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Les robots de l'aube [The Robots of Dawn - fr]

Электронная книга - «Les robots de l'aube [The Robots of Dawn - fr]». Краткое содержание книги:

Quand Elijah Baley, le célèbre agent de la Sûreté interplanétaire, arrive sur Aurora, il pressent qu’il va au-devant de sa plus difficile et périlleuse mission. Impossible pourtant de se récuser : le statut de la Terre en dépend, et le destin futur de l’Univers.
Il s’agit pour lui de découvrir qui, pour la première fois dans la Galaxie, s’est rendu coupable du meurtre de Jander Panell, le robot positronique le plus sophistiqué jamais créé, et qui atteignait un degré d’« humanité » très supérieur à tout ce que le Dr Susan Calvin aurait pu imaginer.
D’autres découvertes stupéfiantes attendent Elijah Baley sur Aurora, une planète dont les rites sexuels comportent peu de tabous et où il n’est pas interdit à une femme de s’éprendre follement d’un robot…
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Vasilia examina l’expression de Baley et s’écria, avec une joie féroce :

— J’en étais sûre ! Il vous en a parlé. Alors il a dû vous dire qu’il ne s’intéressait aux robots que dans la mesure où ils pourraient lui faire comprendre le cerveau humain. Il ne s’intéresse aux robots humaniformes que dans la mesure où ils pourraient le rapprocher encore plus du cerveau humain… Oui, il vous a dit cela aussi, je le vois.

 » La théorie fondamentale qui a rendu possible les robots humaniformes est venue, j’en suis absolument certaine, de ses tentatives de comprendre le cerveau humain. Il tient à cette théorie comme à sa propre vie et il ne la fera jamais connaître à personne, parce qu’il veut résoudre seul le problème du cerveau humain pendant les deux ou trois siècles qui lui restent à vivre. Tout est subordonné à cela. Moi incluse, indiscutablement.

Baley, cherchant à remonter le courant de ce déferlement de fureur, demanda à voix basse :

— En quoi est-ce que cela vous « incluait », docteur Vasilia ?

— Quand je suis née, j’aurais dû être placée, avec d’autres de mon espèce, chez des professionnels qui savent comment s’occuper des bébés. Je n’aurais pas dû être laissée seule, confiée à un amateur, père ou non, savant ou non. Le Dr Fastolfe n’aurait pas dû être autorisé à soumettre une enfant à un tel environnement et on ne l’aurait jamais permis à quiconque d’autre. Pour cela, il a tiré profit de tout son prestige, de toutes les faveurs qu’on lui devait, il a persuadé les plus hautes personnalités qu’il en était capable, jusqu’à ce qu’enfin il me contrôle seul.

— Il vous aimait, marmonna Baley.

M’aimait ? N’importe quel bébé aurait fait l’affaire, mais il n’en avait pas d’autre à sa disposition. Ce qu’il voulait, c’était un enfant grandissant en sa présence, un cerveau en plein développement. Il voulait se livrer à une étude approfondie des modalités de ce développement, de sa manière de s’épanouir. Il voulait un cerveau humain sous sa forme la plus simple, devenant plus complexe, afin de l’étudier en détail. Dans ce dessein, il m’a soumise à un environnement anormal et à une expérimentation subtile, sans aucun égard pour moi en tant qu’être humain.

— Je ne puis le croire. Même s’il s’intéressait à vous comme sujet d’expérience, cela ne l’empêchait pas de vous aimer sur le plan humain.

— Non ! Vous parlez en Terrien. Sur la Terre il y a peut-être quelque considération pour les rapports biologiques. Ici, il n’y en a pas. J’étais pour lui un sujet d’expérience, un point c’est tout.

— Quand bien même cela aurait été vrai pour commencer, le Dr Fastolfe n’a pu s’empêcher d’apprendre à vous aimer… vous, petit objet sans défense abandonné à ses soins. Même sans le moindre rapport biologique, même si vous aviez été un animal, disons, il aurait appris à vous aimer.

— Ah vraiment ? s’exclama-t-elle amèrement. Vous ne connaissez pas la force de l’indifférence, chez un homme comme le Dr Fastolfe. Si, pour les besoins de son étude, il avait eu besoin de me faire mourir, il n’aurait pas hésité une seconde.

