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READ-E-BOOK » Космическая фантастика » L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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« Machine, fit Gurgeh, qui bâilla puis jeta sa veste sur un fauteuil du salon, allez donc vous faire foutre. »

Chapitre 14

Le lendemain matin, Flère-Imsaho refusa de lui adresser la parole. La machine vint le rejoindre dans le salon du module juste au moment où on l’appelait pour lui annoncer l’arrivée de Péquil et de la voiture, mais, lorsqu’il la salua, elle fit la sourde oreille ; dans l’ascenseur de l’hôtel, elle se contenta de vrombir et crépiter consciencieusement, encore plus fort que d’habitude. Une fois dans la voiture, elle se montra tout aussi peu communicative. Gurgeh ne s’en plaignait pas outre mesure.

« Mais, Gurgee, vous vous êtes fait mal, observa Péquil en considérant d’un œil inquiet l’égratignure qui ornait la joue de Gurgeh.

« Oui, répondit ce dernier en souriant et en caressant sa barbe, je me suis coupé en me rasant. »

Sur le Tablier de Forme se livrait une guerre d’usure.

Les neuf autres joueurs s’étaient ligués contre lui depuis le début, jusqu’à ce que leur coalition devienne par trop manifeste. Il avait mis à profit l’avantage acquis sur le tablier précédent pour se constituer une enclave, petite mais dense, et quasiment imprenable ; il y passa deux jours entiers sans rien faire d’autre que laisser les autres s’y casser le nez. Si ses adversaires s’y étaient pris dans les règles, ils seraient vite venus à bout de lui ; seulement, ils s’efforçaient de ne pas trop laisser voir qu’ils se concertaient, et ne l’attaquaient donc que deux ou trois à la fois. De toute manière, chacun avait bien trop peur de s’affaiblir au point de ne pouvoir se défendre dans le cas où les autres lui tomberaient dessus tous ensemble.

Au bout de ces deux journées, quelques agences de presse déclaraient qu’il était injuste et discourtois de faire ainsi bloc contre l’étranger.

Flère-Imsaho – qui avait surmonté son ressentiment et daignait maintenant lui adresser la parole – estima que cette réaction pouvait fort bien être sincère et spontanée, mais qu’il était plus avisé de soupçonner une intervention de l’Empereur. D’après lui, le Bureau Impérial avait certainement fait pression sur l’Église qui, à n’en pas douter, avait formé le prêtre et financé ses ententes avec les autres joueurs. Toujours est-il que, le troisième jour, les assauts en commun jusque-là lancés contre Gurgeh cessèrent, et le jeu reprit un cours plus normal.

La salle de jeu était noire de monde. Les spectateurs payants étaient beaucoup plus nombreux. De multiples invités avaient déserté les autres salles pour venir voir jouer l’étranger. Les agences de presse avaient envoyé un contingent supplémentaire de reporters et de caméras. Sous l’égide du Juge, les joueurs du club réussirent à faire taire la foule aussi cette assistance brusquement grossie ne vint-elle pas particulièrement troubler Gurgeh. Néanmoins, il lui était difficile de se déplacer dans la salle pendant les pauses : il se faisait constamment accoster par des gens qui désiraient le questionner, ou simplement le voir de près.

Péquil passait le plus clair de son temps dans la salle de jeu, mais se souciait davantage de se trouver lui-même devant les caméras que de protéger Gurgeh contre tous ceux qui souhaitaient lui parler. Au moins contribuait-il à détourner l’attention des journalistes, ce qui permettait à Gurgeh de se concentrer sur le jeu.

Au cours des deux journées qui suivirent, Gurgeh remarqua un changement subtil dans la façon de jouer du prêtre et, à un degré moindre, dans le style de deux des autres participants.

