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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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La cour était intégralement recouverte de vieille neige, et des stalactites de glace pointues comme des piques de cristal étaient suspendues aux terrasses et aux balcons. Les Eyrié étaient construits en belle pierre blanche que leur manteau d’hiver rendait d’une blancheur encore plus éclatante. Si beaux, songea Alayne, si imprenables. Il lui était impossible d’aimer ces lieux, malgré tous ses efforts. Dès avant que les gardes et les serviteurs n’en fussent descendus, le château lui avait fait l’effet d’être désert comme une tombe, et ce d’autant plus lorsque Petyr s’en absentait. Personne ne chantait là-haut, plus personne depuis Marillion. Personne n’y riait trop fort. Les dieux eux-mêmes y étaient muets. Les Eyrié se targuaient de posséder un septuaire, mais ils n’avaient pas de septon ; de posséder un bois sacré, mais celui-ci n’avait pas d’arbre-cœur. Les prières demeurent sans réponse, ici, songeait-elle souvent, bien qu’elle s’y sentît certains jours tellement solitaire qu’elle se voyait forcée d’essayer quand même d’en obtenir. Mais le vent seul lui répondait en soupirant sans trêve ni cesse autour des sept fines tours immaculées ou en griffant la porte de la Lune chaque fois qu’il soufflait par bourrasques. Et ce sera pire encore en hiver, comprit-elle. En hiver, ce sera une prison toute blanche et glaciale.

Et pourtant, la perspective de partir l’effrayait presque autant qu’elle terrorisait Robert. Elle le cachait mieux que lui, c’est tout. Son « père » prétendait qu’il n’y avait pas de honte à avoir peur, mais seulement à le montrer. « Tout le monde vit avec la peur au ventre », affirmait-il. Alayne n’était pas vraiment certaine de croire cette assertion. Rien n’effrayait Petyr Baelish. Il n’a dit ça que pour me donner du courage. Il allait lui falloir se montrer courageuse, en bas, où le risque de se voir démasquée serait infiniment plus grand qu’ici. Les amis que Petyr avait à la Cour l’avaient informé que la reine avait lancé des hommes à la recherche du Lutin et de Sansa Stark. Je le paierai de ma tête, si l’on me découvre, se rappela-t-elle tout en descendant une volée de marches verglacées. Je ne dois pas cesser d’être Alayne une seule seconde, intérieurement comme à l’extérieur.

Lothor Brune se trouvait dans la salle au treuil, en train d’aider le geôlier Mord et deux serviteurs à manipuler des coffres de vêtements et des ballots de linge qu’ils entassaient dans six énormes cuveaux de chêne, chacun d’une hauteur et d’un diamètre suffisants pour contenir trois hommes. Vous laisser treuiller au bout des chaînes colossales était le moyen le plus simple pour aboutir au fort de Ciel qui barrait le sentier, six cents pieds en contrebas ; autrement, vous deviez négocier la cheminée naturelle creusée dans le roc qui partait de sous les celliers. Ou bien emprunter le chemin qu’ont déjà pris Marillion et lady Lysa avant lui.

« Sorti du lit, le marmot ? questionna ser Lothor.

— On est en train de le baigner. Il sera prêt dans moins d’une heure.

— Vaut mieux l’espérer. Mya n’attendra pas, passé midi. » La salle au treuil n’étant pas chauffée, son haleine émettait une bouffée de brume à chaque mot.

« Elle attendra, décréta-t-elle. Elle doit attendre.

— Soyez-en pas si sûre, m’dame. Elle est à moitié mule elle-même, celle-là. Moi, j’crois qu’elle nous laisserait crever de faim tous qu’on est ’vant de mettre en danger ses foutues bestioles. » Il souriait en disant cela. Il sourit toujours quand il parle de Mya Stone. La muletière était beaucoup plus jeune que le chevalier, mais pendant qu’il s’affairait à arranger le mariage de lord Corbray avec sa fille de marchand, Petyr avait déclaré à Alayne que les jeunes filles les plus heureuses étaient toujours celles qui épousaient des hommes mûrs. « Il n’y a rien de tel que l’alliance de l’innocence et de l’expérience pour garantir une parfaite union », il avait dit.

