Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Entre onze heures et minuit, Michel vous avait de ces imaginations naïvement ingénieuses que n’eût point désavouées la poésie toute parisienne de Similor. Il lui était arrivé de s’éveiller en sursaut au seuil du château de ses pères. Il riait alors, car il était du siècle et savait railler sa propre conscience, mais il ne riait pas de bon cœur. Les tristes murailles de sa chambrette, éclairées par un rayon de lune ou par cette lueur qu’envoyait la lampe des voisines, lui sautait aux yeux comme une condamnation.
J’ai dit la lampe des voisines; quoique la vieille malade fût seule en ce moment, les voisines étaient deux. La malade avait une fille, et ce n’était pas la mère qui veillait, d’ordinaire, le plus avant dans la nuit.
La lampe était pour beaucoup dans les rêves ambitieux de Michel. À vingt ans, ce n’est jamais pour soi-même seulement qu’on dore un blason imaginaire.
Par-dessus cette cour étroite et humide, d’une fenêtre à l’autre, des sourires allaient et venaient. Et que de fois Michel avait oublié la marche du temps, passant des heures charmantes à épier le travail ardu de la jeune fille!
C’était encore un roman, hélas! un poème, plutôt, tout plein de tendresses pures, d’humbles et chères promesses, d’espoirs enchantés, de craintes et de remords. Quoi! des remords! Déjà des remords à propos de ce front de jeune fille que ses cheveux blonds, opulents, mais légers, couronnaient comme une gloire! Des remords vis-à-vis de ce regard bleu, profond, candide, où se reflétaient tour à tour les joies et la mélancolie de l’ange! Entendons-nous: les remords étaient à Michel et n’appartenaient qu’à lui.
La fière et douce enfant connaissait les larmes, mais son cœur pouvait se révéler sans crainte.
Michel n’était pas un ange; tous ses rêves n’allaient pas à l’amour. Il aimait avec grandeur, car c’était une âme vaillante, un lion de ces halliers parisiens où tant de petits gibiers trottinent; mais il avait d’autres passions aussi, d’autres besoins, d’autres destins peut-être.
Vingt ans, l’âge précis où le bouton de l’adolescence fleurit pour s’appeler jeunesse, un visage grec aux lignes correctes et fermes, la pâleur des précoces, le regard des lutteurs qui dédaignent l’heure présente, sûrs qu’ils sont de l’avenir victorieux.
Une taille haute, un port noble et je ne sais quelle suprême éloquence narguant l’injure de la misère; du charme, un charme exquis, pourrait-on dire, arrivant à des douceurs presque féminines, mais se heurtant à de soudaines duretés, comme s’il y avait eu deux âmes sous cette juvénile enveloppe; de la loyauté mêlée à quelque défiance diplomatique; une chaleur native, une réserve apprise: toutes ces nuances se croisaient en notre Michel, marque double et caractéristique de deux causes dont la première n’a qu’un nom: nature, mais dont la seconde, suivant les points de vue divers où l’on se place, peut s’appeler la chute ou la conquête.
À quelque chose malheur est bon, dit le proverbe; serait-il vrai qu’on puisse gagner peu ou beaucoup en tombant?
Selon l’histoire ancienne, les amazones se faisaient tailler le sein droit; les ténors d’Italie se font arracher les notes graves; les coureurs de profession jettent leur rate aux chiens: pourquoi garder ces objets qui gênent? À Paris, à tous les coins de rue, vous trouverez des chirurgiens qui vous couperont le cœur.
Michel, notre héros, avait gardé son cœur; ses amis prétendaient même que c’était un grand cœur. Les cahots de la route l’avaient bien meurtri çà et là, et la malaria de Paris faisait ce qu’elle pouvait pour mettre la gangrène égoïste dans le vif de ces blessures.
