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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la gr?ce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son p?re, Jeanne est bient?t oblig?e d'?pouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a ? son tour succomb? au charme de Jeanne et leur idylle ?clate au grand jour. Les intrigues s'?chafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le myst?rieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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Dans les jours qui suivirent, il put constater les progrès que cette passion faisait dans le cœur de Louis XV.

Cette fois, le roi était touché!

Il ne parlait pas de Mme d’Étioles, et toute la Cour en conclut qu’il l’avait oubliée déjà. Louis XV était rêveur, distrait, et passait des journées entières dans un cabinet du Louvre à songer, à l’écart…

– Le roi s’ennuie! disaient les courtisans.

– Le roi est amoureux! se dit Berryer.

Une fois qu’il fut bien sûr de ne pas se tromper, il résolut de frapper un grand coup, et organisa l’enlèvement de Jeanne… Nous allons voir se développer son plan…

Il était sûr maintenant, grâce à la naïve complicité de Noé Poisson et de Crébillon, de faire monter Jeanne dans un carrosse… Qui se trouverait dans ce carrosse?… Où irait-il?

Ces points n’étaient pas réglés encore dans l’esprit de Berryer… et nous allons le voir à l’œuvre.

Il ne doutait pas du succès. Et le succès, pour lui, c’était la faveur du roi à qui il aurait rendu un de ces services qu’il est impossible d’oublier, et la faveur de Mme d’Étioles, plus précieuse encore, puisque c’est à lui qu’elle devrait sa victoire.

Il va sans dire qu’il avait étudié tous les habitants de l’hôtel d’Étioles.

Et il n’y avait qu’un personnage qu’il n’était pas parvenu à déchiffrer: c’était Henri d’Étioles lui-même.

Il finit par le juger un mari insignifiant, uniquement occupé de ses chiffres… en quoi il se trompait.

Il y avait aussi à l’hôtel d’Étioles un homme que Berryer ne comprit pas, ou plutôt qu’il dédaigna d’analyser, en raison de ses fonctions subalternes… en quoi il se trompait encore.

Cet homme, c’était Damiens.

Quoi qu’il en soit, lorsque le lieutenant de police quitta Poisson et Crébillon après la scène que nous avons retracée de notre mieux, il se crut sûr de sa fortune dans l’avenir.

Dehors, il retrouva son secrétaire intime qui le suivait dans toutes ses expéditions et pour qui il n’avait rien de caché. Cet homme s’appelait François-Joachim de Pierres de Bernis. Il était un peu poète, un peu abbé, un peu tout ce qu’on voulait.

– Eh bien! demanda-t-il familièrement à Berryer, le Poisson a-t-il mordu à l’hameçon?

– Admirablement, mon cher Bernis, dit le lieutenant de police. Mais nous avons mieux encore: nous avons le précieux concours d’un homme d’esprit…

– Diable! méfiez-vous des gens d’esprit, monsieur le lieutenant général!

– En ce cas, je devrais commencer par me défier de vous, Bernis!…

– Merci. Voilà un compliment qui vaut son pesant d’or, venant de vous… Quoi qu’il en soit, vous savez que je ne suis pas capable d’une trahison.

– Si fait, mon cher. Vous en êtes parfaitement capable. Seulement, vous ne me trahirez pas…

– Et pourquoi, je vous prie? Je serais curieux de le savoir.

– Parce que vous voulez monter. Vous êtes jeune. Vous avez résolu de grimper quatre à quatre les échelons branlants de cette échelle qu’on appelle la faveur royale. Or, vous avez compris que le meilleur moyen de réussir dans ce périlleux exercice, c’est de vous accrocher aux basques de quelqu’un qui grimpe… Et si vous lâchiez ces basques, vous tomberiez, mon cher, et vous vous casseriez les reins…

L’œil de Bernis jeta un éclair.

Berryer ne vit pas cet éclair rapide qui lui eût peut-être donné à réfléchir.

– Vous avez raison, reprit Bernis, surtout si vous ajoutez qu’avant de choisir un maître, j’ai longuement réfléchi, c’est-à-dire que j’ai adopté, pour m’y accrocher, les basques les plus solides qui soient sur la fameuse échelle…

Ils se mirent à rire.

– Pour en revenir à l’homme d’esprit en question, reprit alors Berryer, c’est l’un de vos confrères en poésie, ce brave et digne Crébillon…

– Un homme heureux! soupira Bernis. Pourvu qu’il ait du tabac pour sa pipe, du mou pour son chat et du papier pour ses vers, le voilà plus roi que le roi!… Il vous a donc promis son concours?

– Voici la chose, Bernis, dit Berryer.

Bernis dressa les oreilles, comprenant qu’il allait apprendre du nouveau.

– Demain soir, à neuf heures et demie, vous amenez au carrefour Buci, devant la porte de la Lebon, un solide carrosse dont la portière demeure ouverte…

– À neuf heures et demi: très bien. Qui conduira?

– Vous-même!

Bernis ne put réprimer un tressaillement.

– Et qui sera dans le carrosse?

– Moi! dit Berryer. À dix heures, Mme d’Étioles sort de la maison, elle monte dans le carrosse, je ferme la portière… elle crie ou ne crie pas, c’est mon affaire… vous fouettez!

– Et je m’arrête?…

– À Versailles!… Le reste me regarde!

– Admirable! dit Bernis. C’est simple et majestueux comme un cinquième acte de Corneille.

Le lieutenant de police savoura modestement ce tribut payé à son génie d’intrigue. Puis il ajouta:

– Allez donc, mon cher Bernis, vous occuper de l’importante affaire du carrosse. Je ne pourrai vous voir demain de toute la journée. Songez que si nous réussissons je grimpe du coup une dizaine d’échelons à la fois…

– Et comme je suis accroché à vos basques…

– Vous les grimpez avec moi, soyez tranquille!…

Les deux hommes se séparèrent.

Berryer, quelques minutes plus tard, entrait au Louvre, et demanda à parler au roi. Le roi dormait. Force fut à Berryer de remettre au lendemain l’entretien qu’il voulait avoir avec Sa Majesté.

Le lendemain matin, de bonne heure, le lieutenant de police vint au lever de Louis XV, mais le roi était parti à Marly. Berryer, très inquiet et pestant fort, courut à Marly… et manqua encore le roi!…

Enfin, à huit heures du soir, alors qu’il désespérait de la réussite de son plan, il put rejoindre Louis XV au Louvre…

– Sire, lui dit-il à voix basse, je sollicite de Votre Majesté l’honneur d’un entretien particulier.

Louis XV commençait déjà à bâiller, ce qu’il ne se gênait pas pour faire devant ses courtisans.

– Il s’agit de Mme d’Étioles! ajouta Berryer, risquant sa fortune sur un mot.

Le roi rougit, pâlit. Et pendant deux secondes, Berryer se demanda s’il n’allait pas être mis à la Bastille.

– Venez, monsieur! dit enfin Louis XV d’une voix tremblante.

– Je le tiens! rugit en lui-même Berryer qui, rayonnant, suivit le roi dans son cabinet.

Revenons un instant à Bernis, au moment où il venait de quitter, la veille au soir, le lieutenant de police.

Sans perdre un instant, il se dirigea vers le Marais et parvint à la rue du Foin. Il frappa d’une façon particulière à la porte de la modeste maison qu’habitait M. Jacques, et bientôt il était introduit dans cette pièce où nous avons conduit le lecteur, et où il se trouva en présence du mystérieux personnage, devant lequel il s’inclina avec un profond respect, attendant qu’il lui adressât la parole.

– Qu’y a-t-il, mon enfant? demanda M. Jacques.

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