— C’est ridicule ! Voyons, docteur Vasilia, il vous a traitée avec tellement de bonté et de considération que vous en avez éprouvé de l’amour. Je le sais. Vous… Vous vous êtes offerte à lui.

— Il vous a dit ça, hein ? Oui, ça ne m’étonne pas. Pas un instant, même aujourd’hui, il ne prendrait la peine de se demander si une telle révélation ne serait pas embarrassante pour moi. Je me suis offerte à lui, oui, et pourquoi pas ? Il était le seul être humain que je connaissais vraiment. Superficiellement, il était gentil avec moi et je ne comprenais pas son dessein réel. Il était pour moi un objectif naturel. Et puis il s’était aussi fort bien appliqué à me faire connaître la stimulation sexuelle dans des conditions contrôlées ; des contrôles qu’il avait organisés lui-même. C’était inévitable qu’un jour je me tourne vers lui. Je le devais bien, puisqu’il n’y avait personne d’autre. Mais il a refusé.

— Et, pour cela, vous l’avez détesté.

— Non ! Pas au début. Pas pendant des années. Même si mon développement sexuel en a été compromis, avec des résultats dont je souffre encore, je ne lui reprochais rien. J’étais trop ignorante. Je lui trouvais des excuses. Il avait trop à faire. Il avait les autres. Il avait besoin de femmes plus âgées. Vous seriez stupéfait de l’ingéniosité que je déployais à trouver des raisons à son refus. C’est seulement bien des années plus tard que j’ai compris que quelque chose n’allait pas, que j’ai réussi à aborder la question ouvertement, face à face. Je lui ai demandé pourquoi il m’avait refusée, je lui ai dit qu’en acceptant il aurait pu me mettre sur la bonne voie, tout résoudre…

Elle s’interrompit, la gorge serrée, et resta un moment une main sur les yeux. Baley attendit, pétrifié de gêne. Les robots étaient impassibles (incapables sans doute, pensa Baley, de ressentir une quelconque variation dans leurs circuits positroniques qui produirait une sensation comparable de près ou de loin à la gêne humaine).

Le Dr Vasilia reprit, plus calmement :

Il a éludé la question, aussi longtemps qu’il l’a pu, mais je revenais sans cesse à la charge. « Pourquoi m’as-tu refusée ? Pourquoi m’as-tu refusée ? » Il n’hésitait pas à se livrer à des pratiques sexuelles. J’étais au courant de plusieurs occasions… Je me souviens que je me suis demandé s’il préférait les hommes. Quand les enfants ne sont pas en cause, les préférences personnelles dans ce domaine sont sans importance, et certains hommes peuvent ne pas trouver les femmes à leur goût ou vice versa. Mais ce n’était pas le cas de cet homme que vous appelez mon père. Il aimait les femmes, parfois les jeunes femmes, aussi jeunes que je l’étais quand je me suis offerte la première fois. « Pourquoi m’as-tu refusée ? » Il a fini par me répondre, et je vous laisse deviner quelle était cette réponse !

Elle se tut et attendit, l’air ironique.

Baley, mal à l’aise, changea de position et marmonna :

— Il n’aimait pas faire l’amour avec sa fille ?

— Ah, ne soyez pas stupide ! Qu’est-ce que ça peut faire ? Compte tenu que pratiquement aucun homme d’Aurora ne sait qui est sa fille, en faisant l’amour avec n’importe quelle femme de vingt ans plus jeune que lui il risquerait… Mais peu importe, c’est l’évidence même. Non, non, ce qu’il m’a répondu, et je me rappelle chaque mot, oh oui ! c’est ceci : « Petite idiote, si j’avais ce genre de rapports avec toi, comment pourrais-je conserver mon objectivité et à quoi me servirait mon étude de toi ? »

 » A ce moment, voyez-vous, j’étais au courant de son intérêt pour le cerveau humain. Je marchais même sur ses traces et je devenais une roboticienne par moi-même. Je travaillais en ce sens avec Giskard et je faisais des expériences avec sa programmation. Je m’y prenais très bien, n’est-ce pas, Giskard ?

— En effet, Petite Miss.

— Mais je voyais bien que cet homme que vous appelez mon père ne me considérait pas comme un être humain. Il préférait me voir désaxée pour la vie plutôt que de renoncer à son objectivité. Ses observations étaient plus importantes pour lui que ma normalité. A partir de ce moment, j’ai compris ce que j’étais et ce qu’il était et j’ai fini par le quitter.

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