Un festin pour les corbeaux
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #12
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0125-6
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
— Son doigt ? » Elle rougit de nouveau. « Je ne pou… Je n’ai jamais… »
Lady Myranda éclata d’un rire si tonitruant que Mya Stone se retourna pour les lorgner furtivement. « Ne vous tracassez pas, Alayne, je suis sûre qu’il est d’assez bonne taille. »
Elles passèrent sous une arche sculptée par le vent dans la roche pâle et d’où pendaient de longues stalactites de glace qui dégouttaient sur leurs têtes. De l’autre côté, le sentier se rétrécissait pour plonger de manière abrupte à tout le moins sur une centaine de pieds. Myranda fut obligée de reprendre ses distances. Alayne lâcha la bride à son mulet. La raideur de la pente dans cette partie de la descente la contraignit à se cramponner de toutes ses forces à la selle. Les marches avaient été tellement lissées et creusées par les sabots ferrés de tous les mulets qui avaient emprunté ce passage qu’elles ressemblaient à des enfilades d’écuelles de pierre. Le fond de ces espèces d’écuelles était plein d’eau qui miroitait comme de l’or sous le soleil de l’après-midi. Ce n’est que de l’eau maintenant, songea Alayne, mais elle se changera tout entière en glace, la nuit venue. Elle se rendit compte qu’elle retenait son souffle et se remit à respirer. Mya Stone et lord Robert avaient presque atteint l’aiguille rocheuse où l’on se retrouvait en terrain plat. Elle tâcha de les regarder, de ne regarder qu’eux. Je ne tomberai pas, se dit-elle. Le mulet de Mya saura me faire franchir ce mauvais pas. Le vent cornait autour d’elle, pendant qu’elle bringuebalait en grignotant la pente pas à pas. Elle eut l’impression que cela durait une vie entière.
Et puis, tout à coup, elle se retrouva en bas, avec Mya et son petit lord, pelotonnée au pied de l’aiguille rocheuse tordue. Devant eux s’étirait une arête de pierre vertigineuse, étroite et verglacée. Alayne entendait les hurlements du vent et le sentait tirailler son manteau. Elle se rappelait l’endroit depuis sa montée. Il l’avait alors terrifiée, et il la terrifiait de nouveau maintenant. « C’est plus large que ça n’a l’air, disait Mya pour réconforter lord Robert d’une voix enjouée. Trois pieds de large et pas plus de huit pas de long, ce n’est rien.
— Rien », confirma Robert. Sa main tremblait.
Oh, non ! songea Alayne. Pas ici. Pas maintenant.
« Le mieux est de mener les mulets de l’autre côté, reprit Mya. S’il plaît à messire, je prendrai d’abord le mien, puis je reviendrai chercher le vôtre. » Lord Robert ne répondit pas. Il regardait fixement de ses yeux rougis l’arête mortelle. « Je ne serai pas longue, messire », promit la muletière, mais Alayne douta qu’il fût seulement capable de l’entendre.
Lorsque la bâtarde fit sortir son mulet de derrière l’aiguille qui les abritait, le vent la mordit à belles dents. Son manteau se souleva, se mit en vrille et flagella l’air. Elle tituba et donna pendant un demi-battement de cœur l’impression qu’elle allait être soufflée dans le précipice, mais elle réussit Dieu sait comment à recouvrer son équilibre et continua d’avancer.
Alayne saisit dans la sienne la main gantée de Robert afin d’en réprimer les tremblements. « Robin chéri, dit-elle, je meurs de peur. Tiens-moi la main, et aide-moi à traverser. Je sais que tu n’as pas la frousse, toi. »
Il la regarda, ses pupilles réduites à d’infimes piqûres d’épingle noires dans des yeux aussi gros et blancs que des œufs. « Je n’ai pas la frousse ?
— Pas toi. Tu es mon chevalier ailé, ser Robin chéri.
— Le Chevalier Ailé savait voler, chuchota l’enfant.
— Beaucoup plus haut que les montagnes. » Elle lui pressa brièvement la main.
Lady Myranda les avait rejoints près de l’aiguille. « Il savait », reprit-elle en écho, quand elle vit ce qui se passait.
