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Germinal

Электронная книга - «Germinal». Краткое содержание книги:

Les Rougon-Macquart: histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire. XIII (1885)
Le milieu ouvrier minier, dans le nord de la France à la fin du XIXe siècle, les premières revendications des mineurs, la grève qui tourne à la violence…
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Le retour au coron fut lugubre. Quand les femmes rentrèrent les mains vides, les hommes les regardèrent, puis baissèrent la tête. C’était fini, la journée s’achèverait sans une cuillerée de soupe; et les autres journées s’étendaient dans une ombre glacée, où ne luisait pas un espoir. Ils avaient voulu cela, aucun ne parlait de se rendre. Cet excès de misère les faisait s’entêter davantage, muets, comme des bêtes traquées, résolues à mourir au fond de leur trou, plutôt que d’en sortir. Qui aurait osé parler le premier de soumission? on avait juré avec les camarades de tenir tous ensemble, et tous tiendraient, ainsi qu’on tenait à la fosse, quand il y en avait un sous un éboulement. Ça se devait, ils étaient là-bas à une bonne école pour savoir se résigner; on pouvait se serrer le ventre pendant huit jours, lorsqu’on avalait le feu et l’eau depuis l’âge de douze ans; et leur dévouement se doublait ainsi d’un orgueil de soldats, d’hommes fiers de leur métier, ayant pris dans leur lutte quotidienne contre la mont une vantardise du sacrifice.

Chez les Maheu, la soirée fut affreuse. Tous se taisaient, assis devant le feu mourant, où fumait la dernière pâtée d’escaillage. Après avoir vidé les matelas poignée à poignée, on s’était décidé l’avant-veille à vendre pour trois francs le coucou; et la pièce semblait nue et morte, depuis que le tic-tac familier ne l’emplissait plus de son bruit. Maintenant, au milieu du buffet, il ne restait d’autre luxe que la boîte de carton rose, un ancien cadeau de Maheu, auquel la Maheude tenait comme à un bijou. Les deux bonnes chaises étaient parties, le père Bonnemort et les enfants se serraient sur un vieux banc moussu, rentré du jardin. Et le crépuscule livide qui tombait semblait augmenter le froid.

– Quoi faire? répéta la Maheude, accroupie au coin du fourneau.

Etienne, debout, regardait les portraits de l’empereur et de l’impératrice, collés contre le mur. Il les en aurait arrachés depuis longtemps, sans la famille qui les défendait, pour l’ornement. Aussi murmura-t-il, les dents serrées:

– Et dire qu’on n’aurait pas deux sous de ces jean-foutre qui nous regardent crever!

– Si je portais la boîte? reprit la femme toute pâle, après une hésitation.

Maheu, assis au bord de la table, les jambes pendantes et la tête sur la poitrine, s’était redressé.

– Non, je ne veux pas!

Péniblement, la Maheude se leva et fit le tour de la pièce. Etait-ce Dieu possible, d’en être réduit à cette misère! le buffet sans une miette, plus rien à vendre, pas même une idée pour avoir un pain! Et le feu qui allait s’éteindre! Elle s’emporta contre Alzire qu’elle avait envoyée le matin aux escarbilles, sur le terri, et qui était revenue les mains vides, en disant que la Compagnie défendait la glane. Est-ce qu’on ne s’en foutait pas, de la Compagnie? comme si l’on volait quelqu’un, à ramasser les brins de charbon perdus! La petite, désespérée, racontait qu’un homme l’avait menacée d’une gifle; puis, elle promit d’y retourner, le lendemain, et de se laisser battre.

– Et ce bougre de Jeanlin? cria la mère, où est-il encore, je vous le demande?… Il devait apporter de la salade: on en aurait brouté comme des bêtes, au moins! Vous verrez qu’il ne rentrera pas. Hier déjà, il a découché. Je ne sais ce qu’il trafique, mais la rosse a toujours l’air d’avoir le ventre plein.

– Peut-être, dit Etienne, ramasse-t-il des sous sur la route.

Du coup, elle brandit les deux poings, hors d’elle.

– Si je savais ça!… Mes enfants mendier! J’aimerais mieux les tuer et me tuer ensuite.

Maheu, de nouveau, s’était affaissé, au bord de la table. Lénore et Henri, étonnés qu’on ne mangeât pas, commençaient à geindre; tandis que le vieux Bonnemort, silencieux, roulait philosophiquement la langue dans sa bouche, pour tromper sa faim. Personne ne parla plus, tous s’engourdissaient sous cette aggravation de leurs maux, le grand-père toussant, crachant noir, repris de rhumatismes qui se tournaient en hydropisie, le père asthmatique, les genoux enflés d’eau, la mère et les petits travaillés de la scrofule et de l’anémie héréditaires. Sans doute le métier voulait ça; on ne s’en plaignait que lorsque le manque de nourriture achevait le monde; et déjà l’on tombait comme des mouches, dans le coron. Il fallait pourtant trouver à souper. Quoi faire, où aller, mon Dieu?

Alors, dans le crépuscule dont la morne tristesse assombrissait de plus en plus la pièce, Etienne, qui hésitait depuis un instant, se décida, le cœur crevé.

– Attendez-moi, dit-il. Je vais voir quelque part.

Et il sortit. L’idée de la Mouquette lui était venue. Elle devait bien avoir un pain et elle le donnerait volontiers. Cela le fâchait, d’être ainsi forcé de retourner à Réquillart: cette fille lui baiserait les mains, de son air de servante amoureuse; mais on ne lâchait pas des amis dans la peine, il serait encore gentil avec elle, s’il le fallait.

– Moi aussi, je vais voir, dit à son tour la Maheude. C ’est trop bête.

Elle rouvrit la porte derrière le jeune homme et la rejeta violemment, laissant les autres immobiles et muets, dans la maigre clarté d’un bout de chandelle qu’elle venait d’allumer. Dehors, une courte réflexion l’arrêta. Puis, elle entra chez les Levaque.

– Dis donc, je t’ai prêté un pain, l’autre jour. Si tu me le rendais.

Mais elle s’interrompit, ce qu’elle voyait n’était guère encourageant; et la maison sentait la misère plus que la sienne.

La Levaque, les yeux fixes, regardait son feu éteint, tandis que Levaque, soûlé par des cloutiers, l’estomac vide, dormait sur la table. Adossé au mur, Bouteloup frottait machinalement ses épaules, avec l’ahurissement d’un bon diable, dont on a mangé les économies, et qui s’étonne d’avoir à se serrer le ventre.

– Un pain, ah! ma chère, répondit la Levaque. Moi qui voulais t’en emprunter un autre!

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