Michel se souvenait vaguement, mais vivement, d’avoir été un petit enfant heureux, choyé, gâté, dans une maison tranquille où son père et sa mère, un beau jeune homme et une douce jeune femme, s’aimaient. Où était cette maison? Il ne savait; la lui eût-on montrée, il n’eût point su probablement la reconnaître, tant l’image était confuse et l’impression lointaine. Le jeune homme et la jeune femme n’avaient pas pour lui d’autre nom que maman et papa. Il les voyait encore au travers d’un nuage ou d’un rêve: la mère brodant et souriant, le père occupé à un travail manuel que Michel n’aurait pas su définir, mais qui noircissait les doigts et mettait de la sueur au front. À son estime, il pouvait avoir trois ans quand prit fin brusquement cette période de son existence. Il y eut un jour un grand tumulte dans la maison, des terreurs, du bruit, des larmes. Ceci se passait dans une ville de province, car Michel se souvenait d’une étroite rivière et d’un vieux pont lézardé, bien plus petit que ceux de Paris.
Nul chagrin, du reste; point de larmes, car la rude et bonne figure de sa nourrice souriait près de son berceau. Celle-là, il l’eût reconnue. Elle lui disait: «Ils reviendront.» Une femme en deuil vint en effet; était-ce sa mère?
Une nuit, il eut peur, parce qu’une carriole l’emportait cahotant par les chemins. Et il ne revit plus sa nourrice.
Tout cela était en lui comme la trace confuse d’un songe.
Ses souvenirs plus précis s’éveillaient dans une riche campagne normande: de larges moissons, des prés verts où les bestiaux fainéants se vautraient dans l’herbe humide et haute; une ferme basse d’étage avec une cour énorme où il vit pour la première fois battre le blé: riante fête. Ici se présentait pour lui un détail qu’il sentait mieux que nous ne pourrons l’exprimer. Il lui semblait qu’au début de son séjour dans la ferme, car ce fut là qu’il grandit, on le traitait en fils de la maison, mieux que cela, même, en pensionnaire qui apporte une richesse au logis; puis, peu à peu, les choses changèrent, et, à huit ans, il se voyait petit domestique de labour, employé sans façon aux plus infimes besognes. En somme, le père Péchet et sa femme étaient de braves gens; le bonhomme racontait, le soir, au coin du feu, ses procès, comme un vieux soldat radote ses campagnes, et la bonne femme, quand elle avait bu sa ch’pine de cidre dur, pouvait dormir! trois heures durant sans cesser de tourner son rouet ni de filer sa quenouille.
XI Première aventure
En ce temps-là, Michel n’avait ni regrets ni désirs; ce fut plus tard seulement que naquirent ces vagues souvenirs de sa petite enfance. La tranquille vallée où était la ferme, et le coteau charmant, que l’église coiffait de son clocher, formaient pour lui tout l’univers; il excellait à tresser les fouets de corde et ces bandes dentelées qui font les chapeaux de paille; au printemps, il tombait droit sur les nids de fauvette, comme un chien sur une piste. Le bonhomme et la bonne femme Péchet ne le faisaient pas plus travailler qu’il ne fallait pour l’éreinter; on ne lui reprochait pas trop durement le pain qu’il mangeait, et ceux du bourg convenaient déjà qu’il était un beau petit gars.
La ferme faisait partie d’un domaine considérable que la révolution n’avait point morcelé et qui appartenait à un très vieux gentilhomme, vivant à Paris. Le vieux gentilhomme vint à mourir sans postérité: un demi-cent d’héritiers normands s’abattirent aussitôt sur son héritage et les tribunaux ordonnèrent la mise en vente du domaine. C’est le moment où prennent leur vol ces corbeaux mangeurs de châteaux, qu’on appelle la bande noire.
Arrivèrent de Paris, à la queue leu leu, quinze ou vingt iconoclastes patentés, bien élevés, bien couverts, pour tâter le bon vieux domaine et voir un peu par quels joints on pourrait le dépecer proprement. Il y avait dans le pays peu de logis convenables pour abriter de si galants seigneurs.