La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
– Grand honneur après tout!… Et que t’a-t-il dit?
– Ainsi, fit Poisson, cela ne t’étonne pas que le terrible M. Berryer, cet homme qui passe pour ne daigner parler qu’au roi, se soit dérangé pour me voir, moi!… Tu ne vois là rien de grave?
– Si fait! Mais enfin, M. Berryer, tout lieutenant de police qu’il est, ne peut, par sa seule approche, bouleverser un homme aussi courageux que toi. Il a donc fallu qu’il te dise…
– D’horribles choses, mon ami!… Sache que, sous peu, je me balancerai peut-être au bout d’une potence avec une cravache de chanvre autour du cou!…
Poisson se mit à pleurer.
Crébillon saisit la main de son compagnon.
– Noé, s’écria-t-il, si ce malheur arrivait, je te jure de ne pas passer un seul jour sans boire un flacon en ton honneur et à la mémoire du plus digne ami que j’aie jamais eu!… Je ferai une tragédie qui…
– Merci, Crébillon, fit Noé en s’essuyant les yeux. Mais qui sait s’il ne vaudrait pas mieux que je puisse continuer à te tenir compagnie?
– C’est mon avis. Explique-moi donc pourquoi tu risques d’être pendu, et nous aviserons.
– Il paraît, se décida à dire alors Poisson, il paraît qu’un grand danger menace ma fille.
– Madame d’Étioles?…
– Oui, Jeanne. Quel est ce danger? M. le lieutenant a dédaigné de me l’expliquer. Et alors, si Jeanne venait à être tuée…
– Tuée!… Ah ça! mais il est fou, M. Berryer! s’écria Crébillon.
– Sage ou fou, il n’en a pas moins déclaré que des gens complotent la mort de Jeanne. Et que, si elle succombe à ce complot, je serai tenu pour responsable, complice… et je serai pendu.
– Mais enfin, quel est ce complot?
– C’est ce que j’ai demandé, mais c’est ce que M. Berryer s’est refusé à me dire.
– Diable! fit Crébillon réellement ému. Il faut tout de suite prévenir ta fille!…
– C’est ce que j’ai dit! Mais M. le lieutenant a déclaré que si j’en disais un seul mot à Jeanne, il le saurait et me ferait jeter dans une oubliette…
– Préviens son mari, alors! ou M. de Tournehem!…
– C’est encore ce que j’ai dit. Mais le damné lieutenant m’a assuré que si j’en parlais à l’un ou l’autre de ces messieurs, je serais pour le moins roué vif! Ainsi, j’ai le choix entre la roue, l’oubliette et la corde!…
– Oh! mais il m’excède, ce M. Berryer!… Il se montre plus barbare que Néron et plus tyran que Caligula. Que veut-il donc que tu fasses?…
– Il me l’a expliqué! dit Noé Poisson en sanglotant.
– Voyons, mon digne ami, fais taire un instant ta douleur, et raconte-moi l’explication de M. Berryer. Car là doit se trouver le point intéressant de l’aventure… le nœud de l’action, comme nous disons en tragédie.
Noé Poisson essuya son visage ruisselant de larmes, avala un verre de vin d’Espagne, et reprit:
– Voici exactement ce que m’a dit M. Berryer:
«Mon cher monsieur Poisson, vous pouvez et vous devez aider M. le lieutenant de police à sauver madame d’Étioles et empêcher ainsi un grand crime. D’abord, madame d’Étioles est votre fille, et votre devoir paternel vous oblige à la protéger…
– Certes! ai-je répondu. Et je suis disposé à tout faire pour cela!
– Eh bien, a continué alors le lieutenant, qui se donnait toujours pour un simple sbire, tu comprends?… eh bien, un seul mot de tout cela à Mme d’Étioles ou à quelqu’un de son entourage ne ferait que hâter le dénouement, c’est-à-dire l’exécution du complot, c’est-à-dire le meurtre de cette malheureuse jeune femme. Alors, voici ce qui a été décidé. Nous enlèverons madame d’Étioles et, pendant quelques jours, nous la garderons en lieu sûr. Puis, quand nous aurons arrêté ceux qui conspirent sa perte, nous la ramènerons à l’hôtel d’Étioles. Seulement, Mme d’Étioles est toujours bien escortée quand elle sort. Elle se refuserait à nous suivre. Il faut donc que ce soit vous qui trouviez le moyen de la décider. Nous aurons un carrosse qui stationnera à l’endroit que vous nous indiquerez. Vous amènerez Mme d’Étioles. Vous la ferez monter dans le carrosse, et le reste nous regarde!…»
Ayant achevé son récit, Noé jeta un coup d’œil d’angoisse sur Crébillon.
– Voyons! qu’est-ce que tu penses de tout cela?
– C’est simple, répondit le poète sans hésiter. Si l’homme qui t’a parlé est bien réellement le lieutenant de police, il faut obéir sans retard. Car alors, c’est que Jeanne est réellement menacée. Mais…
– Mais?… Parle donc!…
– Eh bien! Je crois que tu as mal vu! Je crois que tu devais être ivre! Je crois que tu n’as pas parlé à M. Berryer! Et alors, c’est toi qui dois prévenir la police!… Voilà ce que je pense.
Noé secoua la tête.
– J’ai vu cent fois M. Berryer. Je suis sûr de ne pas me tromper. Ivre? Je ne l’étais pas! Et d’ailleurs, tu sais que l’ivresse ne m’enlève rien de ma netteté de pensée!…
– Hum! fit Crébillon, narquois.
– Enfin, Crébillon, veux-tu que je te dise une chose?… Eh bien, en venant ici, je me suis aperçu que M. Berryer me suivait!… Juge par là si la chose est grave!…
Crébillon se leva aussitôt.
– Où vas-tu? s’écria Noé. Tu m’abandonnes!…
– Non. Si tu as été suivi, on t’attend. Et je vais voir…
Il s’élança aussitôt au dehors. Au premier étage, il y avait, outre un appartement dont il va être question, un petit logement donnant sur le palier par une porte vitrée et habité par une sorte de gardienne.
Le palier était dans l’obscurité. Le logis était éclairé. En passant, Crébillon y jeta un coup d’œil. Et il aperçut distinctement un homme qui causait à la gardienne; il s’arrêta court et ne put s’empêcher de tressaillir: cet homme, c’était Berryer! le lieutenant de police en personne!…
Crébillon remonta tout pensif.
– Tu avais raison, dit-il à Poisson. La chose est grave. M. Berryer est en bas.
– Seigneur! larmoya Noé. Je vais être pendu, roué vif, jeté dans une oubliette!…
– Du courage, morbleu! En tout cas, il faut agir promptement.
– Que faut-il faire?… J’ai la tête perdue…
– Obéir!… Écoute… j’ai une idée… l’habitude des pièces de théâtre, tu sais…
– Oui, oui! Tu es un homme de génie… Parle…
– Sais-tu qui habite dans cette maison?… Madame Lebon.
– La tireuse de cartes?
– Elle-même. Elle occupe presque tout le premier étage. Un magnifique appartement. Alors, voici!… Tu vas décider Jeanne à demander une consultation. Avec son esprit poétique, elle adore le merveilleux. L’idée la séduira, j’en suis sûr. Elle viendra…
– Et alors?…
– Le carrosse en question viendra stationner en bas, ce qui n’aura rien d’étonnant, puisqu’il y a toujours des carrosses et des chaises devant la porte de la grande cartomancienne… Lorsque Jeanne sortira, tu la feras monter dans le carrosse… tu y monteras toi-même… et ta fille est sauvée!… Et toi-même… tu n’es ni pendu ni roué vif!…