Les Joyaux de la sorcière [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Год: 2004
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Les Joyaux de la sorcière [fr]». Краткое содержание книги:
— Et si c’est faux puisque vous avez l’air d’en douter ?
— Il reste que Ricci dispose d’armes redoutables, que nous n’aurions aucun secours à attendre du shérif Morris sinon peut-être l’abri d’une cellule à la prison tandis que nous n’avons pas l’ombre d’une preuve à lui mettre sous le nez ! Or je possède une affaire ancestrale à laquelle je tiens autant qu’à l’existence.
Point n’était besoin d’en entendre davantage. Betty Bascombe avait raison sur toute la ligne : Ted n’avait aucune envie de s’engager plus avant dans une expédition où non seulement il n’aurait rien à gagner mais risquerait de tout perdre. Le café qu’Aldo trouvait si bon l’instant précédent venait de prendre le goût amer de la solitude ce qui le dissuada d’en demander un autre. Ted cependant continuait :
— En outre, tenter quoi que ce soit pendant la Season relèverait de la folie pure en dehors du fait que l’on va crouler sous le travail et j’imagine qu’il ne doit pas vous manquer à vous non plus ? Si vous voulez un bon conseil, vous devriez accepter l’invitation de la baronne et vous mêler à la Haute Société dont vous faites partie… ?
— Je ne suis pas venu pour danser ou jouer au tennis, coupa Aldo.
— Je sais mais vous verriez les choses de plus près, vous pourriez rencontrer Ricci puisqu’il fréquente ces eaux-là et peut-être arriveriez-vous à le convaincre de vous vendre ce bijou que vous recherchez ?…
Il ne manquait plus que ça ! Au bord du dégoût, Aldo lâcha :
— Merci de vos conseils mais je ne crois pas en avoir besoin pour exercer ma profession comme je l’entends. Or je n’entends pas payer une fortune pour obtenir un joyau couvert du sang de deux femmes au moins et que des vols crapuleux ont amené dans les mains d’un bandit ! À présent, vous voudrez bien m’excuser mon cher Ted mais je vais faire mes bagages ! Préparez-moi ma note s’il vous plaît…
— Vous partez ?
— Eh oui ! C’est ce que vous souhaitez, n’est-ce pas ?
— Vous partez vraiment ?…
— Je ne crois pas que cela vous regarde !… donnez-moi ma facture !
En réalité il n’en savait strictement rien, n’ayant aucune envie de fuir devant l’ennemi et pas davantage d’aller demander l’hospitalité à Pauline après l’avoir refusée. Il y avait bien la solution de l’hôtel qu’on lui avait déconseillé mais qui, à présent, devait déborder de touristes ? Outre que la baronne pourrait s’offenser. D’autre part il commençait à être las de cette histoire où les portes à peine ouvertes semblaient prendre un malin plaisir à se refermer devant lui.
Il regagnait l’annexe de la Tavern et en était là de ses cogitations quand la torpédo grise de Pauline se matérialisa et Pauline elle-même en jaillit :
— Cette fois, dit-elle en balayant superbement les salamalecs mondains, je vous emmène. Et pas de résistance s’il vous plaît ! Vous avez assez joué les touristes anonymes, il est temps de réendosser l’armure. Je vais vous aider à faire vos bagages…
Elle, toujours tirée à quatre épingles, offrait ce matin une image inattendue en jupe plissée, sweater blanc et chaussures de tennis cependant qu’un bandeau élastique avait bien du mal à garder un semblant de maintien à ses cheveux noirs en désordre.
— Et la raison de cet enlèvement ?
— Ne soyez pas fat ! Il se passe des choses beaucoup plus intéressantes dans le quartier chic que dans l’auberge de Ted Mawes.
— Quoi par exemple ?
— Je vous le dirai plus tard ! En attendant nous avons à faire et il faut nous dépêcher si nous voulons avoir le temps de vous installer et nous mettre en tenue convenable pour passer à table !