Elle se demanda ce que Mya pensait de ser Lothor. Avec son nez camus, sa mâchoire carrée et son duvet laineux de cheveux gris, Brune ne pouvait pas être qualifié de beau type, mais il n’était pas laid non plus. Il a une figure ordinaire mais honnête. Pour avoir été élevé jusqu’à la chevalerie, il n’en était pas moins de très basse extraction. Un soir, il lui avait conté qu’il était parent des Brune de Combebrune, une vieille famille de chevaliers originaire de Clacquepince. « Je suis allé les trouver quand mon père est mort, confessa-t-il, mais ils m’ont craché dessus et m’ont dit que je n’étais pas du tout de leur sang. » Il ne s’étendit pas sur ce qui s’était passé par la suite, hormis pour dire que tout ce qu’il savait en matière d’armes, il l’avait appris à la dure. C’était un homme sobre et laconique, mais un fameux costaud. Et Petyr affirme qu’il est loyal. La confiance qu’il lui accorde avoisine le maximum dont il est capable. Brune serait un bon parti pour une bâtarde telle que Mya Stone, songea-t-elle. Les choses seraient peut-être différentes si son père l’avait reconnue, mais il n’en a jamais rien fait. Et Maddy raconte qu’elle n’est pas du tout vierge non plus.

Mord ramassa son fouet, le fit siffler, et la première paire de bœufs s’ébranla d’un pas lourd autour du treuil pour le faire pivoter. La chaîne se déroula en grinçant et en éraflant bruyamment la pierre, tandis que le cuveau de chêne entreprenait son interminable descente vers Ciel en se balançant. Pauvres bœufs, les plaignit Alayne. Mord allait les égorger puis les équarrir avant d’abandonner leurs carcasses en pâture aux faucons. Ce qui resterait d’eux à la réouverture des Eyrié serait rôti pour le festin de printemps, si leur chair ne s’était avariée d’ici-là. Une bonne réserve de viande congelée à cœur annonçait un été plantureux, affirmait la vieille Gretchel.

« M’dame, dit soudain ser Lothor, vaut mieux que vous soyez au courant, Mya n’est pas montée seule. Lady Myranda l’a accompagnée.

— Oh. » Qu’est-ce qui a pu l’inciter à faire une aussi longue escalade à dos de mulet si c’est uniquement pour redescendre ensuite ? Myranda Royce était la fille de lord Nestor. Lors de l’unique et bref séjour que Sansa avait fait aux Portes de la Lune, en route pour les Eyrié avec Tante Lysa et lord Petyr, la damoiselle était absente, mais Alayne avait beaucoup entendu les soldats et les servantes du château parler d’elle depuis. Sa mère étant morte depuis longtemps, c’était lady Myranda qui assurait le rôle de maîtresse de maison chez son père ; à en croire la rumeur, l’existence de la demeure était beaucoup plus animée quand elle se trouvait là. « Tôt ou tard, il te faudra rencontrer Myranda Royce, l’avait prévenue Petyr. A cette occasion, sois bien prudente. Elle se plaît à jouer les fofolles joyeuses mais, dans le fond, elle est plus matoise que son père. Surveille ta langue dans son entourage. »

Je n’y manquerai pas, songea-t-elle, mais j’ignorais qu’il me faudrait débuter si tôt. « Robert en sera ravi. » Il aimait bien Myranda Royce. « Veuillez m’excuser, ser. J’ai à terminer mes paquets. » Elle remonta toute seule jusqu’à sa chambre pour une dernière fois. Les fenêtres y avaient été scellées et les volets mis, les meubles placés sous housse. On avait déjà emporté ceux de ses effets personnels destinés à la suivre et rangé le reste. Toutes les soieries et tous les brocarts de lady Lysa devaient être forcément laissés au placard. Ses lingeries les plus fines et ses velours les plus pelucheux, ses somptueuses broderies et ses arachnéennes dentelles de Myr, tout cela demeurerait ici. En bas, Alayne aurait à se vêtir avec la dernière simplicité, ainsi qu’il convenait à une fille de naissance modeste. Peu importe, se dit-elle. Même ici, je n’osais pas arborer les robes les plus luxueuses.

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