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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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Il n’avait pas été facile d’ignorer saint Ongulent qui faisait des bonds de cabri en haut de son poteau en criant : « You-hou ! » et « Par ici ! » À quelques pas de lui se dressait un autre poteau légèrement plus petit surmonté d’un cabinet à l’ancienne avec demi-lune découpée dans la porte. Ce n’est pas parce qu’on est anachorète, disait saint Ongulent, qu’il faut se priver de tout.

Frangin avait entendu parler des anachorètes, ces prophètes adeptes de l’aller simple. Ils se rendaient dans le désert mais n’en revenaient pas, préférant une vie d’ermite faite de saleté, de privation, de saleté, de sainte contemplation et de saleté. Nombre d’entre eux aimaient se compliquer davantage encore l’existence en se faisant emmurer dans des cellules ou en se perchant au sommet d’un poteau sur une roue plus ou moins déséquilibrée, un adjectif tout à fait approprié. L’Église omnienne les encourageait, partant du principe qu’il valait mieux éloigner le plus possible les fous là où ils ne risquaient pas de causer d’ennuis et où la communauté les prenait en charge, dans la mesure où la communauté se composait de lions, de buses et de saleté.

« Je pensais ajouter une autre roue par là-bas, reprit saint Ongulent. Pour profiter du soleil le matin, vous voyez. »

Frangin regarda autour de lui. Rien qu’une étendue plate de roc et de sable de tous côtés. « Vous n’avez pas le soleil partout à n’importe quelle heure ? demanda-t-il.

— Mais il y en a beaucoup plus le matin, répondit saint Ongulent. Et puis, d’après Charolet, on devrait avoir un patio.

— Il pourrait y faire des grillades, commenta Om dans la tête du novice.

— Hum, dit Frangin. De quelle… religion… vous êtes un saint, exactement ? »

Une expression d’embarras courut sur le peu de figure visible entre les sourcils et les moustaches de saint Ongulent.

« Euh… aucune, en réalité. Tout ça, c’est comme qui dirait une erreur. Mes parents m’ont appelé Sévrien Thaddée Ongulent, et un jour, comme de juste, très drôle, quelqu’un a fait remarquer les initiales. Après ça, c’était comme qui dirait inévitable. »

La roue gîtait légèrement. La peau de saint Ongulent était presque noire sous le soleil du désert.

« Il a fallu que j’apprenne à ermiter sur le tas, évidemment, reprit-il. Je me suis formé tout seul. Je suis complètement autodidacte. On trouve pas d’ermites pour enseigner l’ermitage, ce ne seraient évidemment plus des ermites, comme qui dirait.

— Euh… mais il y a… Charolet ? fit Frangin en regardant fixement un secteur de roue où il croyait que se tenait ledit Charolet, du moins où il croyait que saint Ongulent croyait qu’il se tenait.

— Il est là maintenant, répliqua sèchement le saint en pointant le doigt vers une autre partie de la roue. Mais il ne fait pas de l’ermitage, lui. Il n’est pas formé pour ça, vous voyez. Il me tient compagnie, c’est tout. Je vous assure, je serais devenu fou s’il ne passait pas son temps à me remonter le moral !

— Oui… j’imagine. » Frangin sourit dans le vide, histoire de montrer sa bonne volonté.

« En fait, c’est une vie agréable. Les heures sont un peu longues mais le boire et le manger valent le détour. »

Frangin sentit clairement qu’il connaissait la suite.

« La bière est assez fraîche ? demanda-t-il.

— Glacée, répondit un saint Ongulent à la face rayonnante.

— Et le cochon rôti ? »

Saint Ongulent eut un sourire dément.

« Bien doré et croustillant sur les bords, oui.

— Mais j’imagine… euh… il vous arrive aussi de manger des lézards et des serpents ?

— C’est drôle que vous me disiez ça. Oui. De temps en temps. Histoire de changer un peu.

— Et aussi des champignons ? lança Om.

— Il y a des champignons dans la région ? » demanda innocemment Frangin.

Saint Ongulent hocha joyeusement la tête.

