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La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]

Электронная книга - «La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]». Краткое содержание книги:

Une ère nouvelle s’ouvre sur la Terre; après un siècle de guerre, de famine et de désespoir, l’humanité survivante a entrepris de soigner le monde. Et le dispose du chronoscope, qui lui montre le visage des hommes d’autrefois et lui fait entendre leur voix. L’Observatoire du temps scrute les siècles passés.
Ainsi du grand voyage qui conduisit Christophe Colomb le 12 octobre 1492 sur les rives du Nouveau Monde.
« J’ai rêvé, dit Putukam du peuple taïno d’Haïti, qu’un homme et une femme nous observaient, plus jeune que nous de quarante générations… Pourquoi n’empêchent-ils pas les Blancs de nous asservir ? »
Pour les chercheurs de l’Observatoire, n’y a-t-il pas une douleur insupportable à regarder l’Histoire dérouler son cours implacable ? Mais est-il possible d’intervenir ? Et le remède ne serait-il pas pire que le mal ?
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Sûrement pas avec un crucifix visible derrière sa tête. On la croirait faite de verre, de verre sombre. Je vois au-dedans d’elle. Elle a un crucifix dans la tête. Cela signifie-t-il qu’elle rêve de crucifier le Christ à nouveau ? Ou que le fils de Marie ne quitte jamais ses pensées ? Je n’ai aucun talent pour décrypter les visions et les songes ; j’ai besoin de messages clairs. Aussi, mon Dieu, si celui-ci vient de vous et que vous voulez me dire quelque chose à travers lui, je ne le comprends pas bien et il faut me le clarifier.

Comme en réponse à cette pensée, la négresse disparut et Cristoforo prit conscience d’une autre présence dans un angle de la pièce, une présence bien réelle et palpable : un jeune homme grand et beau, mais avec un regard indécis, interrogateur. Il ressemblait à Felipa, beaucoup, même. On eût dit qu’elle l’habitait comme un vivant reproche, une supplique éternelle à Cristoforo.

— Je t’aimais, Felipa, mais j’aimais davantage le Christ. Ce n’est sûrement pas un péché, n’est-ce pas ? Parle-moi, Diego. Dis mon nom. Réclame ce qui te revient de droit : mon attention, mon respect. Ne reste pas sans rien faire, à attendre, à espérer attraper une miette tombée de ma table. Ne sais-tu donc pas que les fils doivent être plus forts que leur père, sans quoi le monde meurt ?

Il ne dit rien. Rien.

Il n’est pas nécessaire que tous les hommes soient forts, songea Cristoforo. Il suffit à certains d’être simplement bons. Que mon fils soit bon me suffit pour l’aimer. Je serai fort pour nous deux ; je suis assez vigoureux pour te maintenir debout toi aussi.

« Diego, mon bon fils », dit Cristoforo.

L’adolescent retrouva sa langue. « J’ai entendu des voix.

— Je ne voulais pas te réveiller.

— J’ai cru que je faisais encore un rêve. »

Le père Pérez murmura à l’oreille de Cristoforo : « Il rêve de vous souvent.

— Je rêve de toi, mon fils. Me vois-tu toi aussi en rêve ? » Diego hocha la tête sans quitter son père des yeux.

« Crois-tu que l’Esprit saint nous envoie ces songes afin que n’oubliions pas le grand amour qui nous unit ? »

Le jeune homme hocha de nouveau la tête : il s’approcha de son père d’un pas d’abord hésitant, puis, comme Cristoforo se levait, les bras tendus, d’une démarche plus assurée. Et quand ils s’étreignirent, Cristoforo s’étonna de la haute taille de son fils, de ses longs bras, de sa force. Il le serra longtemps contre lui.

« Il paraît que tu es doué en dessin, Diego.

— C’est vrai.

— Montre-moi. »

Tout en l’accompagnant vers sa chambre, Cristoforo reprit la conversation. « Je me suis remis au dessin moi aussi. Quintanilla a cessé de me subventionner il y a quelques années, mais je l’ai possédé ; je ne suis pas parti. Je trace des cartes pour qui en a besoin. As-tu déjà dessiné une carte ?

— Oncle Bartolomé m’a appris. J’ai fait le plan du monastère : tout y est, même les trous de souris ! »

Ils rirent à l’unisson en montant l’escalier.

« On attend, on attend, fit Diko, et en attendant on ne rajeunit pas.

— Kemal, si, rétorqua Hunahpu. Il n’arrête pas de faire du sport – au détriment de ses autres travaux.

— Il faut qu’il soit assez costaud pour passer à la nage sous les bateaux et placer les charges.

