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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la gr?ce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son p?re, Jeanne est bient?t oblig?e d'?pouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a ? son tour succomb? au charme de Jeanne et leur idylle ?clate au grand jour. Les intrigues s'?chafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le myst?rieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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– Crébillon! mon cher! mon excellent ami!… Ton idée est sublime! Ah! que j’ai donc été bien inspiré de venir te trouver!… Il faut que je t’embrasse!…

Les deux amis s’embrassèrent en effet… puis, ils achevèrent de vider le flacon de vin d’Espagne.

– Ce n’est pas tout, reprit alors Crébillon, il faut agir promptement, et prévenir M. Berryer. Allons, viens…

– Où m’entraînes-tu?… Crébillon, j’ai peur, je ne veux pas revoir cet homme…

– Morbleu! Veux-tu donc être pendu?

– Miséricorde!…

– Roué vif, alors?… Allons, viens! La chance te favorise, puisque M. Berryer est dans la maison… marche!

– Crébillon! si tu y allais tout seul?

– Imbécile! Comment expliquerai-je que je connais cette affaire, puisque tu as juré de n’en parler à personne!

– Et je vois que M. Poisson tient parole! dit une voix.

En même temps, un homme entra dans le grenier.

Crébillon demeura stupéfait.

Noé s’écroula dans son fauteuil.

– Lui! balbutia-t-il. Lui, monsieur…

– Picard! interrompit vivement le nouveau venu. M. Picard, comme je vous l’ai dit, M. Picard, employé de M. le lieutenant de police!

– Monsieur Picard, dit Crébillon, faites-moi donc l’honneur d’entrer dans ma pauvre maison. Nous allons, si vous le voulez bien, pour lier connaissance, boire à la santé de votre maître, l’illustre Berryer!…

Berryer, – car c’était lui, – s’inclina en grommelant.

– Tiens, mais il a de l’esprit, ce poète tragique. Et se relevant:

– Je suis prêt à vous tenir raison, monsieur, à condition que nous portions ensuite la santé du non moins illustre poète Crébillon…

Et ce fut au tour du poète de se courber en deux, en murmurant:

– Tiens, mais il est plus aimable qu’on ne dit, ce digne lieutenant de police!

Poisson, lui, roulait ses yeux effarés de l’un à l’autre. Tout ce qu’il vit de plus clair en tous ces salamalecs, c’est que Crébillon remplissait les verres, et, comme le terrible Berryer ne parlait ni de le pendre ni de le rouer, il reprit peu à peu courage, et d’une main encore tremblante, choqua son verre.

– Et vous disiez donc, cher monsieur Crébillon?… fit alors Berryer.

– Je disais, mon cher monsieur Picard, que Noé Poisson ici présent et moi, nous ne faisons qu’un en deux. Mêmes pensées, mêmes sentiments, mêmes goûts…

– Excepté en ce qui concerne le champagne, rectifia Poisson.

– Alors, continua le poète, vous comprenez, mon ami Noé ne peut ni penser ni agir seul. Il lui faut le secours de mon cerveau, et, à l’occasion, celui de mon bras.

– C’est pour cela qu’il vous a raconté le complot qui menace Mme d’Étioles, dit Berryer. Il a bien fait!

– Vrai! j’ai bien fait? s’exclama Poisson.

– Mais oui, puisque M. Crébillon est assez bon pour nous sortir tous deux d’embarras. Il me semble qu’il parlait d’une histoire de carrosse venant attendre devant cette maison?

Crébillon ne voulut pas s’étonner de ces paroles qui prouvaient tout simplement que M. Berryer avait tout écouté, tout entendu à la porte. Et il donna une nouvelle preuve de son esprit au lieutenant de police, en répondant:

– Comme j’avais l’honneur de le dire, monsieur Picard, nous nous chargeons de faire venir ici madame d’Étioles.

– Seule?

– Seule. Indiquez-moi seulement le jour et l’heure.

