365 expressions de nos grands-mères
- Автор: Maillet Jean
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Éditions de l’Opportun
- ISBN: 978-2360751709
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «365 expressions de nos grands-mères». Краткое содержание книги:
Ethnologue de la langue française, il mène l’enquête au fil des pages pour nous révéler ce qu'était un patachon, un as de pique ou de la gnognotte. Malicieuses, imagées, ces expressions sans âge font encore notre bonheur quotidien et témoignent de la richesse de notre langue. Jean Maillet nous offre ainsi un merveilleux voyage dans l’histoire populaire du français !
Jean Maillet est spécialiste de la langue française, il a publié de nombreux ouvrages dont Langue française : Arrêtez le massacre !
Tout filou, tout traître
« As-tu fini de me filouser ? » me demandait grand-mère quand je me faisais plus câlin qu’à l’habitude. Elle savait alors que je devais avoir quelque chose à lui demander ou à me faire pardonner. Et pour me faire comprendre qu’elle n’était pas dupe, elle ajoutait parfois : « Tout filou, tout traître ! »
Le filou est celui qui, par tromperie, parvient à attraper quelqu’un dans ses filets : c’est l’hypothèse étymologique de Pierre Guiraud (1982). Il y a donc de la traîtrise dans les intentions et l’attitude de cet enjôleur : le baiser qu’il donne est un baiser de Judas. Le filou fut aussi un tricheur fréquentant les tripots : un arrêt de 1629 intitulé Arrest contre les filoux et assemblées de preneurs de tabac enjoint à « ceux qu’on nomme Filoux et s’assemblent en plusieurs maisons de cette ville […], mendians valides, joueurs de cartes, dez et merelles, surnommez Filoux [de vider] la ville, prevosté et vicomté de Paris […] » (Michel Félibien, Recueil de pièces justificatives pour l’histoire de la ville de Paris, 1725). Ces filous savaient singulièrement filer la carte, c’est-à-dire, « se débarrasser des mauvaises cartes, qu’on a reconnues à leur envers, en les prenant du paquet, afin de disposer de bonnes au moment de jouer » (Dancourt, cité par Esnault, 1965).
La semaine des quatre jeudis
La locution est directement compréhensible par tous ceux qui, scolarisés entre 1945 et 1972, ont connu le jeudi comme jour hebdomadaire de repos ou de catéchisme (par la suite, l’arrêté du 12 mai 1972 avança cette journée au mercredi). Une semaine comportant quatre jeudis (et un dimanche) avait alors de quoi faire rêver tous les petits écoliers de France. Pourtant, il n’est pas certain que la vie scolaire soit à l’origine de l’expression, dont on trouve très tôt des variantes, comme, par exemple, dans l’œuvre du poète Guillaume Coquillart (1452–1510) :