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Les robots de l'aube [The Robots of Dawn - fr]

Электронная книга - «Les robots de l'aube [The Robots of Dawn - fr]». Краткое содержание книги:

Quand Elijah Baley, le célèbre agent de la Sûreté interplanétaire, arrive sur Aurora, il pressent qu’il va au-devant de sa plus difficile et périlleuse mission. Impossible pourtant de se récuser : le statut de la Terre en dépend, et le destin futur de l’Univers.
Il s’agit pour lui de découvrir qui, pour la première fois dans la Galaxie, s’est rendu coupable du meurtre de Jander Panell, le robot positronique le plus sophistiqué jamais créé, et qui atteignait un degré d’« humanité » très supérieur à tout ce que le Dr Susan Calvin aurait pu imaginer.
D’autres découvertes stupéfiantes attendent Elijah Baley sur Aurora, une planète dont les rites sexuels comportent peu de tabous et où il n’est pas interdit à une femme de s’éprendre follement d’un robot…
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— Je répondrai, dit amèrement Vasilia. N’ayez crainte ! Un meurtre ? Un robot tombe en panne et c’est un meurtre ? Mais, meurtre ou non, je le nie catégoriquement. Je le nierai de toutes mes forces. Je n’ai pas donné à Gremionis d’information sur la robotique dans le propos de lui permettre d’anéantir Jander. Je ne suis pas assez savante pour cela et je doute fort que quelqu’un de l’Institut en sache assez.

— J’ignore si vous en savez assez pour aider à commettre ce crime ou si quelqu’un de l’Institut est dans ce cas, mais nous pouvons au moins parler des mobiles. Premièrement, vous éprouvez peut-être de la tendresse pour ce Gremionis. Même si vous repoussez ses offres, même si vous le méprisez et le trouvez risible comme amant éventuel, serait-il si inconcevable que vous ne vous sentiez flattée par son insistance, assez pour accepter de l’aider s’il faisait appel à vous et vous implorait, sans aucune exigence sexuelle qui vous importunerait ?

— Vous voulez dire qu’il aurait pu venir me trouver en disant : « Vasilia, chère amie, j’aimerais faire tomber en panne un robot. Je vous en prie, dites-moi comment m’y prendre, je vous serai éternellement reconnaissant. » Et j’aurais répondu : « Mais comment donc, mon chou, je serais ravie de vous aider à commettre cet acte ! »… C’est insensé ! Personne, sauf un Terrien qui ne connaît rien des coutumes et des usages d’Aurora, ne peut croire à une fable aussi ridicule. Et même, il faut pour y croire un Terrien particulièrement stupide !

— Peut-être, mais je dois envisager toutes les possibilités. Par exemple, en voici une seconde. N’auriez-vous pas pu être jalouse de ce que Gremionis ait transféré son affection sur une autre, si bien que vous ne l’auriez pas aidé par pure tendresse abstraite mais dans le dessein précis et très concret de le regagner ?

— Jalouse ? C’est une émotion terrienne, la jalousie. Si je ne veux pas de Gremionis pour moi, vraiment, qu’est-ce que ça pourrait me faire qu’il aille s’offrir à une autre femme et qu’elle accepte ? Ou même qu’une femme s’offre à lui et qu’il accepte ?

On m’a déjà dit que la jalousie sexuelle est inconnue à Aurora et je veux bien admettre que c’est vrai en principe, mais généralement, les principes ne résistent guère à la pratique. Il y a sûrement des exceptions. De plus, la jalousie est le plus souvent une émotion irrationnelle que l’on ne peut dissiper au moyen de la logique pure. Mais laissons cela pour le moment. Passons à la troisième possibilité. Vous pourriez être jalouse de Gladïa et désireuse de lui faire du mal, même si vous n’éprouvez pas le moindre sentiment pour Gremionis…

— Jalouse de Gladïa ? Je ne l’ai jamais vue sauf une fois sur les Hyperondes, quand elle est arrivée à Aurora. Et s’il est arrivé que l’on fasse de temps en temps des réflexions sur notre ressemblance, cela ne m’a absolument pas gênée.

— Cela vous gêne peut-être qu’elle soit devenue la pupille du Dr Fastolfe, sa filleule, presque la fille que vous avez été. Elle vous a remplacée.

— Grand bien lui fasse ! C’est vraiment le cadet de mes soucis.

— Même s’ils étaient amants ?

Vasilia dévisagea Baley avec une fureur croissante ; un peu de sueur apparut à la racine de ses cheveux.