« Après les pluies annuelles, oui. Rouges avec des points jaunes. Le désert devient vraiment intéressant après la saison des champignons.

— Plein de limaces violettes géantes qui chantent ? Des colonnes de feu qui parlent ? Des girafes qui explosent ? Ce genre de choses ? fit prudemment Frangin.

— Bon sang, oui, reconnut le saint. Je ne sais pas pourquoi. Les champignons les attirent, à mon avis. »

Frangin opina.

« Tu commences à piger, petit, dit Om.

— Et j’imagine que vous buvez parfois… de l’eau ? poursuivit Frangin.

— Vous savez, c’est drôle, ça, répondit saint Ongulent. J’ai toute cette bière merveilleuse à disposition mais de temps en temps je me sens… disons, l’envie, y a pas d’autre mot, de boire quelques gorgées d’eau. Comment vous expliquez ça, vous ?

— Ça ne doit pas être… facile d’en trouver, fit le novice qui continuait de parler avec une extrême prudence comme un pêcheur qui fatigue un poisson de cinquante livres avec une ligne dont le point de rupture est à cinquante et une.

— Très curieux, ça, poursuivit saint Ongulent. Alors qu’on a de la bière bien fraîche tant qu’on en veut.

— Vous la… euh… trouvez où ? L’eau ? demanda Frangin.

— Vous connaissez les plantes cailloux ?

— Celles avec les grosses fleurs ?

— Si on entaille la partie charnue de la feuille, on récupère jusqu’à un quart de litre d’eau. Ç’a goût de pipi, remarquez.

— Je crois qu’on s’en accommodera », dit Frangin à travers des lèvres desséchées. Il recula vers l’échelle de corde, seul lien de l’ermite avec la terre ferme.

« Vous êtes sûr de ne pas vouloir rester ? demanda saint Ongulent. On est mercredi. Le mercredi, c’est cochon de lait avec en garniture la sélection du chef de légumes frais comme la rosée et gorgés de soleil.

— On… euh… on a beaucoup à faire, dit Frangin qui avait déjà descendu la moitié de l’échelle ballottante.

— Un chariot de friandises ?

— Ma foi, peut-être un autre… »

Saint Ongulent regarda d’un air triste Frangin s’éloigner sous lui dans le désert en aidant Vorbis à marcher.

« Et après, il y a sans doute des bonbons à la menthe ! brailla-t-il en mettant ses mains en porte-voix. Non ? »

Les silhouettes ne furent bientôt plus que des points sur le sable.

« Et peut-être des visions de plaisirs sex… non, je raconte des bêtises, ça, c’est le vendredi… » murmura saint Ongulent.

Maintenant que les visiteurs étaient partis, l’atmosphère s’emplit une fois encore des sifflements et des gémissements des petits dieux. Ils se chiffraient par milliards.

Saint Ongulent sourit.

Il était fou, bien entendu. Il s’en était parfois douté. Mais il estimait qu’il ne fallait pas gâcher la folie. Il déjeunait tous les jours des repas des dieux, buvait les millésimes les plus rares, mangeait des fruits non seulement hors de saison mais hors de la réalité. Devoir avaler une gorgée d’eau saumâtre et mâcher une patte de lézard par-ci par-là dans un but médicinal n’était qu’un prix modique à payer.

Il se tourna vers la table couverte de victuailles qui miroitait en l’air. Tout ça… et les petits dieux désiraient seulement quelqu’un qui les reconnaisse, qui croie même à leur existence.

Il y avait aussi de la gelée et de la glace au menu d’aujourd’hui.

« Ça nous en fera plus, hein, Charolet ? »

Oui, répondit Charolet.

Les combats avaient cessé à Éphèbe. Ils n’avaient pas duré longtemps, surtout après que les esclaves s’étaient mis de la partie. Il y avait trop de rues étroites, trop d’embuscades et, surtout, trop de détermination farouche. On prétend souvent que les hommes libres triompheront toujours des esclaves, mais tout dépend peut-être du point de vue où on se place.

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