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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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Mais elle n’eut pas le loisir d’appeler les servantes que Robin chéri l’enlaça dans ses bras maigrichons et l’embrassa. C’était un baiser de petit garçon, et un baiser pataud. Tout ce que faisait Robert Arryn était pataud. Si je ferme les yeux, je puis m’imaginer qu’il est le Chevalier des Fleurs. Ser Loras avait bien offert à Sansa Stark une rose rouge, mais il ne l’avait jamais embrassée. Et pas un seul Tyrell n’embrasserait jamais Alayne Stone. Si jolie qu’elle fût, elle était née du mauvais côté de la couverture.

Comme les lèvres du petit se collaient sur les siennes, elle se surprit à penser à un autre baiser. Elle conservait un souvenir intact de ce qu’elle avait éprouvé, quand il avait plaqué sa bouche cruelle contre la sienne. Il était venu trouver Sansa dans le noir, alors que des flammes vertes embrasaient le ciel. Il a pris une chanson et un baiser, et il ne m’a laissé rien d’autre qu’un manteau sanglant.

Cela n’avait pas d’importance. Ce jour-là était révolu, et c’en était également terminé de Sansa.

Alayne repoussa son petit lord. « Voilà qui suffit. Tu pourras m’embrasser de nouveau quand nous atteindrons les Portes, si tu tiens ta parole. »

Gretchel et Maddy attendaient dehors, en compagnie de mestre Colemon. Celui-ci avait débarbouillé ses cheveux des déjections nocturnes et changé de robe. Les écuyers de Robert s’étaient eux aussi pointés. Terrance et Gyles flairaient immanquablement les embrouillaminis.

« Lord Robert se sent en meilleure forme, dit Alayne aux servantes. Allez chercher de l’eau chaude pour son bain, mais veillez à ne pas l’ébouillanter. Et ne lui tirez pas sur les cheveux quand vous les démêlerez, il déteste ça. » L’un des écuyers se mit à ricaner jusqu’à ce qu’elle dise : « Terrance, veuillez apprêter la tenue d’équitation de Sa Seigneurie et son manteau le plus chaud. Gyles, à vous de déblayer ces débris de pot de chambre. »

Gyles Grafton fit la moue. « Je ne suis pas une femme de ménage.

— Obéissez aux ordres de lady Alayne, ou Lothor Brune en entendra parler », fit mestre Colemon. Il la suivit dans le corridor et descendit avec elle l’escalier en colimaçon. « Je vous suis reconnaissant de votre intercession, ma dame. Vous savez vous y prendre avec lui. » Il hésita. « Avez-vous remarqué le moindre tremblement pendant que vous étiez ensemble ?

— Ses doigts tremblaient un tout petit peu quand je lui tenais la main, c’est tout. Il prétend que vous avez mis quelque chose d’infect dans son lait.

— D’infect ? » Il la regarda en papillotant, et la pomme de sa gorge monta et redescendit. « J’ai simplement… Est-ce qu’il a des saignements de nez ?

— Non.

— Bon. Voilà qui est bon. » Sa chaîne tintinnabulait doucement quand sa tête dodelinait, tout au bout d’un cou ridiculement long et décharné. « Cette descente, ma dame… elle serait peut-être moins périlleuse si je concoctais pour Sa Seigneurie un peu de lait de pavot. Mya Stone pourrait l’arrimer avec des lanières sur le dos de son mulet au pied le plus sûr pendant qu’il sommeillerait.

— Le sire des Eyrié ne saurait descendre de sa montagne attaché comme un sac de grain d’orge. » Sur ce point, elle était formelle. Il n’était pas question de laisser se divulguer partout l’état de santé pitoyable et la couardise de Robert dans toute leur ampleur, le « père » d’Alayne l’avait d’ailleurs bien assez chapitrée dans ce sens. Que n’est-il ici ! Lui saurait quoi faire.