— Il est inutile de parler de cela. Vous m’avez demandé de nier que j’avais été complice de ce que vous vous amusez à appeler un meurtre, et je l’ai nié. Je vous ai dit que je n’étais pas assez savante pour cela et que je n’avais aucun mobile. Allez donc présenter votre affaire à tout Aurora. Essayez donc de m’attribuer des mobiles. Affirmez, si vous en avez envie, que j’ai toutes les connaissances voulues pour commettre cet acte. Cela ne vous rapportera rien, absolument rien !

Elle tremblait de colère mais Baley eut la très nette impression qu’elle parlait sincèrement.

Elle ne craignait pas l’accusation.

Elle avait accepté de le recevoir, donc il était bien sur la piste de quelque chose qu’elle craignait, peut-être désespérément.

Mais ce n’était pas cela.

Il se demanda dans quelle mesure et à quel moment il s’était trompé.

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Troublé (et cherchant un moyen de se tirer d’affaire), Baley reprit :

— Admettons que j’accepte votre déclaration, docteur Vasilia. Admettons que je reconnaisse que mes soupçons étaient sans fondement, que j’avais tort de penser que vous aviez été complice de ce… roboticide. Cela ne voudrait quand même pas dire qu’il vous est impossible de m’aider.

— Et pourquoi vous aiderais-je ?

— Par solidarité humaine. Le Dr Han Fastolfe nous assure qu’il n’a pas commis cet acte, qu’il n’est pas un tueur de robots, qu’il n’a pas mis hors d’état de fonctionner ce robot particulier, Jander. Vous avez connu le Dr Fastolfe mieux que personne, semble-t-il. Vous avez vécu des années en rapports familiers avec lui, quand vous étiez une enfant bien-aimée, sa fille adolescente. Vous l’avez vu à des moments et dans des circonstances où personne d’autre ne l’a vu. Quels que soient aujourd’hui vos sentiments pour lui, cela ne peut rien changer au passé. Le connaissant comme vous le connaissez, vous devez pouvoir témoigner que son caractère est tel que jamais il ne ferait de mal à un robot, surtout pas à un robot qui était une de ses plus éclatantes réussites. Accepteriez-vous de porter publiquement ce témoignage ? A tous les mondes ? Cela rendrait un grand service.

La figure de Vasilia se durcit.

— Comprenez-moi, dit-elle en articulant distinctement, je ne veux pas être mêlée à cette affaire.

— Vous devez l’être !

— Pourquoi ?

— Ne devez-vous rien à votre père ? Il est quand même votre père. Que ce mot ait ou n’ait pas de signification pour vous, c’est une réalité biologique. Et de plus, père ou non, il a pris soin de vous, vous a nourrie, élevée, instruite, pendant des années. Vous avez une dette envers lui.

Vasilia tremblait et claquait des dents. Elle essaya de répondre, n’y parvint pas, essaya de respirer calmement.

— Giskard, tu entends tout ce qui se passe ? Giskard baissa la tête.

— Oui, Petite Miss.

— Et toi, l’humaniforme… Daneel ?

— Oui, docteur Vasilia.

— Tu entends tout cela aussi ?

— Oui, docteur Vasilia.

— Vous comprenez tous les deux que le Terrien insiste pour que je témoigne à propos de la personnalité du Dr Fastolfe ?

Tous deux hochèrent la tête.

— Alors je parlerai, contre mon gré et dans la colère. C’est parce que je pensais que je lui devais justement un minimum de considération, parce qu’il m’avait transmis ses gènes et, à sa façon, m’avait élevée, c’est pour cela que je n’ai pas porté témoignage. Mais à présent je vais le faire. Ecoutez-moi, Terrien. Le Dr Han Fastolfe, dont je porte quelques gènes, n’a pas pris soin de moi – moi, moi – comme d’un être humain distinct, autonome. Je n’étais pour lui qu’un sujet d’expérience, un phénomène à observer.

Baley secoua la tête.

— Ce n’est pas ce que je vous demande.

Elle lui coupa rageusement la parole :

Vous avez insisté pour que je parle, alors je parlerai et je vous répondrai ! Une seule chose intéresse le Dr Fastolfe. Une seule. Uniquement une chose. C’est le fonctionnement du cerveau humain. Il veut le réduire à des équations, à un schéma de montage, avec tous ses circuits, afin de créer une science du comportement humain qui lui permettrait de prédire l’avenir de l’humanité. Il appelle cette science la « psycho-histoire ». Je ne peux pas croire que vous vous soyez entretenu avec lui ne serait-ce qu’une heure sans qu’il lui parle. C’est son idée fixe, sa monomanie.

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