365 expressions de nos grands-mères
- Автор: Maillet Jean
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Éditions de l’Opportun
- ISBN: 978-2360751709
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «365 expressions de nos grands-mères». Краткое содержание книги:
Ethnologue de la langue française, il mène l’enquête au fil des pages pour nous révéler ce qu'était un patachon, un as de pique ou de la gnognotte. Malicieuses, imagées, ces expressions sans âge font encore notre bonheur quotidien et témoignent de la richesse de notre langue. Jean Maillet nous offre ainsi un merveilleux voyage dans l’histoire populaire du français !
Jean Maillet est spécialiste de la langue française, il a publié de nombreux ouvrages dont Langue française : Arrêtez le massacre !
Issu du verbe virer, virouner est un proche parent étymologique du mot « environ ».
TEMPUS
Avoir l’étrenne de quelque chose
L’étrenne, c’est le premier usage que l’on fait d’une chose. La locution avoir l’étrenne est donc synonyme d’étrenner, apparu au XIXe siècle avec le sens d’« utiliser pour la première fois ». Le sens peut en être négatif, « être le premier à connaître les inconvénients d’une nouvelle situation ». En ce sens, la locution familière « essuyer les plâtres », utilisée au figuré, lui est équivalente.
Mais d’où vient le mot étrenne ? Du latin classique strena dont le sens a évolué de « présage, signe, pronostic » à « cadeau que l’on offre pour servir de bon présage ».
Il s’agit d’une tradition remontant à l’Antiquité romaine. À l’occasion de la nouvelle année, l’usage voulait que l’on offrît à l’empereur des rameaux de verveine coupés dans le bois consacré à Strenia, déesse présidant à la bonne santé. Cette coutume aurait été introduite sous le règne supposé de Tatius Sabinus, roi légendaire, qui fut le premier à recevoir ces rameaux de verveine. L’habitude se prit ensuite d’en offrir aux magistrats et autres « personnes de valeur ». Plus tard, des présents de figues, de dates et de miel furent faits aux amis, afin qu’il ne leur arrive que des choses agréables et douces pendant le reste de l’année. On offrit plus tard des pièces de monnaie et des médailles d’argent.
Il y a belle lurette !
« Il y a belle lurette qu’ils ne se parlent plus ! » disait grand-mère d’un couple de voisins, fâchés depuis des lunes.
Cette belle lurette-là est bien antérieure à celle dont Marcel Gottlieb fit la fiancée de Gai-Luron, son personnage de bande dessinée. On trouve déjà une Belle Lurette, personnage d’une opérette éponyme de Jacques Offenbach représentée en 1880 au théâtre de la Renaissance, peu de temps après la mort du compositeur.
Dans il y a belle lurette, belle lurette est une déformation de « belle hurette », altération régionale de « belle heurette », comprenons « belle petite heure ». L’expression est donc un euphémisme puisqu’elle signifie « fort longtemps ». Elle apparaît en 1841 dans Un monsieur et une dame, comédie-vaudeville de Xavier, Duvert et Lauzanne : « Et prêt à partir avec mon nourrisson qui l’a retenu il y a belle lurette ! » (Scène X.)
On trouve, dans le département de l’Yonne, la forme contractée bellurette.
Tomber en quenouille
Un proverbe hébreu nous dit que « toute l’habileté d’une femme est dans sa quenouille », à rapprocher de cet autre adage : « Femme sage / Reste à son ménage. » À moi, le M.L.F. ! La quenouille, instrument qui servait autrefois à filer la laine, le chanvre ou le lin, a longtemps symbolisé l’activité féminine. Aussi disait-on d’un domaine ou d’un royaume (loi salique) qu’il tombait en quenouille quand une femme en était l’héritière :
« Le gouvernement des François a-t-il toujours été monarchique ?
— Ouy.
— Les femmes ont-elles part à ce gouvernement ?
— Non, car le royaume de France ne peut pas tomber en quenouille. »