Seulement, lord Baelish se trouvait à l’autre extrémité du Val pour assister aux noces de lord Lyonel Corbray. Veuf et âgé d’une quarantaine, voire d’une cinquantaine d’années, sans enfants, ce dernier devait épouser une belle gaillarde de seize ans, fille d’un riche négociant de Goëville. Petyr avait joué les entremetteurs pour conclure l’affaire. La dot passait pour être époustouflante, et elle devait l’être, eu égard aux origines vulgaires de la fiancée. Les vassaux de Corbray seraient là, de même que les lords Cirley, Lynderly, Grafton, plus quelques autres de moindre importance et des chevaliers fieffés, ainsi que lord Belmore lui-même avec qui son « père » s’était récemment réconcilié. Comme on s’attendait à ce que les lords Déclarants boudent la cérémonie, la présence de Petyr était essentielle.

Alayne comprenait assez bien la situation, mais tout cela impliquait, du coup, que la corvée d’amener Robin chéri sain et sauf au bas de la montagne retombait sur elle. « Faites prendre à Sa Seigneurie une coupe de sirop de lait, dit-elle au mestre. Cela le préservera de trembler pendant le trajet.

— Je lui en ai déjà donné une il n’y a pas trois jours, objecta le mestre.

— Et il en voulait une autre la nuit dernière, et vous la lui avez refusée.

— C’était trop tôt. Vous ne comprenez pas, ma dame. Comme je l’ai expliqué au lord Protecteur, une pincée de bonsomme empêchera les tremblements, mais le corps ne l’élimine pas, et, au bout d’un certain temps…

— Le temps nous fera une belle jambe si Sa Seigneurie a une crise de tremblements et dégringole dans l’abîme. Mon père serait là, je sais qu’il vous dirait de faire le nécessaire pour que lord Robert reste calme coûte que coûte.

— Je m’y emploie de mon mieux, ma dame, mais ses accès deviennent de plus en plus violents, et le flux de son sang s’est tellement atténué que je n’ose même plus lui apposer des sangsues. Du bonsomme… Vous êtes absolument certaine qu’il n’a pas eu de saignements de nez ?

— Il reniflait, reconnut-elle, mais je n’ai pas vu de sang.

— Je dois parler au lord Protecteur. Ce festin, n’est-ce pas imprudent, je me le demande, après l’épreuve nerveuse de la descente ?

— Ce ne sera pas un festin bien pompeux, lui assura-t-elle. Pas plus de quarante convives. Lord Nestor et sa maisonnée, le Chevalier de la Porte, une poignée de seigneurs mineurs et leurs domestiques…

— Lord Robert n’aime pas les inconnus, vous le savez, et puis il y aura des beuveries, du tapage… de la musique. La musique lui fait peur.

— La musique l’apaise, rectifia-t-elle, notamment celle de la grande harpe. C’est le chant qu’il ne peut pas supporter, depuis que Marillion a tué sa mère. » Alayne avait tant de fois répété ce mensonge que sa mémoire le lui dictait tel quel plus souvent qu’à son tour ; la vérité ne lui paraissait guère plus qu’un mauvais rêve qui troublait de temps à autre son sommeil. « Lord Nestor ne laissera pas de chanteurs se produire au cours du festin, seulement des flûtes et des crincrins pour la danse. » Et elle, que ferait-elle lorsque la musique commencerait à jouer ? C’était une question qui la tourmentait d’autant plus que son cœur et sa tête y répondaient de façon différente. Sansa adorait danser, mais Alayne… « Donnez-lui simplement une coupe de sirop de lait avant notre départ, puis une seconde au moment du festin, et tout devrait se passer sans encombre.

— Très bien. » Ils s’immobilisèrent au bas de l’escalier. « Mais celle-ci doit être la dernière. Pour six mois, voire davantage.

— Le mieux serait que vous abordiez ce sujet avec le lord Protecteur. » Elle franchit la porte et traversa la cour. Mestre Colemon ne souhaitait que le meilleur traitement possible pour son malade, elle n’en disconvenait assurément pas, mais le meilleur traitement possible pour le petit garçon qu’était Robert et le meilleur traitement possible pour le lord Arryn qu’il était aussi n’étaient pas toujours identiques. Petyr l’avait souligné lui-même, et c’était la pure vérité. Or, mestre Colemon se préoccupe exclusivement de l’enfant, pour sa part. Tandis que les motifs d’inquiétude que nous avons, Père et moi, sont d’une tout autre portée.

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