– Demain, à dix heures du soir, fit Berryer, d’une voix brève. Le carrosse attendra devant la porte de cette maison à partir de dix heures moins cinq. Il faudra donc que Mme d’Étioles soit dans la maison avant cette heure.

– Elle y sera à neuf, dit Crébillon. Et maintenant, monsieur Picard, puisque nous nous donnons mutuellement de telles preuves de confiance, pourriez-vous me dire quel est le danger qui menace cette charmante enfant?

– Ce soir, c’est impossible! dit Berryer. Mais vous pourrez le demander à M. le lieutenant de police qui, certainement, voudra vous remercier du signalé service que vous lui rendez. Ce que je puis vous affirmer, c’est que le danger est réel et imminent. Sans quoi nous ne prendrions pas la peine de nous occuper de cette affaire…

Il n’y avait pas de doute possible.

L’homme qui parlait ainsi, c’était le lieutenant de police en personne.

Il était impossible de soupçonner M. Berryer!…

Il disait la vérité! Jeanne était menacée! Il fallait la sauver à tout prix!… Et pour sauver Jeanne, il n’y avait qu’à rigoureusement obéir au lieutenant de police!…

XXIII LE PLAN DE BERRYER

Monsieur Berryer était à cette époque un homme de quarante ans. Il avait débuté assez brillamment dans la magistrature, et avait été conseiller d’État, puis maître des requêtes. Enfin, il avait obtenu l’intendance du Poitou, et n’avait quitté ce poste que pour devenir le lieutenant de la police royale, c’est-à-dire un des personnages les plus influents et les plus redoutés de la Cour.

Si l’on veut avoir un portrait de Berryer, on n’a qu’à se figurer le type classique de l’ambitieux.

Sec, maigre, de manières à la fois doucereuses et autoritaires, il paraissait accablé du souci de sa charge.

En réalité, ce qui le tourmentait, c’était le souci de ses propres affaires.

Il avait résolu de devenir quelqu’un dans l’État. La lieutenance de police, dans son esprit, n’était qu’un marchepied pour s’élever plus haut. Cette charge, en effet, lui permettait de rendre adroitement des services aux personnages qu’il voulait ménager, d’écarter par la terreur et au besoin par la lettre de cachet ceux dont il pensait avoir quelque chose à redouter, et enfin, surtout, de connaître mille secrets qui le rendaient maître de l’honneur ou de la vie de bien des familles.

Mais ce qu’il faut ajouter immédiatement, c’est que Berryer n’était pas un ambitieux vulgaire. Il était armé d’une philosophie qui le rendait fort d’avance contre toutes les disgrâces possibles; il ressemblait ainsi au lutteur qui, avant le combat, a fait le sacrifice de sa vie et dont le courage se trouve décuplé par ce fait même qu’il ne craint plus rien. Il était audacieux, entreprenant, et quand une fois il avait pris une résolution, il allait droit au but avec cette foudroyante rapidité qui démoralise l’ennemi. De plus, il possédait une pénétration d’esprit qui lui permettait de trouver rapidement le point faible de ses adversaires…

Il avait longuement et sérieusement étudié le roi.

Il était un des rares qui connussent parfaitement les secrètes faiblesses de ce caractère.

Il avait été l’un des ouvriers les plus actifs de la ruine de la belle Mme de Châteauroux.

Et maintenant que Louis XV se trouvait sans maîtresse attitrée, il s’était juré que la prochaine favorite lui devrait son élévation.

Car nul ne pouvait admettre que la Cour de France demeurât longtemps sans favorite.

Mme de Châteauroux partie, chacun se demandait quelle serait la remplaçante.

Dans la soirée de l’Hôtel de Ville, Berryer fut le seul à deviner la passion qui s’emparait du roi. Dans cette adorable petite fille qu’était Mme d’Étioles, il devina la force énorme de l’amour sincère. Il comprit toute la puissance que pourrait avoir un pareil amour sur un roi habitué à ne trouver autour de lui que des adorateurs de la couronne.

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