La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Je me rétablis enfin, assez pour me lever; et le marquis, au lieu de tenir sa parole, allait sans doute recommencer ses attentats, quand un soir, j’entendis beaucoup de bruit à la porte de ma chambre. Mes deux geôlières allèrent voir ce que c’était. Au même instant où elles ouvrirent la porte, je vis mon frère se précipiter dans la chambre, l’œil égaré. Il m’aperçut et vint se jeter dans mes bras. «Ah! mon cher Edmond!» je ne dis que ce mot, et je m’évanouis… En revenant à moi-même, je vis M. Gaudet et Mme Canon: on me donna tous les secours qu’exigeait mon état, et on attendit que je fusse remise de cet assaut pour me transporter. Je n’avouai mon malheur à mon frère, qu’à mon arrivée chez Mme Canon. Ô Dieu! quelle fureur! Il me repoussa de ses bras! un instant après, il vint sur moi fondant en larmes. La fureur recommençait bientôt. Il fit le serment de me venger, dût-il y périr… Ah! puisse-t-il ne me pas venger!
Voilà ma triste aventure! Elle ne fait pas honneur aux sentiments du marquis de ***! Adieu, ma cousine. Crains tous les hommes: j’aurais juré que le marquis était honnête.
Lettre 39. Gaudet, à Edmond.
[Il le veut calmer par le récit des arrangements avantageux qu’il a faits pour Ursule.].
20 octobre.
Du calme! de la tranquillité! Tu ne m’écoutes pas; tu me liras peut-être! À quoi servent les menaces, l’emportement, la fureur? je suis de sang-froid, je vois mieux les choses qu’un homme hors de lui-même. Cette aventure est malheureuse; mais l’issue en peut être ta fortune et celle de ta sœur, sans que l’honneur de cette dernière y perde rien; c’est à quoi je travaille: tout est conclu. J’ai droit d’exiger quelque complaisance de ta part: c’est moi seul qui ai découvert ta sœur, par mes soins infatigables, en faisant suivre en même temps les démarches de trois hommes que je soupçonnais, un financier, un vieux seigneur italien et le marquis. Que mon zèle au moins me donne quelque empire sur ton esprit, et que le succès de mes démarches t’inspire quelque reconnaissance!
Hier, j’ai vu la famille du marquis, et muni d’une lettre assez longue d’Ursule à Laure, j’ai parlé comme peut le faire à des coupables un homme qui tient la preuve du crime, comme le doit l’ami des offensés. On l’a pris sur un ton de hauteur. Je me suis concentré; j’ai gardé deux minutes ce terrible silence qui précède l’éruption enflammée des passions, et comme un autre Flaminius, j’ai dit: «Je ne vous donne qu’un quart d’heure, tout-puissants que vous êtes, qu’un quart d’heure, pour m’accorder tout ce que je vais vous demander: après cet instant fatal expiré, je n’écoute plus rien, et vous verrez à quel homme vous avez à faire. (On a souri dédaigneusement…) C’est à celui qui s’est fait donner les ordres pour reprendre la demoiselle, qui pouvait les étendre jusqu’au marquis, et qui cependant lui a fait grâce… Je vous préviens d’avance que je n’exige pas un mariage; c’est à l’honneur à vous dire là-dessus ce que vous avez à faire.» Ces derniers mots ont réveillé l’attention. Le comte m’a dit: «Que demandez-vous donc? – Une fortune pour la demoiselle, qui la dédommage d’un mariage qu’on était prêt à faire, et dont j’ai toutes les preuves; le jeune magistrat de province qu’elle allait épouser, a cent mille écus au moins: il me faut un don pareil pour la demoiselle, afin qu’elle puisse vivre dans l’indépendance le reste de ses jours, si elle le veut, et que la connaissance de votre fils ne la retienne pas dans un état au-dessous de celui, qu’elle aurait eu. C’est bien assez qu’il l’empêche d’obtenir la qualité d’épouse d’un honnête homme, celle de mère de famille, sans que son action la condamne encore à vivre dans l’indigence, fille, et déshonorée…, peut-être enceinte: car, voici la conduite du marquis… Trois attentats commis…, et un dont on ne parle pas… La conduite d’un forcené… Parlez, ou j’imprime cette lettre, avec des notes de ma façon; je ne m’en tiens pas là; je fais agir des amis aussi puissants que vous et que les vôtres, auprès d’un prince protecteur des innocents et vengeur des crimes… Mais, je sens que je me suis peut-être trop vivement exprimé, en parlant à des gens d’honneur… Ma demande est juste: je préfère de vous avoir pour juges, à vous avoir pour parties. Je ne suis cependant autorisé par personne: ses parents sont au désespoir, un frère qui est ici, ne respire que le sang et la vengeance; mais terminons et mon meilleur moyen auprès de ces gens-là, sera notre traité: il le faut éblouissant pour la famille; il faut qu’il la détermine à intimer ses ordres au fils. Ce jeune homme, plein de cœur, de la plus heureuse figure, propre à tout, trouverait des protecteurs, et surtout des protectrices j’ose vous inviter à le prévenir. Il n’y a point ici de honte réparer un crime honore le réparateur, presque autant que les plus sublimes vertus…» «Monsieur, a dit le comte, après avoir lu la lettre d’Ursule, si j’avais deux fils, je sacrifierais celui-ci à la vengeance publique: mais je n’en ai qu’un.» La famille du comte, qui s’était assemblée pour m’entendre, a parlé le même langage: le marquis a essuyé les plus cruels reproches. On est ensuite convenu qu’on m’accorderait ma demande. Je te fais grâce de quelques discussions, pour en venir au fait. On m’a dicté un écrit, pour le faire signer à ta sœur. Je l’ai tracé de ma main, tel que le voici: