Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Vous êtes léger dans vos paroles, monsieur, devant les dames! Ces huissières le sont parfois dans leurs actions. Mme Blot, de Vaujours, n’eut pas pour elle la majorité qui protesta:
– Mais non, mais non! C’est amusant cette machine-là! allez toujours!
– Et voyez, en revanche, combien de ressemblances! Les loups abondent…
– Tous réfugiés à Paris, les loups!
– Monsieur, dit Tourangeau, je serais flatté de votre connaissance, si vous achetiez quelque chose dans ce pays-ci.
– Dans une forêt, il faut des gardes-chasses: nous avons les sergents de ville…
– Et les braconniers!
– Et les chiffonniers qui ramassent le bois mort!
– Et les Anglais touristes comme à Fontainebleau!
– Il s’exprime avec élégance, ce monsieur Adolphe, dit Céleste. C’est un homme bien.
Adolphe répondit:
– Trop bavard. Tiens bien le poisson!
– Quant aux bandits eux-mêmes, reprit le voyageur éloquent, quelle forêt peut se vanter d’une collection pareille à celle de Paris? On parle de Sénart, de Villers-Cotterêts. C’est une pitié! La forêt de Paris les mettrait dans sa poche!… Jolie société! Vous souvenez-vous, mesdames, de la bande Monrose?
– Ah! le coquin, s’écria Céleste. C’était à l’époque de mon mariage. Adolphe pêchait moins souvent.
– Le poisson! dit M. Champion; prends garde!
– Et les Nathan! poursuivit l’érudit voyageur. Côté des dames: Ninette et Rosine! Nous avons un auteur qui fait ces choses-là bien adroitement: M. de Balzac: lisez Vautrin. Il doit avoir quelque bonne connaissance au fond des taillis… Toujours côté des dames: Lina Mondor; voilà une dégourdie! et Clara Wendell on fait des drames là-dessus; ça flatte beaucoup ces gens-là quand on les met au théâtre… Mais c’est depuis Louis-Philippe que la forêt se peuple. Vertubleu! en 1833, la bande Garnier, soixante-quinze d’un coup. La bande Châtelain: les casse-tête et les chaussons de lisière pour ne pas faire de bruit sur le pavé.
– Il y a deux hommes en haut avec des chaussons de lisière! interrompit Mme Champion.
– Elle fait preuve, à chaque instant, d’un véritable esprit d’observation, dit Adolphe. Ne lâche pas le poisson!
L’adjoint fouillait sa mémoire, car il était bien jaloux du voyageur discret.
– Il y a la bande Hug! accoucha-t-il.
– Les cinquante-cinq, égrena l’huissière, la bande Chivat, la bande Jamet, la bande Dagory.
L’homme taciturne éternua. C’était le premier bruit qu’il faisait. Il mit la main à sa poche pour atteindre son mouchoir et resta tout penaud: le mouchoir était absent.
– Vous l’aurez perdu, monsieur, lui dit l’adjoint, car il n’y a pas de voleurs dans ce pays-ci.
Nous n’irons pas jusqu’à dire comment on se mouche quand on n’a plus de mouchoir. Le voyageur muet en fut réduit à cette extrémité. Les deux dames sourirent; la rentière développa un vaste foulard tout neuf, et Céleste dit:
– Adolphe, donne-moi le mien.
Ce que fit Adolphe, à condition qu’elle prît garde au poisson. L’espèce humaine est cruelle. La voiture entière se moucha. Le voyageur silencieux ne parut pas humilié. L’inconnu à la langue bien pendue continuait:
– Hein! quelle forêt! Soixante-treize condamnations pour la bande Carpentier! Et, pour parler d’hier seulement, Courvoisier, Mignard, Gauthier, Souque, Chapon qui menait plus de deux cents soldats à la bataille, les escarpes de Poulmann, les Vanterniers de Marchetti… Et ceux qui ne sont pas encore sous la main de la justice, la plus belle bande de toutes: ces fameux Habits Noirs, qui ont leurs soldats dans la fange des bas quartiers et leurs généraux dans les plus hautes régions sociales…
– Le journal n’en dit rien, interrompit la rentière…
– C’est défendu, crainte d’effrayer le commerce. La vérité, c’est qu’ils travaillent en grand et que la police n’y voit que du feu!
– On dit qu’ils sont protégés de haut…
– Et que la justice a peur d’eux!
– Comment comment! s’écria Mme Champion, qui écoutait bouche béante; mais savez-vous que ça fait frémir?
– Quand on me payerait, déclara M. Tourangeau, je n’habiterais pas ce Paris!
Adolphe se permit de hausser les épaules.
