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Germinal

Электронная книга - «Germinal». Краткое содержание книги:

Les Rougon-Macquart: histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire. XIII (1885)
Le milieu ouvrier minier, dans le nord de la France à la fin du XIXe siècle, les premières revendications des mineurs, la grève qui tourne à la violence…
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Brusquement, il s’arrêta devant Souvarine, il cria:

– Vois-tu, si je savais coûter une goutte de sang à un ami, je filerais tout de suite en Amérique!

Le machineur haussa les épaules, et un sourire amincit de nouveau ses lèvres.

– Oh! du sang, murmura-t-il, qu’est-ce que ça fait? la terre en a besoin.

Etienne, se calmant, prit une chaise et s’accouda de l’autre côté de la table. Cette face blonde, dont les yeux rêveurs s’ensauvageaient parfois d’une clarté rouge, l’inquiétait, exerçait sur sa volonté une action singulière. Sans que le camarade parlât, conquis par ce silence même, il se sentait absorbé peu à peu.

– Voyons, demanda-t-il, que ferais-tu à ma place? N’ai-je pas raison de vouloir agir?… Le mieux, n’est-ce pas? est de nous mettre de cette Association.

Souvarine, après avoir soufflé lentement un jet de fumée, répondit par son mot favori:

– Oui, des bêtises! mais, en attendant, c’est toujours ça… D’ailleurs, leur Internationale va marcher bientôt. Il s’en occupe.

– Qui donc?

– Lui!

Il avait prononcé ce mot à demi-voix, d’un air de ferveur religieuse, en jetant un regard vers l’orient. C’était du maître qu’il parlait, de Bakounine l’exterminateur.

– Lui seul peut donner le coup de massue, continua-t-il, tandis que tes savants sont des lâches, avec leur évolution… Avant trois ans, l’Internationale, sous ses ordres, doit écraser le vieux monde.

Etienne tendait les oreilles, très attentif. Il brûlait de s’instruire, de comprendre ce culte de la destruction, sur lequel le machineur ne lâchait que de rares paroles obscures, comme s’il eût gardé pour lui les mystères.

– Mais enfin explique-moi… Quel est votre but?

– Tout détruire… Plus de nations, plus de gouvernements, plus de propriété, plus de Dieu ni de culte.

– J’entends bien. Seulement, à quoi ça vous mène-t-il?

– A la commune primitive et sans forme, à un monde nouveau, au recommencement de tout.

– Et les moyens d’exécution? comment comptez-vous vous y prendre?

– Par le feu, par le poison, par le poignard. Le brigand est le vrai héros, le vengeur populaire, le révolutionnaire en action, sans phrases puisées dans les livres. Il faut qu’une série d’effroyables attentats épouvantent les puissants et réveillent le peuple.

En parlant, Souvarine devenait terrible. Une extase le soulevait sur sa chaise, une flamme mystique sortait de ses yeux pâles, et ses mains délicates étreignaient le bord de la table, à la briser. Saisi de peur, l’autre le regardait, songeait aux histoires dont il avait reçu la vague confidence, des mines chargées sous les palais du tzar, des chefs de la police abattus à coups de couteau ainsi que des sangliers, une maîtresse à lui, la seule femme qu’il eût aimée, pendue à Moscou, un matin de pluie, pendant que, dans la foule, il la baisait des yeux une dernière fois.

– Non! non! murmura Etienne, avec un grand geste qui écartait ces abominables visions, nous n’en sommes pas encore là, chez nous. L’assassinat, l’incendie, jamais! C’est monstrueux, c’est injuste, tous les camarades se lèveraient pour étrangler le coupable!

Et puis, il ne comprenait toujours pas, sa race se refusait au rêve sombre de cette extermination du monde, fauché comme un champ de seigle, à ras de terre. Ensuite, que ferait-on, comment repousseraient les peuples? Il exigeait une réponse.

– Dis-moi ton programme. Nous voulons savoir où nous allons, nous autres.

Alors, Souvarine conclut paisiblement, avec son regard noyé et perdu:

– Tous les raisonnements sur l’avenir sont criminels, parce qu’ils empêchent la destruction pure et entravent la marche de la révolution.

Cela fit rire Etienne, malgré le froid que la réponse lui avait soufflé sur la chair. Du reste, il confessait volontiers qu’il y avait du bon dans ces idées, dont l’effrayante simplicité l’attirait. Seulement, ce serait donner la partie trop belle à Rasseneur, si l’on en contait de pareilles aux camarades. Il s’agissait d’être pratique.

La veuve Désir leur proposa de déjeuner. Ils acceptèrent, ils passèrent dans la salle du cabaret, qu’une cloison mobile séparait du bal, pendant la semaine. Lorsqu’ils eurent fini leur omelette et leur fromage, le machineur voulut partir; et, comme l’autre le retenait:

– A quoi bon? pour vous entendre dire des bêtises inutiles!… J’en ai assez vu. Bonsoir!

Il s’en alla de son air doux et obstiné, une cigarette aux lèvres.

L’inquiétude d’Etienne croissait. Il était une heure, décidément Pluchart lui manquait de parole. Vers une heure et demie, les délégués commencèrent à paraître, et il dut les recevoir, car il désirait veiller aux entrées, de peur que la Compagnie n’envoyât ses mouchards habituels. Il examinait chaque lettre d’invitation, dévisageait les gens; beaucoup, d’ailleurs, pénétraient sans lettre, il suffisait qu’il les connût, pour qu’on leur ouvert la porte. Comme deux heures sonnaient, il vit arriver Rasseneur, qui acheva sa pipe devant le comptoir, en causant, sans hâte. Ce calme goguenard acheva de l’énerver, d’autant plus que des farceurs étaient venus, simplement pour la rigolade, Zacharie, Mouquet, d’autres encore: ceux-là se fichaient de la grève, trouvaient drôle de ne rien faire; et, attablés, dépensant leurs derniers deux sous à une chope, ils ricanaient, ils blaguaient les camarades, les convaincus, qui allaient avaler leur langue d’embêtement.

Un nouveau quart d’heure s’écoula. On s’impatientait dans la salle. Alors, Etienne, désespéré, eut un geste de résolution. Et il se décidait à entrer, quand la veuve Désir, qui allongeait la tête au-dehors, s’écria:

– Mais le voilà, votre monsieur!

C’était Pluchart, en effet. Il arrivait en voiture, traîné par un cheval poussif. Tout de suite, il sauta sur le pavé, mince, bellâtre, la tête carrée et trop grosse, ayant sous sa redingote de drap noir l’endimanchement d’un ouvrier cossu. Depuis cinq ans, il n’avait plus donné un coup de lime, et il se soignait, se peignait surtout avec correction, vaniteux de ses succès de tribune; mais il gardait des raideurs de membres, les ongles de ses mains larges ne repoussaient pas, mangés par le fer. Très actif, il servait son ambition, en battant la province sans relâche, pour le placement de ses idées.

– Ah! ne m’en veuillez pas! dit-il, devançant les questions et les reproches. Hier, conférence à Preuilly le matin, réunion le soir à Valençay. Aujourd’hui, déjeuner à Marchiennes, avec Sauvagnat… Enfin, j’ai pu prendre une voiture. Je suis exténué, vous entendez ma voix. Mais ça ne fait rien, je parlerai tout de même.

Il était sur le seuil du Bon-Joyeux, lorsqu’il se ravisa.

– Sapristi! et les cartes que j’oublie! Nous serions propres!

Il revint à la voiture, que le cocher remisait, et il tira du coffre une petite caisse de bois noir, qu’il emporta sous son bras.

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