Angélique et le roi Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #5
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le roi Part 1». Краткое содержание книги:
– M. de Cormeil n'est-il pas fort riche ? Il vous eût assuré une large vie et à l'abri de vos perpétuelles anxiétés.
– Mais il est vieux et de plus terriblement débauché. C'est ce que j'ai dit à ceux qui me pressaient d'accepter. Ils se sont montrés surpris et mécontents, jugeant que ma situation ne me permettait pas de faire la difficile et que je ne l'avais pas été autant jadis quand j'avais accepté M. Scarron. Ils ont continué à me blâmer. J'ai dit à ce sujet à Mme la maréchale tout ce que j'ai pu trouver de plus fort et de plus sensé, mais elle me condamnait, elle m'imputait mes malheurs. Seule Ninon m'a donné raison. Son approbation m'a un peu consolée de la cruauté de mes amis... Que pensez-vous de la comparaison qu'on a osé me faire de cet homme avec M. Scarron ? Oh ! Dieu, quelle différence ! Sans fortune, sans plaisirs, il attirait chez moi toute la bonne compagnie ; or M. de Cormeil l'aurait haïe et éloignée. M. Scarron avait cet enjouement que tout le monde sait et cette bonté d'esprit que presque personne ne lui a connue ; l'autre ne l'a ni brillant ni badin, ni solide : s'il parle, il est ridicule. Mon mari avait le fond excellent. Je l'avais corrigé de ses licences, il n'était ni fou, ni vicieux par le cœur, d'une probité reconnue, d'un désintéressement sans exemple...
Elle parlait avec feu à mi-voix, avec cette passion à laquelle elle se laissait aller parfois lorsqu'elle était en confiance. Et Angélique, qui subissait le charme de sa personnalité, se dit à nouveau qu'elle était réellement belle et attirante.
Elle détonnait un peu par la simplicité de sa mise, mais sa robe de velours rouge brun aux chauds reflets rouges, choisie avec goût, son double collier de jais et de petits rubis, seyaient à sa carnation et à sa chevelure de brune.
Elle dit comment, réduite à la dernière extrémité, elle avait finalement accepté d'accompagner comme troisième dame d'honneur, presque comme chambrière, la princesse de Nemours qui allait épouser le roi du Portugal. C'est en faisant sa tournée d'adieu qu'elle avait revu Mme de Montespan. Celle-ci s'étonna. Mme Scarron décrivit sa misère.
– Mais sans me ravaler, vous pouvez m'en croire. Athénaïs m'a écoutée avec attention quoi qu'elle fût à sa toilette. Vous savez que nous sommes anciennes amies de pension et de la même province, comme vous Angélique. Depuis qu'elle est à Paris j'ai eu l'occasion de lui rendre de menus services. Enfin elle m'a assuré qu'elle se chargerait de parler au roi de ma pension supprimée et des placets inutiles. J'en ai écrit un nouveau sur son conseil, où je terminais en disant : « Deux mille livres, c'est plus qu'il n'en faut pour ma solitude et pour mon salut. » Le roi l'a reçu avec bonté et – miracle – ma pension a été rétablie ! En allant remercier Athénaïs à Saint-Germain, j'ai eu l'honneur de voir Sa Majesté, qui m'a dit :
« Madame, je vous ai fait attendre longtemps ; mais j'ai été jaloux de vos amis : j'ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous. » Est-ce que des paroles aussi gracieuses n'effacent pas pour moi toutes ces longues années usantes ? Depuis je respire, je vis, je ne suis plus rongée de mesquins soucis. J'ai retrouvé ma société qui me faisait grise mine, repris l'habitude du monde, et... me voici à Versailles !
Angélique l'assura avec chaleur qu'elle s'en réjouissait, elle aussi, sincèrement. Mme de Montespan, qui passait derrière elle, posa une main légère sur l'épaule blanche de sa protégée.
– Alors... contente ?
– Ah ! chère Athénaïs, toute ma vie témoignera de la reconnaissance que je vous porte !
