais si l’on te reconnaît dans les environs de Vincennes, cela peut faire du tort à notre projet.
– Comment veux-tu que l’on me reconnaisse? Je sors en religieuse avec une coiffe, grâce à laquelle on ne me voit pas même le bout du nez.
– C’est que nous ne pouvons prendre trop de précautions.
– Je le sais bien, mordi! comme dirait le pauvre Annibal.
– Et le roi de Navarre, t’en es-tu informée?
– Je n’ai eu garde d’y manquer.
– Eh bien?
– Eh bien, il n’a jamais été si joyeux, à ce qu’il paraît; il rit, il chante, il fait bonne chère, et ne demande qu’une chose, c’est d’être bien gardé.
– Il a raison. Et ma mère?
– Je te l’ai dit, elle pousse tant qu’elle peut le procès.
– Oui, mais elle ne se doute de rien relativement à nous?
– Comment voudrais-tu qu’elle se doutât de quelque chose? Tous ceux qui sont du secret ont intérêt à le garder. Ah! j’ai su qu’elle avait fait dire aux juges de Paris de se tenir prêts.
– Agissons vite, Henriette. Si nos pauvres captifs changeaient de prison, tout serait à recommencer.
– Sois tranquille, je désire autant que toi de les voir dehors.
– Oh! oui, je le sais bien, et merci, merci cent fois de ce que tu fais pour en arriver là.
– Adieu, Marguerite, adieu. Je me remets en campagne.
– Et tu es sûre de Beaulieu?
– Je l’espère.
– Du guichetier?
– Il a promis.
– Des chevaux?
– Ils seront les meilleurs de l’écurie du duc de Nevers.
– Je t’adore, Henriette. Et Marguerite se jeta au cou de son amie, après quoi les deux femmes se séparèrent, se promettant de se revoir le lendemain et tous les jours au même lieu et à la même heure. C’étaient ces deux créatures charmantes et dévouées que Coconnas appelait avec une si saine raison ses boucliers invisibles.
XXVI Les juges
– Eh bien, mon brave ami, dit Coconnas à La Mole, lorsque les deux compagnons se retrouvèrent ensemble à la suite de l’interrogatoire où, pour la première fois, il avait été question de la figure de cire, il me semble que tout marche à ravir et que nous ne tarderons pas à être abandonnés des juges, ce qui est un diagnostic tout opposé à celui de l’abandon des médecins; car lorsque le médecin abandonne le malade, c’est qu’il ne peut plus le sauver; mais, tout au contraire, quand le juge abandonne l’accusé, c’est qu’il perd l’espoir de lui faire couper la tête.
– Oui, dit La Mole; il me semble même qu’à cette politesse, à cette facilité des geôliers, à l’élasticité des portes, je reconnais nos nobles amies; mais je ne reconnais pas M. de Beaulieu, à ce qu’on m’avait dit, du moins.
– Je le reconnais bien, moi, dit Coconnas; seulement cela coûtera cher; mais, baste! l’une est princesse, l’autre est reine; elles sont riches toutes deux, et jamais elles n’auront occasion de faire un si bon emploi de leur argent. Maintenant, récapitulons bien notre leçon: on nous mène à la chapelle, on nous laisse là sous la garde de notre guichetier, nous trouvons à l’endroit indiqué chacun un poignard; je pratique un trou dans le ventre de notre guide…