Gurgeh avait proprement éliminé trois joueurs tandis que trois autres se faisaient évincer sans véritable combat par le prêtre. Les deux apicaux restants avaient établi leurs propres petites enclaves sur le tablier, et ne prenaient pas réellement part au jeu dans son ensemble. Gurgeh jouait bien, sans toutefois retrouver les sommets qu’il avait atteints le jour où il avait remporté la partie sur le Tablier d’Origine. Sa victoire sur le prêtre et les deux autres semblait acquise. En effet, petit à petit il prenait l’avantage, même s’il s’agissait d’une progression très lente. Le prêtre jouait mieux qu’avant, surtout en début de reprise, ce qui conduisit Gurgeh à penser qu’il recevait une aide de haut niveau pendant les pauses. Même chose pour les deux autres, bien que ceux-là bénéficiassent sans doute d’une assistance moins conséquente.

Néanmoins, lorsque la fin de la partie approcha, le cinquième jour de jeu, les choses se précipitèrent ; le prêtre s’effondra purement et simplement. Quant aux deux autres, ils déclarèrent forfait. Il s’ensuivit une nouvelle vague d’adoration pour Gurgeh, et les agences de presse se mirent à rédiger des éditoriaux exprimant une certaine inquiétude à l’idée qu’un être venu de l’Extérieur puisse si bien réussir. Quelques feuilles à sensation avancèrent même, par le biais d’éditoriaux, que l’étranger de la Culture employait une espèce de sixième sens ou un quelconque dispositif illicite. On avait découvert le nom de Flère-Imsaho, et on disait que c’était peut-être de ce côté-là qu’il fallait chercher l’origine des aptitudes inacceptables de Gurgeh.

« Ils disent que je suis un ordinateur, gémit le drone.

« Et moi un tricheur, répliqua Gurgeh d’un air pensif. La vie est cruelle, comme ne cessent de le dire les gens d’ici.

« Lorsqu’on vit ici, on a bien raison de le dire. »

La dernière manche, qui se joua sur le Tablier du Devenir, celle où Gurgeh se sentit le plus à l’aise, ne fut guère qu’une mascarade. Avant le début de la partie, le prêtre avait déposé auprès du Juge un plan objectif spécial, comme il en avait le droit en tant que détenteur du plus grand nombre de points après le joueur de tête. Manifestement, il visait la deuxième place ; il serait éliminé de la Première Série, mais il aurait une chance de la réintégrer s’il remportait les deux parties suivantes dans la deuxième.

Gurgeh crut y voir une ruse, et joua tout d’abord avec une grande prudence ; il s’attendait soit à une attaque groupée, soit à une initiative individuelle classique mais habile. Cependant, les autres semblaient jouer presque au jugé, jusqu’au prêtre qui avait l’air d’enchaîner le même genre de coups quelque peu mécaniques que pendant la toute première partie. Gurgeh risqua quelques modestes assauts préparatoires et ne rencontra que peu de résistance. Pour la beauté du geste, il divisa ses forces et entreprit une percée hardie dans le territoire du prêtre. Ce dernier s’affola, et après cela ne joua pratiquement plus un seul coup correct ; dès la fin de la reprise, il frôlait l’élimination.

Après la pause, Gurgeh essuya une attaque de la part des autres joueurs coalisés tandis que le prêtre restait cloué au bord du tablier. Gurgeh saisit l’allusion. Il donna un peu de marge de manœuvre au prêtre et le laissa attaquer deux des joueurs les plus faibles, afin qu’il retrouve sa position sur le jeu. Lorsque la partie s’acheva, Gurgeh était présent sur la quasi-totalité du tablier alors que les autres étaient soit éradiqués, soit confinés dans des zones exiguës et stratégiquement sans valeur. Gurgeh ne tenait pas particulièrement à s’acharner jusqu’au bout ; il devinait par ailleurs que, s’il s’y essayait, les autres formeraient aussitôt un front uni contre lui, même si cela devait révéler au grand jour le fait qu’ils se concertaient. Gurgeh se voyait offrir la victoire, mais s’il se montrait trop gourmand ou bien vindicatif, on le lui ferait payer cher. On se mit d’accord sur le statu quo, et la partie prit fin. Le prêtre arriva deuxième par le nombre de points, mais de justesse.

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