Les tables se vidaient. Le roi venait de se lever avec sa suite et s'engageait dans une longue allée, tandis que la foule affluant de tous côtés sur l'emplacement du festin recevait licence de piller les plats et les corbeilles de gâteaux et de fruits abandonnés. L'allée semblait fermée à son extrémité par une palissade de lumière. Mais elle s'ouvrit à l'approche du cortège. Et ce fut dans un nouveau concert d'eaux cascadantes et ruisselantes, dans un nouveau déploiement d'arabesques de lumière, de tritons argentés et de grottes de rocaille, l'apparition d'un autre dédale enchanteur.
De couloir de verdure en tonnelle de fleurs on passait entre deux rangées de satyres riants, ou de gerbes d'eau, on contournait des bassins où jouaient des dauphins d'or, on voyait tout à coup les couleurs de l'arc-en-ciel que déployait à chaque pas un ingénieux système lumineux.
Ce promenoir féerique aboutit dans la salle construite pour le bal et qui était parée de porphyre et de marbre. Du plafond à pans décorés de soleils d'or sur fond azuré retombaient des lustres d'argent. Des banderoles de fleurs se balançaient à la corniche, et entre les pilastres qui soutenaient celle-ci étaient ménagées des tribunes et deux grottes réservées aux musiciens, où l'on apercevait Orphée et Arion pinçant la lyre. Le roi ouvrit le bal avec Madame et les princesses. Puis dames et gentilshommes s'avancèrent à leur tour, déployant le luxe de leurs toilettes en des figures complexes. Les danses anciennes se conduisaient plus rapides sur un rythme frivole de farandoles. Les nouvelles étonnaient par leur lenteur hiératique. Elles étaient beaucoup plus difficiles à suivre, tout était dans la pose du pied et les gestes étudiés des bras et des mains. Un invincible mouvement, précis, minutieux, presque mécanique comme celui d'une horloge entraînait les vivants automates dans une ronde inlassable, une chorégraphie apparemment sereine mais qui, peu à peu, soutenue par la musique s'emplissait d'une tension informulée. Il y avait beaucoup plus de désir contenu dans ces patientes approches, ces frôlements de mains aussitôt séparées, ces lents détours d'un regard brûlant, ces gestes alanguis et toujours inachevés d'offrande ou de refus que dans la plus endiablée des « corrante ». La Cour au sang chaud s'engouait de ces rythmes apparemment sages. Elle reconnaissait sous ce masque hypocrite l'approche de l'Amour, qui est moins l'enfant du feu que celui de la nuit ou du silence.
Angélique dansait bien. Elle prenait un plaisir personnel à se retrouver dans les dessins compliqués des ballets. Au passage des doigts retenaient parfois les siens, mais distraite elle n'y prenait garde. Elle reconnut pourtant les deux mains royales sur lesquelles, au hasard d'un rondeau, se posaient les siennes. Son regard alla aux yeux du roi puis se baissa vivement.
– Toujours fâchée ? dit le monarque à mi-voix.
Angélique feignit l'étonnement.
– Fâchée ? Au cours d'une pareille fête ! Que veut dire Votre Majesté ?
– Une pareille fête peut-elle atténuer la rancœur que vous me vouez depuis de longs mois ?
Êtes-vous Sire, vous me bouleversez. Si Votre Majesté me prête de tels sentiments à son égard depuis de longs mois, pourquoi ne m'en a-t-elle jamais fait l'observation ?
– Je craignais trop que vous ne me lanciez à la figure des pois verts.
La danse les sépara.
Lorsqu'il repassa devant elle, elle vit que les yeux bruns impérieux et doux quêtaient une réponse.
– Le mot craindre ne sied guère aux lèvres de Votre Majesté !
– La guerre me semble moins redoutable que la sévérité de votre jolie bouche.
Dès qu'elle le put, Angélique quitta la danse et vint se cacher au dernier rang des tribunes, parmi les douairières qui suivaient les évolutions en jouant de l'éventail. Un page vint l'y chercher de la part du roi en la priant de le suivre. Le roi l'attendait, hors de la salle de bal, dans l'ombre d'une allée où les lumières ne projetaient qu'une légère clarté.
– Vous avez raison, dit-il d'un ton badin, votre beauté ce soir m'entraîne au courage. Le moment est venu de nous réconcilier.
– Est-il bien choisi ? Toute la compagnie ce soir est avide de Votre Majesté et d'ici un moment chacun va la chercher des yeux et s'interroger sur son absence.