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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Henriette poussa un cri qui retentit dans l’église. Chaval la regarda en hochant lentement la tête.

— Vous avez compris, maintenant ? Vous avez compris l’étendue de mon malheur ?

— Mais ce n’est pas possible ! On ne perd pas la tête pour… pour…

— Une touffe de nymphette acidulée ? hélas, oui ! Car j’ai été le premier à m’introduire dans ce fourreau humide qui me massait le sexe avec la science et la poigne d’une vieille catin rouée… Elle me broyait dans sa caverne, me malaxait le membre telle une bouche goulue, une ventouse dévorante, aspirante, s’arrêtait quand j’allais rendre l’âme, me fixait de ses grands yeux innocents qui vérifiaient l’état de délabrement dans lequel elle m’avait jeté ; je la suppliais alors de n’en rien faire, les yeux révulsés, la langue pendante comme les chiens qui meurent de la rage, la gorge en feu, la tige turgescente… Elle me jaugeait de son regard froid, indifférent, si calme et réclamait encore de l’argent, encore un haut Prada, un sac Vuitton, et je haletais tout ce que tu veux, tout ce que tu veux, mon ange pour qu’elle reprenne le va-et-vient enchanteur qui me moulait le sexe, extrayant chaque goutte de plaisir une à une, madame, une à une comme si elle était dans une fournaise et que c’était la seule source où se désaltérer, elle exerçait de lentes pressions de son sexe sur le mien qui n’en pouvait plus, mais se laissait pétrir, façonner jusqu’au moment où, ayant tout obtenu, elle lançait l’assaut final, me crucifiait de plaisir dans sa chair moite et douce et me forçait à rendre l’âme…

— Parce que vous osez parler d’âme ! Enfin, Chaval, vous êtes impie !

— Mais c’était mon âme qu’elle suppliciait, madame ! Je peux vous l’assurer, chuchota-t-il en passant le poids du corps de son genou droit à son genou gauche sur le prie-Dieu à la dure marche en bois. Cette gamine – car elle n’avait pas seize ans –, cette gamine m’a fait rencontrer Dieu dans son organe constrictor, elle m’a fait tutoyer les anges et les archanges. J’étais irradié de félicité, gorgé de volupté, je volais, je possédais le monde, je dégoulinais de plaisir et quand j’explosais en elle, c’est au paradis qu’elle me propulsait ! Et puis… et puis… je redevenais simple mortel. Je retombais d’un seul coup dans mes bottes boueuses, léchant le Ciel qui s’éloignait et la gamine, repue, me guettait en tendant la main pour que je n’oublie pas son butin de guerrière. Et si j’oubliais un article, une ballerine ou une pochette, elle me battait froid et refusait de me voir jusqu’à ce que j’aie étalé tous les trophées à ses pieds… et elle me taxait encore de quelque supplément luxueux pour me punir de l’avoir fait attendre.

— C’est une horreur ! Cette fille est une gourgandine ignoble. Vous brûlerez tous les deux en Enfer !

— Oh non, madame, c’était un bonheur incommensurable… Les ailes me poussaient dans le dos, j’étais le plus heureux des hommes, mais cela, hélas ! ne durait pas. Dès que mon membre durcissait et que je quémandais un nouveau droit de passage, elle claquait sa petite langue dure sur son palais, me taquinait de sa prunelle froide et demandait et tu me donnes quoi, en échange ? en se laquant un ongle ou en dessinant un œil limpide au khôl gris. Elle était insatiable. Tant et si bien que je me suis mis à travailler de moins en moins, à échafauder des embrouilles. J’ai joué au tiercé, au loto, au casino et, comme je ne gagnais pas, j’ai dérobé de l’argent dans les caisses de l’entreprise. Des tours de passe-passe avec des chèques. Des petites sommes d’abord, puis de plus en plus grosses… et c’est ainsi que j’ai chu. Bien bas, puisque non seulement, j’ai perdu une place de choix, mais que je ne peux plus me recommander de personne… Mon CV est infâme, bon à jeter dans les eaux usées de l’égout.

— Et dites-moi, pauvre pécheur, vous ne l’avez plus revue j’espère, cette Dalila ?

— Non. Mais pas de mon fait ! J’aurais rampé sur les coudes si elle me l’avait demandé !

Il baissa la tête, piteux.

