Angélique et le roi Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #5
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le roi Part 1». Краткое содержание книги:
– Ah ! Ne me parlez pas de cet homme. C'est une espèce de fou et le plus grand blasphémateur du royaume.
– Il paraît que dernièrement il s'est présenté à un petit souper de Monsieur sans perrruque, et comme on s'en étonnait il a dit qu'il avait deux bosses au front qui l'empêchaient de se garnir le chef. C'est d'un drôle ! Ha ! Ha ! Ha !
– Ce qui est beaucoup moins drôle c'est l'affront qu'il a osé infliger au roi, hier même à Saint-Germain. Nous revenions d'une promenade sur la grande terrasse lorsque nous avons vu s'avancer l'équipage de M. de Montespan tout couvert de houssines noires avec glands d'argent. Lui-même était en noir. Le roi, très affable, s'est inquiété et lui a demandé de qui il était en deuil. Il a répondu d'une voix lugubre : « De ma femme, Sire. »
Mme de Ludre repartit à rire de plus belle, imitée par Angélique.
– Riez, mesdames, riez ! fit Mme de Choisy outrée. Il n'en demeure pas moins que ces façons d'agir sont dignes du carreau des Halles et déshonorent la Cour. Le roi ne pourra plus les supporter longtemps. M. de Montespan risque la Bastille.
– Voilà qui arrangera tout le monde.
– Vous êtes cynique, Madame.
– Mais le roi ne peut pas se résoudre à cette extrémité : ce serait un aveu public.
– Quant à moi, dit Angélique, je suis bien aise que cette histoire de Mme de Montespan sorte enfin au jour. J'en ai traîné le poids de commérages qu'on avait la sottise de colporter à
propos du roi et de ma modeste personne et dont on s'aperçoit aujourd'hui qu'ils n'avaient aucun fondement.
– Il est vrai que pour ma part j'ai été longtemps persuadée que vous alliez succéder à Mlle de La Vallière, dit Mme de Choisy comme à regret. Mais je dois reconnaître que votre vertu s'est montrée inattaquable.
Elle semblait lui en vouloir d'avoir mis en échec sa propre perspicacité.
– Pourtant vous ne risquiez pas d'avoir un mari aussi incommode que M. de Montespan, fit remarquer Mme de Ludre, dont les flèches étaient toujours soigneusement empoisonnées. D'ailleurs on ne le voit plus à la Cour depuis que vous y êtes...
– Depuis que j'y suis la guerre n'a cessé de l'appeler aux frontières. En Flandre d'abord, en Franche-Comté ensuite.
– Ne vous vexez pas, très chère, je plaisantais ! Et ce n'est qu'un mari après tout.
Tout en devisant les trois dames remontaient la grande allée qui menait vers le château. Elles étaient à chaque instant obligées de se garer des ouvriers et des valets qui, armés d'échelles, suspendaient des lampions à tous les arbres et le long des charmilles. Au cœur des bosquets retentissaient des coups de marteau hâtifs. Le parc se préparait à la fête.
– Peut-être serait-il temps d'aller revêtir nos atours, dit Mme de Choisy. Il paraît que le roi nous réserve des surprises merveilleuses, mais depuis que nous sommes arrivées toute la compagnie se bat les flancs tandis que Sa Majesté travaille dans son cabinet.
– La fête doit commencer avec le crépuscule. Je crois que notre patience sera récompensée.
Le roi voulait célébrer par de grandes fêtes son triomphe sur le terrain des armes. La glorieuse conquête des Flandres, la fulgurante campagne d'hiver en Franche-Comté avaient porté leurs fruits. L'Europe étonnée tournait ses regards vers ce jeune souverain, trop longtemps considéré comme le petit roi trahi par les siens. On avait déjà entendu parler de son faste. On découvrait son audace de conquérant et son machiavélisme politique. Louis XIV voulait des fêtes dont le bruit franchirait les frontières, ponctuant d'un coup de gong éblouissant l'orchestration de sa renommée.