Sans attendre un quelconque assentiment, Pauline se rua dans la chambre, chercha la grande valise, le sac à chaussures et la mallette de toilette, entreprit d’emplir les deux premiers avec ce qui lui tombait sous la main pendant qu’Aldo d’autant plus résigné qu’il grillait de curiosité se chargeait des objets de toilette et de ce matériel de peintre qui lui avait si peu servi.
En quelques moments tout fut réglé, la chambre vidée, et Aldo embarqué dans la Packard qui démarra sur les chapeaux de roues faisant fuir un chat attardé et plaquant le pasteur contre le mur du musée. Cramponnée à son volant, Pauline, le sourcil froncé, bouche pincée, regardait droit devant elle conduisant le pied au plancher comme si sa vie en dépendait. Ce fut seulement quand elle embouqua la belle avenue sablée contournant une immense pelouse unie comme du velours qui menait à Belmont Castle qu’elle se détendit, ralentit afin d’éviter un groupe de trois sycomores ombrageant une sorte de salon de jardin. Un instant plus tard, elle arrêtait son bolide devant une assez bonne copie du château de Maisons-Laffitte.
— Ouf ! Sauvés ! émit-elle en couvant son passager d’un regard satisfait. Vous voilà chez nous et là plus rien à craindre !
— Craindre quoi ? Sauvé de quoi ? Vos propos tiennent de la poésie lettriste, ma chère Pauline ! C’est de l’hermétisme à l’état pur pour moi.
Des domestiques accouraient pour ouvrir une portière qu’Aldo avait déjà enjambée et prendre les bagages cependant qu’un maître d’hôtel cérémonieux s’inclinait devant l’invité avant de le précéder dans le « vestibule » où celui-ci retrouva avec stupeur le décor exact du modèle français : les quatre aigles aux ailes déployées dans les angles, les quatre bustes dans le goût antique entre lesquels on avait placé de grands paysages italiens. Si l’écho aigrelet d’un banjo jouant un air à la mode n’avait flotté dans l’atmosphère Aldo se fût attendu à voir paraître Louis XIII, le cardinal de Richelieu ou d’Artagnan mais ce qui vint – en courant – ce fut un personnage en maillot de bain, bleu de froid et grelottant sous une vaste serviette blanche qui lui lança un bonjour nasillard, et se précipita dans l’escalier en éternuant.
— Mon frère, John-Augustus ! présenta Pauline. Quand il est ici, il passe la moitié de son temps dans l’eau quelle que soit la température ou dessus. Or comme les fortes chaleurs n’ont pas l’air de s’annoncer, il risque de se retrouver au lit avec une bonne bronchite. Venez, je vais vous montrer votre chambre.
Celle-ci était ce que l’on pouvait attendre dans une telle demeure : vaste, tendue de tapisseries avec lit à colonnes, cabinet florentin, fauteuils à hauts dossiers montant la garde devant une cheminée imposante mais remplie pour l’heure des fusées jaunes d’un genêt fleuri. Par la porte-fenêtre ouverte sur le balcon à balustres on découvrait une autre partie des jardins – qui eux n’avaient rien à voir avec les parterres de Le Nôtre – et ceux de la propriété voisine, une somptueuse demeure, elle aussi dans le goût français, mais avec un siècle de moins. Il y régnait une activité intense au milieu de laquelle se remarquaient des uniformes et deux voitures de police.
Naturellement, Aldo qui avait jeté un coup d’œil machinal au-dehors demanda ce qui se passait.
— Ça, dit Pauline qui l’avait rejoint à la fenêtre, c’est Beaulieu, la propriété d’Ava Astor qu’elle a laissée à ses enfants afin de garder Beachwood qui se situe de l’autre côté. Notre amie Alice y est arrivée hier à bord du yacht fraternel et en compagnie de votre ex-meilleur ami ainsi que des Ivanov dont vous vous souvenez peut-être.
— En dehors du fait que j’ai une excellente mémoire la traversée n’est pas si loin, baronne. Mais pourquoi la présence de la Police ? J’espère, ajouta-t-il avec un bizarre pincement au cœur, qu’il n’est rien arrivé de grave ?
— Pas à ce point-là mais pour Alice c’est une véritable catastrophe : on lui a volé le collier de Tout-Ank-Amon.