— Elle s’est lassée. Elle disait que l’amour physique était très surestimé… Que ça ne l’amusait plus. Que c’était toujours la même chose, le même va-et-vient, qu’elle s’ennuyait. Elle avait, avec moi, fait ses armes. Vérifié que « ça » marchait. Elle rangeait notre aventure au rang de test en éprouvette. Et elle m’a jeté sous prétexte… que je devenais collant. Ce fut son seul mot qu’elle répétait crescendo : « collant ». Il faut dire qu’elle était très jeune… J’ai eu beau lui promettre mille choses, échafauder le casse du siècle, une fuite au Venezuela, des diamants, des émeraudes, un jet privé, une hacienda, une cargaison de Prada… Tous les deux au bord d’une mer turquoise servis par des boys en pagne…

Henriette haussa les épaules.

— C’est d’un convenu tout ça !

— Ce furent les mots exacts qu’elle employa, dit Chaval en courbant la tête comme s’il vénérait le souvenir de son malheur. Elle m’a dit de revoir ma copie, qu’elle avait bien mieux en tête. Elle s’était bien amusée, avait appris à broyer un homme de plaisir, s’était fait une garde-robe, maintenant, au boulot ! elle voulait réussir, seule, « sans la bite d’un homme, ce saucisson pitoyable »…

Henriette sursauta, horrifiée.

— Et elle n’avait pas seize ans… ! soupira Chaval, exténué.

— Mon Dieu ! Il n’y a plus d’enfants…

— À treize ans, elles savent enturbanner un homme. Elles avalent le Kâma Sûtra, font des exercices vaginaux, des succions, des torsions, des aspirations, des contorsions… Elles se mettent un crayon entre les cuisses et elles s’exercent. Il y en a même qui peuvent fumer une cigarette comme ça ! Si, si, je vous assure…

— Je vous en prie ! Tenez-vous… Vous oubliez que vous parlez à une femme respectable !

— C’est que rien que d’en parler… vous voyez bien !

Et il écrasa son sexe entre ses jambes en les croisant fortement.

— Elle est partie sous des cieux lointains, j’espère…, chuchota Henriette.

— À Londres. Suivre des cours de mode. Elle veut devenir Coco Chanel.

Henriette pâlit. Son large couvre-chef tressauta. Tout lui revint. Il y a quatre ans, Hortense, le stage à Casamia, Chaval haletant et blême, les petits talons d’Hortense clip-clap, clip-clap dans la cour de l’entreprise, les garçons de l’entrepôt qui la suivaient, la bave aux lèvres… C’était donc ça ! L’homme était tellement possédé qu’il en avait oublié qu’il parlait de sa petite-fille. Sa propre petite-fille ! Il ne faisait plus le lien entre Hortense et elle. Il avait élevé Hortense au rang de madone qu’on prie à genoux, de femme au-dessus de toutes les femmes. La passion l’égarait. Elle se pencha sur son prie-Dieu et croisa les doigts. Dans quel monde, je vis ! Mais dans quel monde je vis ! Ma petite-fille ! Une catin qui broie le sexe des hommes et leur soutire leur argent ! La chair de ma chair ! Ma descendance…

Et puis, elle réfléchit. Elle avait besoin de Chaval. Son plan ne valait rien sans un chevalier noir et traître. Que lui importait, au fond, que sa petite-fille soit une catin ? À chacun son destin ! Les mots n’ont plus de sens, aujourd’hui. On ricane quand on parle de droiture, d’honnêteté, de rigueur, de sens moral, de décence. C’est chacun pour soi. Et puis, soyons réaliste, j’ai toujours eu de l’estime pour cette gamine qui sait se faire respecter…

— Écoutez, Chaval, je crois que j’en ai assez entendu pour aujourd’hui… Je vais me recueillir un moment pour me purifier. Prier pour le salut de votre âme. Sortez de cette église que vous venez de profaner… et je vous fixerai rendez-vous dans les prochains jours pour parler affaires. J’ai quelque chose à vous proposer qui pourrait vous rendre à nouveau prospère. Nous nous retrouverons au café à l’angle de la rue de Courcelles et de l’avenue de Wagram. Mais auparavant, rassurez-moi, vous n’êtes plus un débauché ? Vous jouissez de toutes vos facultés ? Parce que, dans cette entreprise, j’ai besoin d’un homme en bon état, d’un homme avec une vista, pas d’une épave libidineuse !

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