Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– C’est très curieux, cela! fit l’adjoint Livry.
– Très curieux! répéta le beau parleur qui échangeait, ma foi, des regards avec l’huissière.
Le voyageur taciturne prit dans sa poche avec gravité un crayon et du papier, sur lequel il écrivit une douzaine de mots.
– C’est un poète! murmura l’homme éloquent d’un ton moqueur. L’adjoint répondit sérieusement:
– Monsieur, ça ne me surprend pas: nous en avons plusieurs dans ce pays-ci.
IX Cocotte et Piquepuce
Aucun regard indiscret n’essaya de déchiffrer la poésie du voyageur taciturne. La chose certaine, c’est qu’il écrivait parfaitement à tâtons et que c’est là talent de poète.
– Autre chanson! poursuivit Adolphe qui s’animait à décrire son système de précautions: j’ai supposé les portes ouvertes, mais minute! Pour ouvrir celle de la rue, il faut le concierge qui est un ancien gendarme, et dont le fils est tambour dans ma compagnie. C’est solide comme du fer. La porte de mon antichambre, sur le carré, a trois serrures, dont deux à secret, et deux verrous de sûreté, le tout fourni par la maison Berthier. Dans mon antichambre, il y a le lit de Médor. Je n’ai pas connu Cerbère, mais je n’aurais pas parié pour lui contre Médor. On l’entend aboyer de la caisse, comme s’il était sous la table; pourquoi? Parce qu’il y a deux judas acoustiques, pratiqués par mes soins. Hé! hé! mauvais pour Cartouche! La porte du salon s’ouvre au loquet et n’est défendue que par un quadruple verrou, mais celle de la caisse est une fermeture Berthier à pênes croisés et à double secret. Devant la porte, il y a une grille qui coupe la chambre en deux, et la caisse elle-même, un vrai monument, est à défense et à surprise, comme l’ancien carillon du pont Neuf. J’en ai la clef pendue au cou, nuit et jour, à poste fixe. Mazette! pauvre Mandrin! Je couche d’un côté de la caisse, la chambre de Madame est de l’autre, et notre garçon, un mâle, je l’ai choisi pour ça, dort entre nous deux. Madame a ses pistolets, moi les miens, et le garçon deux paires. Hein! les Habits Noirs! Quant aux fenêtres, fermées comme des devantures de boutiques, quatre barres à chacune. Toutes les cheminées ont des grilles. Nous ne craignons que la bombe!
– Seigneur Dieu! dit l’huissière, autant vivre chez les Bédouins!
– Nous sommes bien heureux dans ce pays-ci! appuya l’adjoint. Quelle galère!
– Monsieur, ajouta le beau parleur, s’est bâti un château fort au milieu de la Forêt-Noire!
Le mot fut généralement approuvé. Céleste, dont les lourdes paupières se fermaient, reçut un quinzième avertissement au sujet du poisson. Ce diable de muet continuait d’écrire à l’aveuglette.
– Écoutez donc! Écoutez donc! reprit Adolphe. Je ne suis pas un âne, mais je porte des reliques. Diable! j’ai les dépôts, le portefeuille courant et les espèces. J’ai eu chez moi la fortune du vieux colonel Bozzo, le grand-père de la comtesse Corona, et je ne vous en souhaite pas davantage. Dans quelques jours, j’aurai, avec notre fin de mois, la dot de Mlle Blanche… Eh! eh! feu Lacenaire n’aurait pas donné pour deux ou trois millions comptant l’affaire qu’on pourrait traiter avec moi, ce jour-là, à coups de couteau!
Cette allusion au mariage de la fille unique de l’opulent banquier changea subitement le cours de l’entretien. Chacun glosa. Le baron Schwartz n’était pas très aimé dans ce pays-ci, selon l’expression favorite de l’adjoint Tourangeau, mais on s’intéressait énormément à ses moindres actions. Quoique la jolie Blanche sortît à peine de l’enfance, ses deux millions de dot avaient produit leur effet: on ne donnait que la moitié aux filles du roi Louis-Philippe. Deux millions! Il avait été question d’un duc. Voyez-vous cela! un duc pour l’héritière de cet Alsacien, né sous un chou de Guebwiller! Il avait été question du neveu d’un ministre et question aussi d’un filleul de la cour. Deux millions.
Cependant, on disait: «Faut-il qu’un duc ait besoin!»
– Allez, il y en a qui ne sont pas à leur aise!
Mais qui remplaçait le duc, le neveu du ministre et le filleul de la cour? M. Champion nomma M. Lecoq avec emphase.
Vous vous attendez peut-être à voir ce nom ultra-bourgeois suivi d’un désappointement général… Erreur! Il y eut au contraire un de ces silences qui dénoncent un grand effet produit. Nul ne demanda ce qu’était M. Lecoq. On doit croire que chacun, ici, le connaissait au moins de réputation. L’adjoint toussa, l’huissière déploya son splendide foulard. Céleste tint ferme le poisson. Le taciturne remit en poche son papier avec son crayon. Le beau parleur seul murmura:
– Il y a de drôles d’animaux, dans la forêt de Paris!
Il disait vrai; forêt ou non, Paris renferme les plus curieuses individualités qui soient au monde. Leur nom ne dit rien en soi: c’est la plupart du temps un nom innocent. Martin, Guichard ou Lecoq. Mais la gloire, doublée de mystère, peut donner aux plus vulgaires syllabes une foudroyante sonorité. Le nom de Lecoq était dans ce cas sans doute, car il produisit l’effet du quos ego de Virgile. La conversation, frappée d’un coup de massue, tomba et ne se releva point.
Sur l’impériale, Échalot et Similor, Arcades ambo, dialoguaient l’églogue sentimentale de leurs rêves. C’étaient deux douces natures, pleines d’illusions enfantines et capables, peut-être de bien faire, à la rigueur. Ils ne demandaient qu’à travailler; seulement, ils voulaient choisir leur travail, attirés qu’ils étaient par une vocation commune et irrésistible vers cette chimère qui affole Paris et qui a nom la liberté. La liberté, comme ils l’entendent, consiste à ne pas subir le joug d’un métier. Ils se désignent eux-mêmes sous le vague nom d’artistes. Artiste de quel art? Ils l’ignorent et peu importe. Ils vivent et meurent, tristes comiques du grand drame parisien.
Ils voulaient faire des affaires, ils voulaient parvenir, et si modeste, si burlesque même que fût le but de leur ambition, ils n’avaient rien de ce qu’il faut pour l’atteindre. Ils allaient, poursuivant je ne sais quel idéal si extravagant, si impossible, que le lecteur ne le devinera pas sans un peu d’aide.