La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Le lendemain matin, je n’avais encore rien pris depuis la veille: les deux femmes m’ont pressée d’avaler quelques cordiaux, et du consommé. Je refusais. Elles ont imaginé de me menacer de faire entrer le marquis, et j’ai pris tout ce qu’elles ont voulu.
Je me suis peu à peu fortifiée pendant deux jours, sans voir mon cruel ravisseur. On me présenta une lettre de lui le second ou le troisième jour, et on me fit entendre qu’il fallait absolument la lire; j’obéis en tremblant: mais je ne pus trouver la force de faire une réponse qu’on exigeait. On me laissa tranquille; et moi-même je contribuais à me tranquilliser, en songeant que la maladie m’ôtant ce qui pouvait exciter la passion du marquis, je n’en avais plus rien à redouter! mais je me trompais. Dès qu’il crut lui-même ne plus avoir à craindre pour ma vie, il me fit donner un soir une potion calmante, disait-il, qui me procura un profond sommeil, dont il abusa: je m’éveillai dans ses bras, et s’il faut l’avouer, mes sens d’accord avec lui…
Cette circonstance ne fit qu’augmenter mon désespoir. Je l’accablai de reproches; je voulus attenter à ma vie, à la sienne; ses soumissions ne faisaient que m’irriter, et me mettre en fureur. Il s’éloigna; les femmes revinrent, me tinrent les propos les plus singuliers, par leur effronterie. Les infâmes me félicitaient. Je gardai un silence de mépris et d’indignation.
Enfin, le marquis voyant qu’après son nouvel attentat, il y avait deux jours que je n’avais pris de nourriture, il me fit offrir la liberté, si je voulais avaler quelque chose; je me laissai gagner: je pris avec indifférence ce qu’on me donna; j’aurais su que c’était du poison, que je l’aurais pris de même. Je fis sommer le marquis de me tenir sa promesse. Il vint lui-même me dire qu’il y consentait: qu’on allait m’habiller. Mais hélas! je n’eus pas la force de me remuer, et on me fit résoudre à me laisser fortifier durant quelques jours. Je demandai Mlle Fanchette, ou toi, ma cousine. Le marquis me représenta que ç’aurait été le perdre, que de divulguer un pareil secret. Il exigea en même temps de ma parole d’honneur que jamais je ne porterais de plainte contre lui. Je répondis qu’il m’avait ôté l’honneur. Il insista. Je promis tout ce qu’il voulut. Mais j’eus ensuite continuellement à me défendre de ses entreprises, et il me fit des trahisons de plus d’une espèce…