Il avait chargé le duc de Créqui, premier gentilhomme de la chambre, le maréchal de Bellefonds, premier maître d'hôtel, et Colbert, en tant que surintendant des bâtiments, de présider à l'organisation des spectacles, festins, constructions, illuminations et feux d'artifice. Eux, ils avaient leurs auxiliaires habituels, Molière, Racine, Vigarani, Gissey, Le Vau, une équipe composée de gens expéditifs et désireux de plaire au maître. Les plans furent vite arrêtés et exécutés.
Comme Angélique se présentait dans la galerie d'en bas vêtue de sa robe d'un bleu turquoise glacée sur laquelle une profusion de diamants jetaient des reflets irisés, le roi sortit de son appartement.
Il n'était pas vêtu plus somptueusement qu'à l'ordinaire, mais d'une humeur charmante. Chacun comprit que l'heure des plaisirs sonnait.
Les grilles du château furent ouvertes au populaire, qui envahit les cours, les grands salons et les parterres, ouvrant des yeux ébaubis et courant d'un point à l'autre du parc pour voir passer le cortège.
Le roi tenait la main de la reine. Celle-ci, boulotte, enfantine, et supportant vaillamment sur ses petites épaules une robe rebrodée d'or plus lourde qu'une châsse mérovingienne, ne se tenait plus de joie. Elle adorait les grands déploiements d'apparat. Et aujourd'hui le roi la mettait à l'honneur et lui tenait la main. Son cœur meurtri par la jalousie connaissait un peu de répit, les bonnes langues de la Cour ne parvenant pas à se mettre d'accord sur le nom de la nouvelle favorite.
Mlle de La Vallière et Mme de Montespan étaient bien là, l'une fort accablée, et l'autre fort enjouée à son ordinaire, et aussi cette Mme du Plessis-Bellière, plus belle et plus singulière que jamais, et Mme du Ludre, et Mme du Roure, mais elles se mêlaient à la foule et aucune n'avait droit à des honneurs particuliers.
Le roi et la reine, suivis à distance par la Cour, descendirent à pied à travers les gazons, sur la droite du château vers la Fontaine du Dragon récemment édifiée, et dont le roi voulait faire admirer la beauté et les ingénieuses combinaisons. Au milieu d'un grand bassin, un dragon, le flanc percé d'une flèche, vomissait comme le sang de son corps, un gros bouillon retombant en pluie. Des dauphins nageaient ici et là, l'onde giclant de leurs gueules ouvertes. Montés sur des cygnes dont les becs laissaient fuser de fins jets d'eau, deux amours fuyaient le monstre menaçant tandis que deux autres l'attaquaient par-derrière. Les statues étaient revêtues d'or vert, à part les cygnes d'argent, et sous les gerbes entrecroisées des eaux la scène avait des luisances irréelles de profondeur sous-marine.
Quand tout le monde s'en fut extasié, le roi reprit sa marche, et lentement l'on s'en alla par les allées du berceau d'eau, celles qui contournaient le bassin de Latone et menaient au grand Parterre, vers les voies pleines d'ombre du Labyrinthe. Comme on y parvenait, le ciel devenait pourpre sous les derniers rayons du soleil. Les arbres prenaient une teinte bleue, mais il restait encore assez de lumière pour faire étinceler les images multicolores que formaient les groupes des statues. À l'époque, tout le parc de Versailles était réchauffé par l'ardeur d'un coloris primitif. Les sculptures qui n'étaient pas recouvertes d'or étaient peintes « au naturel ».
À l'entrée du Labyrinthe, Esope le Phrygien, en bonnet rouge, le corps difforme enveloppé d'un manteau bleu, accueillait les princes les yeux ironiques et la bouche malicieuse. Devant lui se tenait l'Amour pour signifier que si ce dieu nous jette quelquefois dans un labyrinthe d'inconvénients, la malice et le bon sens nous donnent aussi parfois le moyen de les démêler et de les surmonter.
Le roi prit la peine d'expliquer gracieusement l'allégorie à la reine, qui approuva et trouva le groupe fort pittoresque.
Le Labyrinthe lui-même, ornement indispensable des jardins princiers d'alors, revêtait à Versailles un lustre singulier. C'était un carré de jeune bois fort épais et touffu où se croisaient et s'enchevêtraient une infinité de petites allées tellement mêlées les unes aux autres qu'il était malaisé de les suivre et de ne pas s'égarer.