– Je suis sous-caissier, dit-il avec cette importance sereine qui le rendait si cher à Céleste, sous-caissier principal, et comme notre caissier en chef est un gentilhomme qui la passe douce, c’est moi qui ai toute la responsabilité. Moi seul et c’est assez! Attention au poisson! Notre maison, vous le savez, est une des plus conséquentes de la capitale. Nous habitons un quartier désert, et qui passe pour être assez dangereux: notez ces diverses circonstances. Parmi les causes célèbres que vous venez d’énumérer, le nom de la rue d’Enghien a plus d’une fois retenti dans l’enceinte de la justice criminelle. Ça ne fait rien. Prenez un homme intelligent, instruit, prudent, adroit et courageux; il réussira dans la comptabilité comme dans l’art de la pêche, qui adoucit sensiblement les mœurs, comme la musique. À l’Opéra, ça rocaille, hein? Je ne l’aime qu’entremêlée agréablement à un vaudeville qu’elle sait égayer par des airs connus… Pardon! J’ai la parole… Je disais donc que je me moque des bandes, moi, comme de l’an quarante. Il n’y a pas plus fin que le poisson, qui doit ses instincts à la nature. Celui qui s’adonne depuis longtemps à la pêche, le poisson lui enseigne mille ruses innocentes qu’il apporte dans sa vie privée. Je mettrais au défi Mandrin, Cartouche ou même ces Habits Noirs dont vous parlez de me piquer, seulement un rouleau de mille dans mon entresol…
– Oh! oh! s’écria l’adjoint de Livry, heureusement qu’ils ne sont pas là pour vous répondre!
– Devant eux, reprit finement Adolphe, je ne communiquerais pas les détails que je vais donner librement entre gens comme il faut. Soutiens le poisson, madame Champion… Nous voici à Bondy, tenez!
La voiture venait de s’arrêter. Deux ou trois malheureux se présentèrent avec leurs paniers, mais le terrible mot Complet! tomba de la niche du conducteur, à qui la servante du cabaret apporta ce verre d’eau-de-vie que tout conducteur sachant son métier siffle pour aider les chevaux à souffler.
Échalot et Similor chantaient sur l’impériale; on convint d’éviter leur contact à l’arrivée, parce qu’ils portaient des chaussons de lisières.
Ces histoires de voleurs laissent toujours quelque chose dans l’esprit des plus intrépides. Céleste, qui tenait les goujons à bout de bras pour conserver leur fraîcheur, demanda humblement qu’on entrouvrît enfin une portière, mais l’huissière se souvenait de son pauvre Blot, qui abhorrait les courants d’air.
– Je ne renonce pas à la parole, reprit Anatole aussitôt que la voiture marcha de nouveau. Ce que j’ai à dire contient des enseignements utiles, et je constate en passant que si, depuis plusieurs années, je travaille à fonder la société des pêcheurs à la ligne du département de la Seine, c’est que j’ai l’espoir d’introduire ainsi, dans la capitale, ma patrie, un élément nouveau d’ordre et de civilisation. Je suis officier de la garde civique. Vous parlez de forêt; nous veillons. Passez en paix… Pour ceux que je n’ai pas l’honneur de connaître ici, j’occupe l’entresol de l’hôtel Schwartz, rue d’Enghien, 19, à Paris, concurremment avec le caissier des titres: cela fait deux intérieurs distincts. Mais il ne s’agit pas de cela. J’ai dit que je défiais Mandrin et Cartouche. J’y ajoute Poulaillier, Barrabas et Lacenaire. Je suis comme ça. Voilà mes armes, je n’en fais pas mystère: d’abord j’ai une maison de campagne où je ne couche jamais; c’est le domicile de mes lignes; les trois quarts et demi des malheurs viennent de cette faiblesse qu’ont les bourgeois de Paris de coucher à la campagne. La porte de l’hôtel Schwartz ne peut s’ouvrir sans qu’un timbre sonne dans mon antichambre. C’est gênant, à cause du grand mouvement qu’il y a dans la maison, mais cela donne un premier éveil qui défend toute espèce de surprise. Un second timbre, communiquant avec la porte de mon antichambre, sonne dès que celle-ci s’ouvre; second éveiclass="underline" le premier veut dire: «Garde à vous!», le second: «Portez armes!» Ce n’est pas tout: un troisième timbre battant tout contre mon oreille, dans la ruelle de mon lit, tinte aussitôt que la porte de mon salon est touchée. Messieurs, mesdames, le premier timbre m’a mis sur mon séant, le second sur mes pieds, le troisième me crie: «Champion, défends les diverses valeurs confiées à ta vigilance!»