« Ser Robin chéri », dit lord Robert, et Alayne comprit qu’il serait présomptueux d’attendre le retour de Mya. Elle l’aida à démonter, puis, main dans la main, ils s’aventurèrent sur l’arête de pierre nue, leurs manteaux jappant et claquant derrière eux. Tout autour, il n’y avait que le ciel et le vide, les parois tombant quasiment à pic de part et d’autre. Le sol était gelé, des cailloux guettaient juste l’occasion de vous fouler une cheville, et le vent poussait des hurlements féroces. On jurerait un loup, songea Sansa. Un fantôme de loup, gros comme des montagnes.
Et puis ils furent de l’autre côté, et Mya Stone riait et soulevait Robert de terre pour l’embrasser. « Faites attention, la prévint Alayne. Il est capable de vous faire mal en se débattant. Vous ne le croiriez pas, mais il en est capable. » Elles lui dénichèrent une faille dans les rochers pour le préserver du vent glacial. Alayne le cajola jusqu’à ce que ses tremblements cessent, pendant que Mya repartait pour aider les autres à traverser.
Des mulets frais les attendaient à Neige, ainsi qu’un repas chaud de ragoût de chèvre et d’oignons. Alayne se restaura en compagnie de Mya et de Myranda. « Ainsi donc, vous êtes aussi brave que belle, lui dit la seconde.
— Non. » Le compliment la fit rougir. « Vraiment pas. J’étais tellement affolée. Je pense que je n’aurais pas pu traverser sans lord Robert. » Elle se tourna vers Mya Stone. « Vous avez bien failli tomber.
— Vous vous méprenez. Je ne tombe jamais. » Ses cheveux en bataille lui barraient une joue et dissimulaient l’un de ses yeux.
« Failli, j’ai dit. Je vous ai vue. Vous n’avez pas eu peur ? »
Mya secoua la tête. « Je me souviens d’un homme qui me lançait en l’air quand j’étais toute petite. Il est d’une stature aussi élevée que le ciel, et il me lance si haut que j’ai l’impression d’être en train de voler. Nous rions tous les deux, rions tellement que je peux à peine respirer, et, finalement, je ris si fort que je me mouille, mais lui n’en rit que d’autant plus fort. Je n’avais jamais peur quand il me lançait. Je savais qu’il serait toujours là pour me rattraper. » Elle repoussa ses cheveux. « Et puis un jour, il n’y a pas été. Les hommes viennent et partent Ils mentent, ou meurent, ou vous abandonnent. Mais une montagne n’est pas un homme, et une pierre[2] est une fille de la montagne. J’ai confiance en ma mère, et j’ai confiance en mes mulets. Je ne tomberai pas. » Elle posa sa main sur un éperon de roche déchiquetée et se leva. « Mieux vaut en finir. Nous avons encore une longue route à faire, et je sens une odeur de tempête. »
La neige se mit à tomber comme ils quittaient Pierre, le plus vaste et le plus bas des trois forts qui défendaient les approches des Eyrié. La nuit commençait à arriver. Lady Myranda suggéra qu’il ne serait peut-être pas plus mal de faire plutôt demi-tour, de passer la nuit à Pierre et de reprendre la descente au lever du soleil, mais Mya ne voulut pas en entendre parler. « Entre-temps, la neige pourrait avoir cinq pieds de haut, et les marches seraient traîtresses, même pour mes mulets, déclara-t-elle. Nous avons tout intérêt à continuer. Nous irons lentement. »
Et c’est ce qu’ils firent. Au-dessous de Pierre, les marches étaient plus larges et moins abruptes, elles faisaient des méandres tantôt à l’air libre, tantôt sous le couvert des grands pins et vigiers gris-vert qui tapissaient les versants inférieurs de la Lance du Géant. Les mulets de Mya connaissaient apparemment par cœur chacune des racines et chacun des rochers qui faisaient saillie le long du chemin, et s’il leur arrivait d’en omettre un, la bâtarde les rappelait à l’ordre. La moitié de la nuit s’était écoulée quand s’entrevirent à travers le rideau de flocons les lumières des Portes de la Lune. La dernière partie du voyage fut la plus paisible. La neige qui tombait sans intermittence couvrait le monde entier d’un manteau blanc. Robin chéri finit par s’assoupir en selle en oscillant d’avant en arrière au rythme des mouvements de son mulet. Lady Myranda se mit elle-même à bâiller et à se plaindre de sa lassitude. « Des appartements ont été préparés pour vous tous, dit-elle à Alayne, mais si cela vous fait plaisir, vous pourrez partager mon lit cette nuit. Il est assez vaste pour quatre.
2
Jeu de mots sur Stone, « patronyme » local des bâtards.