— Nous aurions dû prendre quelqu’un de plus jeune. » Diko secoua la tête.

« Et s’il nous fait une crise cardiaque ? Tu y as pensé ? On le renvoie dans le temps arrêter Colomb et il meurt dans l’eau ; ça va nous servir à quoi ? Moi, je serai chez les Zapotèques. C’est toi qui te chargeras de placer les explosifs pour empêcher Colomb de repartir ? Ou bien va-t-il rentrer en Europe et réduire tous nos efforts à néant ?

— Rien qu’en étant présents dans le passé nous réaliserons une partie de la mission : nous serons infectés par les virus porteurs.

— Du coup, les habitants du Nouveau Monde seront immunisés contre la variole et la rougeole, ce qui veut dire qu’ils seront plus nombreux à jouir de longues années d’esclavage.

— L’avance technologique des Espagnols n’était pas considérable à ce point. Et, sans épidémies pour le convaincre que les dieux l’ont abandonné, le peuple ne perdra pas courage. Hunahpu, nous ne pouvons qu’améliorer la situation, au moins dans une certaine mesure. Et, de toute façon, Kemal ne nous fera pas faux bond.

— En effet. Il est comme ta mère : il ne parle jamais de la mort. »

Diko éclata d’un rire amer. « Il n’en parle jamais, mais il la prévoit quand même.

— Comment ça ?

— Il n’y a plus fait allusion depuis des années. La dernière fois que je l’ai entendu mentionner cette idée, elle ne devait être encore qu’embryonnaire, et puis il a décidé de l’appliquer.

— Mais quelle idée ?

— Celle de mourir, fit Diko.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— C’était en… oh, il y a une éternité ! Il discutait du sabordage des bateaux : un navire qui coule, c’est un malheur ; deux, une tragédie ; trois, une punition divine. Il se demandait à quoi nous servirait que Colomb croie avoir perdu la faveur de Dieu.

— C’est un problème, en effet ; mais les bateaux doivent disparaître.

— Écoute, Hunahpu ; il a continué en disant : "Si seulement les Espagnols savaient que c’est un Turc qui a fait sauter leurs vaisseaux, un infidèle, un ennemi du Christ !" Et il a éclaté de rire. Mais il a soudain repris son sérieux.

— Pourquoi n’en as-tu jamais parlé ?

— Parce qu’il préférait n’en rien dire lui-même. Néanmoins, j’ai jugé utile de te faire comprendre pourquoi il ne prend plus guère au sérieux ses autres travaux d’apprentissage : il pense ne pas vivre assez longtemps pour en avoir besoin. Tout ce qu’il lui faut, c’est une excellente condition physique, la connaissance des explosifs et assez d’espagnol, de latin ou autre pour expliquer aux hommes de Colomb qu’il est l’auteur du sabotage et qu’il l’a perpétré au nom d’Allah.

— Et ensuite il se suicidera ?

— Tu veux rire ? Bien sûr que non ! Il laissera les chrétiens le tuer.

— Ça ne sera pas une partie de plaisir.

— Mais il ira droit au Ciel. Il sera mort pour l’islam.

— Il a vraiment la foi ? demanda Hunahpu.

— Papa le pense. D’après lui, plus on vieillit, plus on croit en Dieu, sous un aspect ou un autre. »

Le médecin revint, le sourire aux lèvres. « Tous les résultats sont excellents, je vous le garantis. Vous avez la tête farcie de trucs très intéressants ; de toute l’Histoire, personne n’a jamais eu la cervelle truffée d’autant de connaissances que Kemal et vous deux !

— Truffée de connaissances et d’une bombe à retardement électromagnétique, fit Hunahpu.

— Oui, je reconnais, dit le médecin : une fois le système émetteur déclenché, il risque d’entraîner un cancer à l’issue de plusieurs dizaines d’années d’exposition. Mais, comme il ne se déclenchera qu’au bout d’une centaine d’années, vous ne serez sans doute plus qu’un petit tas d’os au fond d’un trou et le cancer sera le cadet de vos soucis ! » Il éclata de rire.

« Il a tout du vampire, observa Hunahpu.

— Comme tous les médecins, répondit Diko : c’est un des cours obligatoires de leurs études.

— Sauvez le monde, jeunes gens. Créez un beau monde tout neuf pour mes enfants. »

Un horrible instant, Diko crut que le médecin n’avait pas compris les effets de leur mission : la disparition pure et simple de ses enfants et de tous ceux qui occupaient ce cul-de-sac temporel. Si seulement les Chinois faisaient un petit effort pour enseigner l’anglais à leurs ressortissants, qu’ils puissent au moins saisir ce que disait le reste du monde !

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